‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 8 sur 113 · I. SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

I. SYMPTÔMES

FIÈVRES INFLAMMATOIRES. 5l

dur et comme rebondissant; sentiment d’une vive chaleur intérieure et de pulsations dans presque toutes les parties du corps; injection, rougeur, sorte de turgescence du visage ; rougeur des lèvres et de la conjonctive; langue rouge, surtout à sa pointe, et à sa circonférence, humide ou sèche; sécheresse des lèvres et des gencives ; soif plus ou moins ardente, inappétence, anorexie avec état pâteux de la bouche, constipation ; haleine chaude, exhalant une odeur particulière, difficile à caractériser ; exaltation de la sensibilité des sens de la vue, de l’ouïe et du tact; le moindre bruit, la lumière la plus faible, deviennent fatigants, insupportables; éblouissements , tintements d’oreilles , sécheresse de la membrane muqueuse des narines ; quelquefois épistaxis; céphalalgie, pesanteur de tête, assoupissement, somnolence sans véritable sommeil , rêvasseries continuelles , sorte de disposition au délire ; agitation continuelle , comme si le corps ne se trouvait bien dans aucune position; tendance à mettre les membres hors du lit et à les exposer au frais; suppression plus ou moins complète de la transpiration cutanée , au commencement de la maladie ; ensuite , état haiitueux et moiteur de la peau , urines peu abondantes, chaudes, foncées en couleur, quelquefois même d’une teinte rougeâtre.

Les symptômes que je viens d’énumérer sont ordinairement précédés d’un frisson dont on ne peut préciser ni la violence ni la durée. Leur type est continu, mais ils sont ordinairement plus prononcés le

soiretpendantlanuit. A celte période delà journée, se manifestent des paroxysmes ou des exacerbations , pour parier le langage des pyrétologistes.

25. Les phénomènes dont nous venons de tracer le tableau constituent essentiellement la fièvre dite inflammatoire, exempte de complication, ou, ce qui est pour nous la même chose , une phlogose pure et simple de la membrane interne de l’appareil circulatoire , phlogose à laquelle on pourrait donner le nom ü’angio-cardite. Mais lorsque la fièvre est l’effet sympathique, soit d’une phlegmasie viscérale , soit d’une inflammation externe , ou lorsque , étant l’effet d’une irritation primitive du système sanguin, il vient s’y joindre une inflammation locale quelconque ; alors , on observe plusieurs autres symptômes propres à la phîegmasie locale existante, et dont nous ne devons pas nous occuper ici. Il nous suffira de dire que les cas où la fièvre dont nous nous entretenons est consécutive à une phîegmasie locale sont incontestablement les plus fréquents.

S H. AVTÉBATIONS ORGANIQUES , OU CABACTJàBES ANATOMIQUES DK hk FlÈVBK DITE INFLAAIMAT01BE , OU CE l’aNGIO-CA RDITE.

i° Altérations du cœur et des vaisseaux.

26. La membrane interne du cœur , des artères et des veines, est rouge dans une étendue plus ou moins considérable. Cette rougeur se présente sous plusieurs nuances : elle est d’un rouge tantôt écarlate, tantôt cramoisi ou ponceau , tantôt violet ou

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sous-jacent; d’ailleurs, dans des cas assez nombreux de péritonites et de pleurésies sur-aiguës, j’ai trouvé la plèvre et. Je péritoine parcourus par de longues bandes ou de larges plaques d’un rouge uniforme, et tel que ces membranes semblaient teintes de sang , sans aucun vestige d’injection sanguine des capillaires. Remarquons aussi que l’absence d’injection capillaire, dans les cas d’inflammation de la membrane interne du système vasculaire, doit d’autant moins nous surprendre , que , dans l’état normal, on ne peut apercevoir aucun vaisseau dans le tissu de cette membrane. Enfin , ajoutons en faveur de notre opinion sur la nature de la rougeur qui fait l’objet de nos recherches, qu’elle est analogue à celle que l’on remarque après avoir enflammé artificiellement la membrane interne des vaisseaux, en la mettant en contact avec des substances irritantes.

M. I jaermec lui-même pense que la couleur écarlate de la membrane interne de l’aorte peut indiquer une inflammation. M. Récamier partage aussi cette opinion (i). îî n’est pas facile d’expliquer pourquoi , presque constamment, la rougeur est vive, comme rutilante , dans le ventricule gauche, l’aorte et tout le système à sang rouge en général, tandis quelle est violette, foncée et même brune dans les cavités droites et le reste du système vasculaire à sang noir. Cette différence de ton peut-elle s’expliquer, du moins en partie, par celle qui existe dans la couleur et la

(i) Voyez le Traité de V auscultation médiate , t. Tt.

