‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 73 sur 113 · OBSERVATION XLIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLIX

Vingt -un ans. Fièvre ataxo - adynamique , suite d’une gastro ~ entérite compliquée de méningo - encéphalite. ■ — Mort, le cinquième jour après l’entrée , et le neuvième après l’invasion de la maladie. — Ulcérations, épaississement fongueux et comme cancéreux, rougeur, injection, etc., de la membrane muqueuse digestive. — Rougeur, injection très forte des méninges et de la substance cérébrale, avec augmentation de la consistance de celte dernière, et sans épanchement notable de sérosité,

2o5. Martinet ( Jean ) , âgé de vingt-un ans , maçon , d’une constitution robuste , très développé pour son âge , d’un tempérament sanguin-nerveux, habitant Paris depuis environ deux ans , exposé à de fréquentes alternatives de chaud et de froid, était , depuis quelque temps , affecté de profonds chagrins, lorsque , le icr avril 1822, il ressentit tout-à-coup de violents frissons, avec céphalalgie, lassitudes et malaise général. Une véritable fièvre se déclare: le malade tousse, perd l’appétit, éprouve une soif vive, et se plaint de coliques passagères. Deux jours se passent dans eetétat.Le 5e, ilsurvient des alternatives de prostration et d’agitation , des douleurs abdominales, et une lièvre des plus ardentes. — La nuit du 4 au 5 fut très agitée ; le

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malade ne cessa de crier et de délirer. Le 5 , il fut apporté à l'hôpital Cochin. Voici ce que nous observâmes. Douleur dans tout l’abdomen , mais particulièrement dans la région des reins; langue rouge , sèche ; soif ardente , lèvres et dents couvertes d’une croûte brunâtre ; visage pâle , traits contractés et comme étonnés , regard fixe et farouche , céphalalgie , délire , tremblements convulsifs des membres , peau chaude et sèche , pouls très fréquent , dur , et assez développé ; toux rare. ( Trente sangsues sont appliquées sur le ventre : quinze y avaient déjà été appliquées avant l’entrée à l’hôpital. ) Le soir : aucune amélioration. Dans la nuit , le malade , agité d’un délire furieux, refuse de répondre aux questions qu’on lui fait , pousse des cris et s’efforce de sortir du lit. — 6, au matin : le délire continue , les conjonctives sont injectées, rouges , arrosées de larmes abondantes, qui ruissellent sur les joues ; le malade s’agite , pousse des Gris horribles , s’échappe de son lit , et court dans la salle. (On est obligé de le retenir dans son lit , en lui liant le corps, les bras et les jambes. ) Irrité des liens dont il est entouré, il fait de violents efforts pour les rompre et se précipiter de nouveau hors du lit. La pupille gauche est plus dilatée que la droite ; air morne , sombre , inquiet ; sourcils fortement contractés , gestes et propos menaçants , serrement des mâchoires avec refus opiniâtre de les ouvrir quand on lui présente à boire , soubresauts des tendons , pouls dur, vil, fréquent , comme convulsif. ( Sina-

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pismes aux pieds, saignée de la saphène, limonade tariarique , diète.) Le malade reste assez tranquille dans la journée , son ventre se tuméfie. La nuit se passe au milieu d’un délire calme, alternant avec un état d’assoupissement passager. — Le 7 : tremblement convulsif universel , secousses dans les tendons , mouvements convulsifs des muscles zygomatiques et de l’orbiculaire des lèvres ; ces phénomènes spasmodiques alternent avec l’assoupissement, Dans la journée, on lui applique successivement des sinapismes aux pieds, des vésicatoires aux jambes, et de la glace sur la tête ; cependant les symptômes persistent. Le malade grince des dents, serre les mâchoires, et ne les ouvre que dans les moments où une soif ardente ne lui permet pas de refuser les boissons qu’on lui offre : son visage porte l’empreinte d’une fureur concentrée; il garde un silence farouche, qu’il rompt de temps en temps pour proférer des paroles menaçantes. Dans la nuit : agitation ; délire ; puis abattement , état comateux. — Le 8 : assoupissement continu ; si l’on en fait sortir le malade , ce qui est assez difficile, les tremblements convulsifs se manifestent de nouveau ; les yeux sont larmoyants , baignés d’un mucus abondant, de couleur verdâtre; face terreuse, stupeur plus prononcée, refus des boissons, qui sont rejetées quand on parvient à les introduire dans la bouche; avant-bras dans la flexion, mais s’étendant sans résistance ; cris pendant le pansement des vésicatoires. (Nouvelle application de glace sur la tête,

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potion avec cinq grains de musc.) — Le 9 : peau chaude, baignée de sueur, ainsi que la veille; stupeur , assoupissement continuel , prostration extrême , trismus , impossibilité d’étendre les avant-bras, qui sont fortement fléchis; soubresauts des tendons, pouls extrêmement vif, irrégulier.... Mort la nuit suivante , à deux heures.

