‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 72 sur 113 · OBSERVATION XLVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLVIII

Trente ans. Fièvre ataxo-adynamique , suite d’une gastroentérite compliquée de méningo-encéphalite. — Mort, le douzième jour après l’entrée. — Ulcérations, épaississement fongueux, rougeur, injection, etc., de la mem- 1 brane muqueuse digestive. — Rougeur, injection considérable des méninges et de la substance cérébrale , avec augmentation de la densité de cette dernière, et sans épanchement notable de sérosité.

204. Blater (Jacques), âgé de trente ans, brun, très fortement constitué , était malade depuis quinze jours, lorsqu’il entra à l’hôpital Cochin,le 16 octobre 1822. La maladie avait débuté, sans

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cause connue, par une violente céphalalgie, des frissons, cîes douleurs abdominales, des vomissements et du dévoiement.

A l’entrée du malade , nous observâmes les symptômes suivants : prostration adynamique * ■visage étonné , injecté ; langue rouge et sèche , soif, anorexie , nausées sans vomissements, peau chaude et sèche , pouls fréquent, souple et développé; toux, crachats muqueux, adhérents au vase, légèrement tachés de sang; nulle douleur dans la poitrine , respiration sonore dans toute l’étendue de cette cavité. (Gomme édulcorée , — Le 17 :1a fièvre est très vive. (Vingt sangsues à l’épigastre , trois bouillons. ) — Le 18: fièvre brûlante, langue rouge, nette, d’une sécheresse extrême ; soif ardente , pouls fort et développé , décubitus en supination. — Le 1 g : oppression , dilatation des ailes du nez pendant l’inspiration , sorte de matière pulvérulente à l’entrée des narines , râle sonore et comme musical »

dans les deux côtés de la poitrine , en même temps léger râle trachéal , affaissement extrême avec raideur et développement du pouls. (Gomme , looch.) — Le 20 : douleur au ventre et à la tête , grincements de dents , haleine fétide , pouls moins développé. — Le 21 : respiration toujours embarrassée , ventre ballonné. (Vingt-cinq sangsues sur l’abdomen.) — Le 22 : peu de soulagement , visage pâle, affaissé; râle sonore, pouls encore développé. — Le 20 : l’oppression continue , bien que la poitrine résonne partout. (Vésicatoire à la partie

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antérieure du thorax.) — Le 24 : ventre ballonné, rendant un son tympanique quand on le frappe ; langue rouge et sèche , altération des traits, tremblements des membres, pouls encore grand, fréquent et comme redoublé ( bisferiens ). — Le 25 : parole mal articulée , secousses dans les tendons. (Vésicatoires aux jambes. ) Le soir : soubresauts continuels dans les tendons , flexion spasmodique des avant-bras, qui résistent fortement à l’extension. — Le 26 : visage décomposé, agité de mouvements convulsifs ; lèvres croûteuses , selles involontaires , râle sonore ; le malade garde un morne silence ; il paraît encore comprendre les questions qu’on lui adresse , mais il n’y répond que par des monosyllabes inintelligibles. Le soir : on observe tous les signes d’une fureur frénétique; le visage offre uii aspect effrayant , les sourcils sont froncés , le regard fixe et farouche , l’œil rouge et injecté ; les bras sont fléchis au-devant de la poitrine, les poignets rapprochés du menton et agités de tremblements ; le pouls paraît avoir perdu de sa grandeur, mais il est difficile de bien l’explorer, à cause des soubresauts des tendons qui environnent l’artère, et qui forment des espèces de cordes raides et tendues. (Potion avec le musc.) — Le 27 : tremblotement général , carphologie , serrement des mâchoires, convulsions des muscles des lèvres , du sourcil et de la face; yeux injectés, nez effilé , dilatation de ses ailes ; sueur générale très abondante, formant, par sa vaporisation , une sorte d’atmosphère autour du malade ; pouls

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très frequent, mou et Jcomme fluctuant (Vésicatoire à la nuque 9 musc, dix grains.) Dans la journée, l’agitation augmente; le malade saisit et tire tous les objets qui lui tombent sous les mains, et l’on est obligé de le lier. Il fait des efforts continuels pour se débarrasser de ses liens , son corps est agité d’un spasme universel , tous ses traits expriment une fureur frénétique — Il succombe enfin à huit heures du soir , après une effayante et convulsive agonie.