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nature du sang qui parcourt les deux grandes divisions de l’appareil circulatoire (1)?

2° Altérations des liquides.

27. Les altérations que le sang et les autres liquides éprouvent dans la maladie décrite sous le nom de fièvre inflammatoire sont peu connues. On n’a encore fait aucune recherche importante sur l’état du sang après la mort des individus affectés de cette maladie. On sait que celui que l’on retire des veines pendant la vie est plus chaud, plus épais, plus coagulable que dans letat sain, et qu’il se couvre presque sur-le-champ d’une couche grisâtre ou blanchâtre plus ou moins épaisse , et connue sous le nom de couenne inflammatoire du sang.

Les altérations des liquides qui émanent du sang sont pour le moins aussi peu connues que celles de ce liquide lui-même, et s y rattachent d’ailleurs d’une manière intime et nécessaire; tout ce que nous pouvons dire à cet égard, c’est que , peu abondantes dans le principe de la maladie , l’urine et la matière de la transpiration cutanée le deviennent davantage sur son déclin, et qu’il arrive même assez souvent que la fièvre se termine par des sueurs copieuses, ou par une excrétion considérable d’urine; genre de terminaison que les anciens, et après eux plusieurs modernes, désignent sous le nom de crise par les urines

(i) Les considérations que je viens de présenter ici ont déjà té in sérées dans le Traité des maladies du cœur et des gros vaisseaux que nous avons publié , il y a deux ans, M. Bertin et moi.

tellement foncé , qu’il est , pour ainsi dire , noir. Quelquefois la rougeur, par une sorte de dégradation ; se réduit à une teinte jaunâtre. En général, la rougeur est beaucoup plus foncée dans les vaisseaux à sang noir que dans les vaisseaux à sang rouge , dans les cavités droites que dans les cavités gauches du cœur; la rougeur est ordinairement aussi plus prononcée sur les valvules du cœur que sur le reste de la membrane interne de cet organe. On pourrait comparer la rougeur que nous décrivons à une espèce de teinture. Elle ne paraît point dépendre d’une injection capillaire. J’ai bien observé quelquefois , surtout à l’intérieur du cœur , et notamment près des valvules , une injection capillaire sanguine très marquée ; mais cette injection même était fort distincte de la rougeur uniforme. dont la membrane interne du cœur et des vaisseaux était le siège. La rougeur n’occupe pas toujours la circonférence tout entière des vaisseaux; on la voit quelquefois dessiner à leur surface interne de longues bandes, séparées entre elles par des espacesoù l’on rencontre une blancheurparfaite. Elle peut occuper à la fois le cœur, l’aorte , l’artère pulmonaire et leurs divisions , les veines cave et pulmonaire , ainsi que la veine porte, ou bien n’affecter que l’une ou quelques unes de ces parties du système circulatoire. Si l’on soumet les vaisseaux ainsi colorés à une macération suffisamment prolongée dans l’eau, la rougeur finit par disparaître complètement: c’est du moins ce que je puis conclure de quelques expériences que j’ai faites à ce sujet.

La membrane rougie par l’inflammation nous a paru quelquefois sensiblement épaissie; on la détache avec facilité de celle qui lui est sous-jacente ; le tissu cellulaire qui entoure les portions phlogoséesestle siège d’une injection capillaire rouge très prononcée, et quelquefois même il est légèrement infiltré de sang.

Plusieurs médecins regardent la rougeur dont nous venons de parler comme indépendante d’un état inflammatoire de la membrane qui en est le siège. Ce qui les confirme dans leur opinion , c’est que la rougeur dont il s’agit n’est point le produit d’une injection capillaire , et qu’elle n’est pas toujours accompagnée d’un épaississement sensible de la membrane qui en est affectée. Ces considérations nous ontlong-temps embarrassé nous-même; mais après y avoir réfléchi mûrement , nous avons senti qu’il n’est pas rigoureusement nécessaire, pour admettre l’existence de l’inflammation aiguë d’une membrane, que celle-ci soit épaissie et affectée d’une rougeur évidemment produite par une injection sanguine des capillaires. En effet , dans leurs inflammations aiguës les plus violentes , les membranes séreuses n’augmentent point notablement d’épaisseur , et très souvent la rou geur qui les colore ressemble à une sorte de peinture ou de teinture analogue à celle que nous venons d’examiner. Il est vrai que l’on observe souvent en même temps une injection capillaire très vive : mais celle-ci a son siège, non dans la membrane séreuse, mais dans le tissu cellulaire

ment combiné et bien ordonné des moyens que nous venons d’indiquer, qu’il convient de combattre la fièvre dite angio-tcnique.

