‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 71 sur 113 · OBSERVATION XLVII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLVII

Dix-septans. Fièvre ataxo-adynamique , suite d’une gastroentérite compliquée de méningo-encéphalite. — Mort le sixième jour après l’entrée. — Ulcérations, rougeur, épaississement, etc., de la membrane muqueuse digestive. — Rougeur, injection, épaississement des méninges, avec épanchement de sérosité dans l’arachnoïde et les ventricules; injection de la substance cérébrale.

2o3. Ricard ( Léonard ) , âgé de dix-sept ans , d’un tempérament sanguin , brun et fortement constitué , était malade depuis cinq jours , lorsqu’il entra à l’hôpital Cochin , le 28 septembre 1822. L’invasion fut marquée par des frissons , une violente céphalalgie, des douleurs, dans tout l’abdomen, et la fièvre. Le délire s’est manifesté le 27.

28 septembre : le malade ne répond presque pas aux questions qu’on lui fait ; il prononce quelques mots sans suite, tels que, ma mère , campagne, etc Face très animée , vultueuse ; cé-

phalalgie : langue et lèvres sèches , plus pâles que rouges ; soif ardente, dévoiement, pouls très fréquent, petit et dur; peau chaude et sèche, prostration. ( Gomme édulcorée , trente sangsues sur le ventre , diète. ) — Le soir : visage animé ; le

malade refuse de tirer la langue ; il ne répond presque point , cependant il dit que le mal est là ( il montre son ventre); moiteur de la peau, pouls plus développé que le matin , très fréquent. — 29 : la nuit a été mauvaise ; agitation , délire , fièvre vive, face injectée. ( Trente sangsues sur le ventre , foment. ; sinapismes aux pieds. ) — 3o : peu de changement. (Huit sangsues à chaque tempe, lavement. ) — ier octobre : face moins colorée , sueurs abondantes; le malade répond aux questions. ( Yésicat. aux cuisses , lavem. huileux.) — 2 : retour du délire , respiration gênée , demi-convulsive , sueurs abondantes, pouls d’une extrême fréquence, peu développé , mais résistant. ( Huit sangsues à chaque tempe.) — 3: continuation du délire, refus des boissons , contraction des muscles de la face, quand on presse le ventre; langue rouge, lisse à la pointe , pas très sèche ; pouls très fréquent , irrégulier. ( Douze sangsues aux tempes, comp. trempées dans l’oxycrat sur le front, fomentation surl’abdomen , diète, lavement.) — Le soir : sueurs abondantes , face pâle , respiration très fréquente , contraction en divers sens des muscles de la face, agitation des yeux, pupilles dilatées, soubresauts des tendons, soupirs, pouls à peine sensible. (Sinapismes aux jambes et vésicatoire au cou. ) — Mort, à six heures du soir, avec quelques secousses dans les membres.

FIÈVRES MALIGNES

Autopsie cadavérique , dix-huit heures après

la mort .

i° Habitude extérieure . Cadavre d’un jeune homme bien conformé , mort de maladie aiguë pourvu d’une assez grande quantité de graisse ; muscles bien développés , rouges et fermes ; ventre tendu , sonore à la percussion. — 20 Organes encéphaliques. — Beaucoup de sang s’écoule à la section du cuir chevelu ; la surface interne de la duremère offre, à gauche, une rougeur uniforme, comme si elle eût été légèrement teinte de sang. L’arachnoïde et la pie-mère sont très vasculeuses et rouges, surtout à la partie supérieure et externe des hémisphères cérébraux ; l’arachnoïde paraît un pen épaissie; sa texture est assez résistante. Il existe à la base du crâne un léger épanchement de sérosité ; il s’en écoule environ un demi-verre du canal rachidien; les ventricules en contiennent une cuillerée ; le quatrième est un peu dilaté. La substance cérébrale est d’une consistance notable , celle du cervelet est moins ferme; la surface des incisions qu’on pratique dans l’une et l’autre , se couvre d’abondantes gouttelettes de sang.— 3° Organes abdominaux . Le péritoine viscéral présente une très belle injection, moins marquée toutefois sur les intestins grêles que sur les autres viscères abdominaux ; le péritoine pariétal est moins injecté, excepté celui du petit bassin, qui est rosé. — Les ganglions mésentériques rouges, friables, sont développés, surtout; vis-à-vis les dernières circonvo-

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lutions de l’iléon. — Le foie et la rate sont gorgés de sang, les reins en contiennent beaucoup ; le tissu du foie est un peu mou , et facile à écraser. — L’estomac est généralement blanc ; on remarque seulement, à gauche de l’orifice œsophagien, une surface peu étendue rouge, comme si elle était piquetée de sang. L’intestin grêle contient une assez grande quantité de bile, qui a coloré sa surface , et qui est mêlée à de la mucosité ; la membrane muqueuse du duodénum est rouge dans l’étendue d’environ trois pouces; le jéjunum et les trois quarts de l’iléon sont blancs ; le quart inférieur de celui-ci est le siège d’une injection vive, qui offre des interruptions : on y voit des ulcérations multipliées , de l’étendue d’une pièce de cinq sous, à fond rouge et fongueux, et à bords relevés. Le gros intestin contient beaucoup de matières fécales , il est généralement rouge , parsemé de plaques d’une teinte plus foncée , et qui l’est d’autant plus qu’on approche davantage du rectum : celui-ci présente une couleur lie de vin. La membrane muqueuse se détache très facilement dans les endroits les plus injectés , et laisse audessous d’elle des capillaires très multipliés; il n’exisle aucune ulcération dans cette portion du tube digestif. — 4° Organes respiratoires et circulatoires. Plèvres légèrement injectées , ne contenant point de sérosité ; poumons parfaitement sains, rosés, bien crépitants: leur bord postérieur est gorgé de sang; à la surface de ces organes se présentent de petites vésicules remplies d’air, que

FIÈVRES MALIGNES

l’on fait facilement circuler sous la plèvre ; de nouvelles vésicules se forment , en pressant le tissu du poumon. Les bronches contiennent une grande quantitéd’un liquide spumeux; leur membrane muqueuse est d’une rougeur assez prononcée. Le péricarde renferme une cuillerée de sérosité. Le cœur, du volume du poing du sujet , contient quelques caillots de sang. Le ventricule gauche est hypertrophié aux dépens de sa cavité , qui peut à peine recevoir le doigt indicateur : ses parois ont une épaisseur de dix lignes vers la base , et de cinq à six vers la pointe ; les orifices sont dans l’état normal, excepté l’orifice auricuîo-ventriculaire droit, qui est sensiblement agrandi. L’aorte et les gros vaisseaux contiennent du sang, en partie, liquide et en partie coagulé. La première est d’un petit calibre dans toute son étendue.

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