‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 74 sur 113 · OBSERVATION L · texte numérisé non relu

OBSERVATION L

Quarante-sept ans. Symptômes ataxiques consécutifs à un phlegmon urineux. — Mort, le sixième jour après l’entrée.— Inflammation gangréneuse du tissu cellulaire du périnée j de la cuisse et du bassin. — Rougeur, injection considérable des méninges et du cerveau , avec épanchement séreux.

210. Cibial (Jean-Baptiste), âgé de quarantesept ans, instituteur, maigre, d’une constitution nerveuse et très irritable, brun, faisant un usage habituel de bougies , depuis près de trente ans qu’il a contracté diverses blennorrhagies vénériennes , entra, le 7 mars 1822, à l’hôpital Cochin. Voici l’état qu’il nous offrit : tumeur phlegmoneuse dans la région du périnée, rouge et excessivement douloureuse; malgré les plus grands efforts, le malade rend à peine quelques gouttes d’urine; le visage porte l’empreinte de la plus profonde anxiété.

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(Pendant les trois jours suivants, la diète, les boissons rafraîchissantes nitrées , furent les seuls remèdes employés : on appliqua des cataplasmes sur la tumeur , et Ton prescrivit des bains de siège.) Le 10, troisième jour après l’entrée : fièvre des plus vives; le malade exhale une odeur urineuse; il rend à peine quelques gouttes d’urine : la fièvre et l’anxiété sont très fortes. — 1 1 : langue et lèvres sèches, croûteuses , soif inextinguible , agitation, tendance aux tremblements ; délire , le soir et la nuit. — 12 au matin: léger strabisme; œil droit fermé, le gauche à demi ouvert , ne laissant apercevoir que la sclérotique : ayant cherché à examiner les pupilles, le malade me repoussa avec des jurements; délire et tremblements frénétiques; avantbras fléchis , résistant comme mécaniquement à l’extension. Quand on essaie de lesétendre, le malade s’agite et tousse , à la manière d’une personne qu’on tourmente violemment. Agitation des ailes du nez, et soulèvement bruyant des joues; pouls très accéléré, mais faible ; peau brûlante et sudorale ; le périnée et les enveloppes du testicule sont gonflés et tendus. On plonge un bistouri dans la tumeur périnéale; il s’écoule une assez grande quantité de pus mêlé de sang et d’urine. Pendant l’opération, le malade fait un saut, crie et jure. Agitation extrême , divers mouvements instinctifs pour repousser les mains de ceux qui l’environnent et tous les objets qui le touchent ; délire furieux. Cris douloureux quand on le pince, tressaillements , traits contractés, pupilles dilatées. Au bout

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d'une heure, l’agitation fut remplacée par un assoupissement comateux , qui dura tout le reste de la journée. Le soir, visage rouge et animé, pupilles contractées ; les paupières soulevées retombent au-devant de l’œil , qui est immobile et comme inanimé ; sueurs à la tête et au thorax ; les membres ont perdu leur rigidité , et, abandonnés à leur pesanteur, ils tombent comme des corps inertes ; perte absolue des facultés intellectuelles , râle trachéal dans toute la poitrine. Ayant agacé le malade , en l’examinant, il sembla se ranimer, poussa un profond soupir, puis il retomba bientôt dans le coma. Cependant, à peine la nuit était-elle arrivée, que, sortant de cette espèce de léthargie, il s’agite dans tous les sens, et pousse des cris plaintifs , qui ne cessèrent que le matin à quatre heures. Quelque temps après , le coma reparaît, le râle survient,, et le malade expire.

Autopsie cadavérique , vingt-six heures après la

mort . „ .

i° Habitude extérieure . Rigidité cadavérique considérable. Tout le tissu cellulaire du scrotum , de l’aine gauche et du bassin, est enflammé, gangrené, et infiltré d’un liquide brun, fétide, milieux : ce liquide forme un immense foyer qui s’étend dans toute la fesse droite, jusqu’à la région trochantérienne , et dans une portion de la fesse gauche ; 3e nerf sciatique , traversant cette sorte de bourbier purulent , est enveloppé d’une couche albumineuse verdâtre, qui semblait destinée à le

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protéger. Les parois du foyer présentent une couleur également verdâtre: le tissu cellulaire, épaissi, est facile à déchirer, fragile ; l’urèthre est enflammé dans toute son étendue, rétréci, particulièrement vers la prostate; immédiatement au-devant de celle-ci , se trouve une crevasse du canal , longue d’environ trois lignes, et communiquant dans le vaste foyer indiqué : rupture par laquelle l’urine s’est insinuée dans le tissu cellulaire extérieur du bassin, d’où elle a pénétré dans celui de l’intérieur, et a produit, par sa présence, le phlegmon gangréneux dont je viens de décrire les principaux caractères anatomiques. — '2° Organes encéphaliques. Les méninges sont rouges et très injectées : ces membranes étant enlevées, il reste beaucoup de sang dans les anfractuosités cérébrales; et les circonvolutions, ainsi dépouillées, sont abondamment piquetées de sang ; l’injection , d’ailleurs, est plus prononcée à gauche qu’à droite, et à la convexité qu’à la base du cerveau. Les ventricules contiennent une médiocre quantité de sérosité rougeâtre ; les vaisseaux qui rampent à leur surface , très nombreux et très développés , y dessinent des arborisations admirables. La toile et les plexus choroïdes sont rouges et gorgés de sang; ce liquide distille en gouttelettes très nombreuses de la surface des incisions pratiquées dans l’épaisseur de la substance cérébrale. Un peu de sérosité rouge se trouve à la base du crâne et dans le canal rachidien. — 5°Organes thoraciques. Poumons parfaitement sains , cœur volumineux , gorgé de sang; l’orifice vent ri-

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culo-aortique présente, à droite, un croissant osseux dont la convexité est tournée à gauche : une de ses extrémités plonge dans la base du ventricule, et fait une légère saillie au dedans de sa cavité, tandis que l’autre extrémité tient à une des valvules sygmoïdes , dont elle déjette le milieu vers l’axe de l’aorte : cet arc osseux , dont la surface est inégale, a une corde d’environ quatre lignes de longueur. — 4° Organes abdominaux. Estomac rétréci : sa membrane muqueuse présente une rougeur mêlée de vert; l’intestin grêle, également rétréci dans une portion de son trajet, contient partout ailleurs une grande quantité de bile ; la membrane interne est rosée et injectée en plusieurs points ; le gros intestin contient des matières verdâtres solides ; il est d’autant moins rouge à l’intérieur, qu’on s’éloigne plus du cæcum.

211. Ce malade a bien évidemment succombé à une méningo-encépbalite , causée par l’inflammation gangréneuse du tissu cellulaire du scrotum , de la fesse et du bassin. On sait assez qu’il est très commun de voir survenir les symptômes ataxiques à la suite des grandes inflammations extérieures , telles que cejles produites par les plaies , les opérations chirurgicales , etc.

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ARTICLE II

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