Les saignées générales sont surtout indiquées lorsque la fièvre dépend d’une irritation primitive ou idiopal/lic/ne de l’appareil sanguin. 11 est rare qu’une ou deux abondantes saignées, pratiquées dès les premiers jours , et secondées par l’emploi des boissons délavantes, acidulés, et des lave-

ments adoucissants , ne procurent pas une prompte guérison. Il est évident que, dans les cas où la fièvre est consécutive à une inflammation de quelque viscère, ou de quelque autre partie du corps, c’est cette inflammation locale que l’on doit atta-

quer la première. Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans les détails relatifs au traitement des plilegmasies locales. Nous dirons seulement que c’est pour celles-ci qu’il est avantageux de réserver les saignées locales ou par les sangsues. Toutefois, on ne devra jamais oublier que, même quand la lièvre dépend de phlegmasies locales, toutes les fois que la réaction sur le système général de la circulation est très forte, il faut recourir aux saignées générales abondantes , en même temps que l’on combat, par l’application d’un nombre suffisant de sangsues, les inflammations topiques d’où partent, comme d’une espèce de foyer, les irradiations fébriles. Ce précepte ne saurait être trop scrupuleusement observé ; c’est par lui que nous terminerons ces réflexions thérapeutiques. Ceux qui en désireraient de plus étendues pourront cou-

sulter Fexcellen le Pyrétologie de M. Boisseau (i) ; ils y trouveront exposées avec soin toutes les modifications qu’il convient de faire subir au traitement, suivant que la fièvre dite inflammatoire dépend d’une phlegmasie des organes de l’une ou l’autre des trois grandes cavités du corps.

CONCLUSION

Sl'R LA FIÈVRE DITE INFLAMMATOIRE OU ANGIO-TENIQUE.

3o. i° Le siège de cette maladie est dan’s le système du cœur et des vaisseaux sanguins.

2° Cette maladie consiste essentiellement en une inflammation, ou en une simple irritation de l’appareil circulatoire ; elle est à cet appareil en général, ce qu’est une phlegmasie locale aux capillaires sanguins de l’organe où elle a son siège. Celle-ci n’est, pour ainsi dire, qu’une fièvre locale, tandis que l’autre est une fièvre générale. Ce qui prouve que ce rapprochement est l’expression même des faits , c’est que celle-ci , dans la majorité des cas, provient uniquement de l’extension, de la généralisation de celle-là; c’est-à-dire qu’elle n’est autre chose qu’une phlegmasie locale devenue générale, soit par l’intermédiaire des sympathies, soit d’une autre manière. Ainsi, la fièvre inflammatoire n’est autre chose que la fièvre proprement dite, considérée d’une manière générale et abstraite.

(i) P y rètologie physiologique , ou Traité des fièvres consi dérées dams l’esprit de la nouvelle doctrine médicale } troisième édition, augmentée. Paris, 1826,111-8°.

ou par les sueurs (1). Nous avons dit , en parlant des symptômes, que les urines étaient eliaudes, foncées en couleur, rougeâtres: nous ajouterons ici que, sur la fin et dans le cours de la maladie, elles déposent un sédiment blanc, léger, homogène, quelquefois briqueté. On ne saurait trop recommander à de nouvelles recherches le genre d’altérations dont nous venons de dire si peu de chose. Pourquoi les médecins et les élèves des hôpitaux n’ont-ils pas à leur disposition les instruments nécessaires pour faire les expériences physiques et chimiques , seules capables de dissiper la profonde obscurité qui règne sur l’anatomie et la physiologie pathologiques des liquides. Car, osons le répéter, l’étude des altérations que les maladies impriment à ces liquides sera féconde, en résultats non moins importants que ceux fournis par les recherches sur les altérations des solides. Gardons-nous de confondre une étude semblable

avec l’humorisme proprement dit, et d’envelopper dans une proscription commune deux choses si essentiellement différentes.

§ ni. CAUSES DE LA FIÈVRE DITE INFLAMMATOIRE OU ANGIO-TÈNIQUS.

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