A utopsie cadavérique, trente-six heures après lamort .

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r° Organes encéphaliques. Crâne arrondi , bombé aux régions temporales. La dure-mère correspondante à ces régions offre une teinte rouge très prononcée. L’arachnoïde et la pie-mère sont généralement injectées , mais surtout à la base du cervelet et autour du mésocéphale. La piemère , qui s’insinue dans les anfractuosités cévébraies , est comme infiltrée de sang. Les ventricules et la base du crâne contiennent à peine une demi-cuillerée de sérosité rougeâtre. La substance cérébrale , d’une consistance plus considérable que dans l’état normal , présente une teinte rosée : de nombreuses gouttelettes sanguines distillent de la surface des incisions qu’on y pratique. La rougeur est plus marquée dans les corps striés , les couches optiques et le cervelet , que partout ailleurs. Les circonvolutions externes des lobules moyens du cerveau sont très développées.-— 20 Organes abdominaux. L’estomac contient des matières

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liquides qui répandent une forte odeur de musc ; sa membrane muqueuse est généralement rosée ; mais la rougeur et l’injection , plus marquées à la partie moyenne de ce viscère , établissent une espèce de ligne de démarcation entre les portions splénique et pylorique. Dans la région splénique , se remarquent des sillons blanchâtres qui semblent résulter de l’érosion de la membrane muqueuse. L’intestin grêle , à partir du pylore , est rempli d’une matière bilieuse , verte , surtout vers le cæcum , et qui a fortement teint la membrane muqueuse , dont je ne pus bien voir la couleur qu’après plusieurs lavages. Cette couleur est rosée jusqu’au milieu de l’iléon , où elle sc dissipe , pour reparaître avec plus d’intensité vers la fin de cet intestin : elle devient même brune à la région de la valvule iléo-cæcale, où l’injection est très abondante : d’ailleurs , les dernières anses de l’iléon sont d’un rouge foncé, même à l’extérieur. La membrane muqueuse , épaissie , fongueuse , boursouflée , comme infiltrée de sang , facile à détacher, est percée , pour ainsi dire de part en part <> par quelques ulcères peu étendus , et à bords relevés. Dans le reste de cet intestin , on trouve un grand nombre de plaques saillantes à son intérieur , les unes rouges, les autres pâles ; plusieurs d’entre elles sont ulcérées à leur centre: en les raclant , on les transforme en une surface ulcéreuse ; elles constituent , peut-être , moins des commencements d’ulcération , que les rudiments d’une cicatrice encore fongueuse , et dont

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les bords sont plus saillants que le fond. Au moyen d’une traction légère , on peut enlever de vastes lambeaux de la membrane muqueuse. Le cæcum et le colon contiennent des matières analogues à de la moutarde , et sont distendus par des gaz dune insupportable fétidité : la matière fécale s’épaissit vers la fin du gros in testin , qui est contracté. La membrane muqueuse, injectée, rouge, ou plutôt rosée , est parsemée de petits ulcères , semblables à des aphthes , et de quelques érosions superficielles , formant des sillons blanchâtres , tels que ceux rencontrés à la région splénique de l’estomac : les ulcères occupent particulièrement le cæcum. Les ganglions mésentériques généralement , et ceux qui avoisinent les dernières circonvolutions de l’intestin grêle particulièrement, sont engorgés, rouges, injectés, faciles à écraser , et plusieurs ont le volume d’une grosse olive. La vessie , contractée , ridée , épaisse et charnue, contient quelques gou ttes d’urine trouble : sa membrane muqueuse est d’un rouge rosé.— -3 0 Organes circulatoires et respiratoires . Les poumons , volumineux, rosés à leur partie antérieure, sont crépitants , excepté à leur bord postérieur, qui est gorgé de sang et d’une couleur violacée : là , leur texture celluleuse se distingue encore, et leur substance ee déchire moins facilement que dans l’en- ’gorgement péripneumonique. Les ganglions bronchiques, un peu gros, sont d’un noir foncé. Les bronches et leurs ramifications , recouvertes d’un mucus sanguinolent, ont une teinte rosée: les

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cavités de la plèvre contiennent environ un verre d’une sérosité rougeâtre. Le cœur, robuste, bien conformé, est rempli d’un sang liquide , noir: la membrane interne de ses cavités est d’un rouge brun.

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