C. Lésions organiques observées dans la peste
22$. Peste de Marseille (1720). Chez douze cadavres ouverts par Soulier et examinés d’une manière très incomplète, on trouva : « Les viscères »de la poitrine et de l’abdomen livides,- noirâtres, »ou d’un rouge foncé; les vaisseaux remplis de »sang de même couleur; ceux du cerveau et de » ses membranes , remplis d’un sang noirâtre et » coagulé ; les poumons enflammés et gangrenés , »îes glandes affectées de bubons noirâtres, gan- »grenées , livides , purulentes; des charbons inté - » rieurs , des taches livides , pourprées ; un épanche- »ment de sang noirâtre , horriblement fétide dans » l’estomac; une pustule noire et étendue dans » l’iléon d’un cadavre; chez un autre, des taches » pourprées sur la membrane interne des intestins, »des taches noires sur la membrane graisseuse ré vpandue autour des intestins.»
Ces diverses altérations se rencontraient réunies ou isolées sur le même sujet.
Couzier, sur onze cadavres, trouva presque chez tous des traces de congestion et d’inflammation des méninges, des taches pourprées et des charbons sur les poumons , à l’extérieur et à l’intérieur des intestins grêles et de l’estomac, sur l’épiploon, le mésentère, le foie, le péricarde, l’aorte abdominale, le diaphragme, les reins, la vésicule biliaire et le pancréas.
Peste de Russie 1^2). Sm'ioilomXz ne nous
ElÈVlîES ÉPIDÉMIQUES.
a presque rien laissé sur l’anatomie pathologique des malades confiés à ses soins.
Peste d'Egypte (an vu). M. Larre y ouvrit deux cadavres à Jafa; le premier, couvert de pétéchies, exhalait une odeur nauséabonde; bas-ventre mé- ' téorisé, grand épiploon parsemé de taches gangréneuses, intestins boursouflés et brunâtres, estomac affaissé et gangrené dans plusieurs points delà région pylorique, foie plus volumineux que dans l’état normal, vésicule pleine d’une bile noire et fétide, poumons parcourus de lignes noirâtres, cœur d’un rouge pale, facile à déchirer, rempli d’un sang noir et liquide; bronches pleines d’une liqueur roussâtre et limoneuse. — Le second cadavre offrit à peu près les mêmes altérations; foie plus engorgé, péricarde rempli d’une humeur sanguinolente, tissu cellulaire parsemé d’un lacis de vaisseaux pleins d’un sang noir et liquide.
L’illustre chirurgien que nous avons nommé plus haut, observa les mêmes désordres chez plusieurs autres sujets qu’il ouvrit en Égypte ; malheureusement les circonstances ne lui permirent pas d’examiner les organes encéphaliques (i).
Peste de Noja (181 5- 1 6). Les médecins qui ont observé cette épidémie n’ont enrichi l’anatomie pathologique d’aucune découverte nouvelle. Deux cadavres furent ouverts au milieu du cimetière; on observa les trois cavités avec soin etminu-
(1 ) Mémoires de c hirurgie militaire , par M. le baron Larrey. Paris, ïSi2 , in>8° , tom. I, pag, 326.
/p/j FIÈVRES ÉPIDÉMIQUES.
tieusement , et il ne s’y trouva aucune altération morbide; tout était dans l état naturel.
Il faut avouer qu’une telle assertion est des plus étranges , et que la médecine serait une science bien misérable si elle en sanctionnait beaucoup de pareilles.
226. C’est à ce que l’on vient de lire que se réduisent nos connaissances actuelles sur les altérations organiques auxquelles correspondent les symptômes des divers typhus. Ces connaissances sont, sans doute, encore bien imparfaites. De nombreuses ouvertures de cadavres, faites avec toute l’exactitude désirable , pourront seules combler cette grande lacune de l’anatomie pathologique. Il serait à souhaiter, pour le bonheur de l’espèce humaine , que l’occasion de se livrer à ce genre de recherches périlleuses ne se présentât de long-temps, et que, quand elle se présentera, les gouvernements se fissent un devoir de favoriser, par tous les moyens qui sont en leur pouvoir, des recherches d’une si haute importance.
ARTICLE III