‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 70 sur 113 · OBSERVATION XLVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLVI

Vingt-deux ans. Fièvre ataxique, suite d’une méningoencéphalile idiopathique ou primitive. — Mort, le quatrième jour après l’entrée à l’hôpital. —Rougeur, injection des méninges et de la substance cérébrale; épanchement d’une sérosité trouble dans la cavité de l’arachnoïde et dans les ventricules cérébraux.

199. Lenoir (Eléonore), âgée de vingt-deux ans, d’un tempérament vigoureux et sanguin, arrivée à Paris depuis dix-huit mois, était tourmentée par les chagrins d’un amour contrarié , et peu abondamment réglée. À l’époque des menstrues , elle ressentait des étourdissements , de la pesanteur de tête et un malaise général.

Le 10 avril 1822, comme elle prenait un pédiluve sinapisé , pour apaiser une violente céphalalgie , elle éprouva une congestion cérébrale violente. — Le soir, un délire violent , de l’agitation et de la fièvre se déclarèrent. Le moindre bruit, 1 attouchement le plus léger, lui causaient des tressaillements , des mouvements convulsifs . et des secousses comme électriques. — Le 1 1, on lui appliqua quelques sangsues, on lui fit prendre une potion calmante avec du sirop de quinquina ,

(0 Pyrétologie 3 pag. 324, 2e édit.

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et on lui mit des vésicatoires aux jambes. — Le 12, elle fut apportée à l’hôpital Cochin dans l’état suivant : délire, parole mal articulée, lente, modulée , et comme chantante ; visage étonné , stupide ; œil à demi fermé , rouge ; très sensible au contact de la lumière ; nulle réponse aux questions; agitation générale , refus des boissons; la malade pousse de fréquents gémissements , et porte automatiquement la main à sa tête; peau chaude et sèche , rougeur de la pointe de la langue, pouls dur, battant soixante-dix-sept fois par minute. (Saignée de trois palettes, limonade , diète.) — Dans la journée , les symptômes d’irritation alternent avec ceux de collapsus . — 13 : pas de changement. (Vingt-cinq sangsues à la, tête , petit-lait émétisé , lavement avec vin émétique trouble. ) Le pansement des vésicatoires est très douloureux, et fait pousser des cris à la malade. — Dans la journée, alternatives d’assoupissement et de délire , d’agitation et d’immobilité ; mouvements convulsifs des yeux, pouls constamment fréquent, mais tantôt plus , tantôt moins; trismus , fièvre brûlante, peau tantôt couverte de sueurs abondantes, et tantôt d’une sécheresse extrême; visage plus ou moins injecté , parfois d’un rouge pourpre. — i4 : la malade semble comprendre les questions , et y répond par des mouvements de tête ou par les mots oui et non. ; d’ailleurs , même état. (Ventouses scarifiécsà la nuque.) — Quelque temps après l’application des ventouses, la malade parle plus librement, mais toujours avec langueur;

respiration précipitée, sueurs au visage; cent soixante pulsations du pouls, immobilité de la pupille, résolution des membres. — À quatre heures du soir : parole nette , réponses exactes , regard plus animé, cessation du trismus, pouls à cent cinquante pulsations ; la malade dit qu’elle souffre à la tête, et avoue qu’elle a éprouvé de grands chagrins ; elle ne se souvient pas de ce qui lui est arrivé depuis son entrée à l’hôpital , et conserve d’ailleurs la mémoire des évènements antérieurs. Elle passe la nuit en poussant des cris plaintifs. — i5 : les cris continuent; abattement profond, presque nulles réponses aux questions, pouls extraordinairement fréquent , langue sèche , soif continuelle, peau brûlante, tressaillements et secousses convulsives des muscles et des tendons. — A midi , il survient tout-à-coup de l’oppression ; la face devient violette ; la malade a des hoquets et des éructations ; elle éprouve une espèce de construction à la gorge , et meurt comme suffoquée.

Autopsie cadavérique j, vingt heures après la mort.

i° Habitude extérieure . Rigidité cadavérique très forte; cadavre bien conformé et encore gras. — 20 Or g ânes encéphaliques. En retirant le cerveau de l’intérieur du crâne , il s’écoule une sérosité trouble et beaucoup de sang; les vaisseaux des méninges sont considérablement injectés; la pie-mère est gorgée de sang; la substance cérébrale est molle, et la

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surface des incisions qu’on y pratique se couvre d’innombrables gouttelettes de sang; les ventricules cérébraux sont distendus par une grande quantité de sérosité trouble et un peu rougeâtre; accumulée dans le quatrième ventricule , elle a soulevé les membranes qui recouvrent le bulbe de la moelle, et semble comprimer cette partie. (La quantité de cette sérosité peut être évaluée à un verre.) Injection des vaisseaux qui rampent à la surface inférieure des ventricules latéraux. — 5° Organes respiratoires et circulatoires. Le larynx, la trachée et les bronches contiennent des mucosités filantes, un peu liquides. (Peut-être s’est-il introduit dans ces parties une petite quantité de la tisane qu’on s’efforcait de faire boire à la malade. ) A la surface de la plèvre , et dans la substance même des poumons, existent de très nombreuses granulations , demi-transparentes, comme cristallines, du volume d’un grain de millet; le parenchyme pulmonaire est rouge et crépite d’ailleurs parfaitement. — Le péricarde contient environ deux cuillerées de sérosité ; le cœur est plutôt petit que volumineux; ses cavités contiennent peu de sang, et ses ouvertures sont dans l’état naturel. — 4° Organes abdominaux . Estomac et duodénum sains ; rougeur et injection de quelques anses de l’intestin grêle ; cæcum sain, colon rosé et rempli de matières fécales dures.

200. Les exemples de fièvre ataxique, par suite d’une irritation primitive ou idiopathique de l’encéphale , ne sont pas aussi rares que quelques mé-

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decins semblent le croire. On pourra se convaincre de la vérité de cette assertion , en consultant les divers ouvrages qui ont été publiés . dans ces derniers temps, sur l’inflammation du cerveau et de ses dépendances , et , entre autres , celui de MM. Parent du Châtelet et Martinet , surParachnitis ; les lettres de M. le professeur Lallemand sur l’encéphale , les recherches de M. Senn sur la méningite aiguë des enfants. J’ai moi-même consigné plusieurs observations de fièvres ataxiques, produites par une irritation primitive de l’appareil encéphalique, dans mon Traité de l’encéphalite (i). ( Voyez les observations iv , v , vi , vu , vm ,Tx , x , xv , xvn , xviii , xix , xx u , XX1I1 ,XXVIII , XXXI , xxxiv, xxxv , de ce traite'. )

201. Ait reste, comme ce sont les irritations sympathiques , bien plus que les irritations primitives de l’encéphale, qui ont été trop long-temps méconnues par les auteurs; comme ce sont elles plus particulièrement qui ont été décrites sous le nom de fièvres ataxic/ues essentielles , nousne croyonspas devoir multiplier ici les exemples de fièvre ataxique déterminée par une phlegmasie primitive de l’appareil encéphalique, et nous allons sur-le-champ en rapporter de fièvres ataxiques causées par une irritation consécutive ou sympathique de cet appareil.

202. Je présenterai, de préférence , des exemples de symptômes ataxiques consécutifs à une plileg-

(i) Traite clinique et physiologique de V encéphalite et de ses suites , i vol. in-8°. Paris, 1825, chez Baillière.

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masie gastro-intestinale ; car personne n’ignore que c’est surtout ce point de pathologie qui a excité les plus vives discussions, et qui réclame encore le plus impérieusement les lumières de l’observation clinique.

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