Autopsie cadavérique , vingt heures apres la mort .

i° Organes encéphaliques. Les membranes du cerveau sont très injectées, il ne s’écoule point de sérosité pendant qu’on les enlève; la pulpe cérébrale , plus ferme que dans l’état naturel , est aussi consistante que si on l’eût plongée pendant quelque temps dans un acide minéral affaibli ; Jes gouttelettes de sang qui coulent à la surface des incisions qu’on y pratique, sont petites et peu nombreuses ; les ventricules cérébraux contiennent à peine quelques gouttes de sérosité. — 20 Organes abdominaux. Météorisme des intestins : le colon et le cæcum , extraordinairement volumineux en raison de leur distension par des gaz, occupent la région épigastrique, et ils ont profondément refoulé vers la poitrine le foie et l’estomac. La membrane muqueuse de ce dernier, parsemée de rides très prononcées, offre plusieurs plaques d’un rouge assez vil , mais peu étendues ; cette membrane, dans toute sa portion splénique , est très injectée, rouge et comme piquetée de sang. Le jéjunum, le duodénum et le commencement de l’iléon , remplis de bile et de gaz, n’offrent pas de rougeur bien

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marquée ; mais vers la terminaison de l’iléon , dans l’étendue d’environ deux pieds, on rencontre les traces d’une plilegmasie vraiment effroyable. Là , la membrane muqueuse épaissie, boursouflée, inégale , rugueuse, comme fongueuse, est en même temps criblée d’ulcérations à bords relevés , irréguliers , rouges , durs : si l’on incise ces bords , on obtient une surface d’un blanc légèrement grisâtre ; le tissu qui les compose est tout-à-fait lardacé ; autour d’eux existe une injection plus prononcée que partout ailleurs. La rougeur de la portion enflammée de l’iléon se change , vers la valvule iléo-cæcale , en une couleur d’un brun grisâtre. La membrane muqueuse, dans toute l’étendue de l’inflammation , s’est détachée des autres membranes avec la plus grande facilité. Ayant obtenu ainsi un énorme lambeau de cette membrane , je me suis assuré , d’une manière plus directe encore, de sa rongeur, de son injection, de son épaississement , et j’ai vu que , parmi les nombreux ulcères dont elle était affectée , les uns avaient perforé son tissu de pari en part , tandis que les autres n’avaient encore détruit que ses couches les plus superficielles. La membrane muqueuse du gros intestin , rouge, injectée, comme érysipélateuse dans le cæcum , est blanche dans tout le reste de son étendue. Les ganglions mésentériques correspondants aux anses intestinales enflammées sont volumineux, rouges, injectés et faciles à écraser. — 5° Organes pectoraux. Ces organes ne présentent rien de notable , si ce n’est quelques

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brides fibro-celluleuses qui unissent la plèvre pulmonaire droite à la plèvre costale correspondante.

206. Plusieurs des observations rapportées dans les précédents chapitres de cet ouvrage appartiennent à la catégorie des trois dernières que je viens d offrir au lecteur. ( Voyez, entre autres, les observations tv, vi, viii, ix, xvii, xviii et xix. )

207. En soumettant tous ces faits à une méditation sérieuse et à une analyse rigoureuse, il est impossible de ne pas rester convaincu que les symptômes dits ataxiques sont réellement les effets d’une irritation cérébrale , consécutive à unephlegmasie gastro - intestinale. Car, d’une part, les symptômes ataxiques sont absolument les mêmes que ceux qui accompagnent une encéphalite générale aiguë; et, d’autre part, les altérations que présente l’encéphale des sujets qui succombent à ces symptômes, ne diffèrent sous aucun rapport essentiel de celles que l’on rencontre dans les cas d’encéphalite générale aiguë.

208. Il est seulement une remarque importante à faire au sujet de l’encéphalite sympathique ou consécutive à une autre phlegmasie , c’est qu’elle entraîne , en général, des altérations anatomiques moins profondes que l’encéphalite primitive ou idiopathique ; comme si l’inflammation cérébrale produite par la dissémination d’une autre phlegmasie plus ou moins éloignée du cerveau, sévissait avec moins d’intensité que celle déterminée par des causes dont l’action s’exerce immédiatement sur cet important organe.

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209. Ce n est pas uniquement à la suite de l’inflammation des viscères digestifs que l’on voit se manifester les symptômes ataxiques; toutes les autres phlegmasies, ainsi que nous l’avons déjà dit, peuvent les produire , pourvu qu’elles soient assez aiguës, et d’une certaine étendue. Celles qui les déterminent le plus rarement sont peut-être les phlegmasies parenchymateuses simples. Mais il est assez commun de les voir se développer sous l’influence d’une vaste inflammation aiguë de la peau et du tissu cellulaire. Je me contenterai d’en rapporter un seul exemple.

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