‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 93 sur 113 · OBSERVATION LUI · texte numérisé non relu

OBSERVATION LUI

Vingt-deux ans. Fièvre lente, suite d’une phthisie puh>onaire et d’une gastro-entérite chronique. — Rougeur inflammatoire très vive de la membrane interne de l’aorte, de l’ai 1ère pulmonaire, des artères et des veines delà poitrine, du ventre et des membres.

296. Canut (Pierre), tailleur, âgé de vingtdeux ans , garçon , grand , blond , mince , faible , lymphatique , était affecté , depuis trois mois , d’une maladie de poitrine , lorsqu’il entra à l’hôpital Cochin, le 27 juillet 1S22. Il était sorti, depuis un mois, de l’hôpital de la Pitié , où on lui avait, disait -il, appliqué cent vingt sangsues sur le côté droit de la poitrine, après l avoir saigné une fois.

A son entrée , il offre les symptômes suivants: pâleur et faiblesse , efforts de toux si considérables qu’ils excitent presque le vomissement , crachats aqueux , cessation de la douleur de côté , pectoriloquie douteuse au sommet de la poitrine , très évidente en dedans du sein droit, où l’on entend , quelque temps après la parole , un frémissement comme métallique ; respiration bruyante dans les poin ts pectoriloques , peu abondante presque partoutailleurs. — Fièvre hectique avec frissons et sueurs, surtout la nuit. Dévoiement considérable.

Prescription: pectorale édulcorée, looch , quart d’aliments.

Les jours suivants , progrès du marasme , insomnie , toux continuelle , oppression (quarante in -

482 fièvres hectiques.

spirations par minutes, sons aigus à la base de la poitrine , pectoriloquie à droite , voix rauque , embarras et comme obstruction du larynx , dévoiement avec selles sanguinolentes , infiltration des jambes , chute totale des forces. . . . Enfin le malade ne peut plus respirer , il se tient continuellement assis dans son lit, et il meurt le 16 août au matin.

Autopsie cadavérique ; trente heures apres la mort.

i° Habitude extérieure . Marasme général, peu

d’infiltration.

2° Organes respiratoires et circulatoires. Epanchement d’environ une pinte de sérosité trouble à la partie postérieure et inférieure de chaque cavité pectorale; adhérences molles et fibrineuses à gauche , tapissant la base du poumon , le diaphragme , le péricarde , et formant une sorte de kyste autour d’une portion de l’épanchement. La base de ce poumon, comprimée par le liquide, présente à son centre un enfoncement qu’environne un rebord saillant. Les fausses membranes, très épaisses , blanches , plus ou moins récentes, ont une ressemblance parfaite avec le coaguîum des anévrysmes. Les couches les plus superficielles ne présentent aucune trace d’organisation , d’autres offrent une teinte rosée et des vaisseaux pour ainsi dire à l’état naissant; enfin la couche immédiatement adhérente à la plèvre est généralement rouge , et est tellement vascuîeuse en quelques points, qu’on la dirait enflammée, et qu’elle paraît

piquetée de sang. La plèvre sous-jacente elle-même , rouge , fortement injectée , adhère avec les fausses membranes par un tissu cellulaire extrêmement fin. Au sommet des deux poumons existent des adhérences très solides. Ces organes , surtout le droit, qui est plus volumineux, sont généralement tuberculeux et creusés d’un grand nombre de cavernes dont aucune n’est très considérable. Le poumon gauche est comme ratatiné ; son tissu, comprimé par l’épanchement , est condensé, coriace, carnifiè. Les bronches sont ronges comme si elles étaient teintes de sang ; la rougeur, de violette qu’elle est , devient écarlate par le contact de l’air. Les ganglions bronchiques, non ramollis , forment des masses énormes où l’on remarque une abondante quantité de matière noire. Cœur à peu près du volume du poing du sujet, bien conformé, pâle, et comme laiteux à sa surface extérieure. IJ aorte , V artère pulmonaire , les reines et les artères de la poitrine , du ventre et des membres , présentent une rougeur écarlate ou plus foncée.

5° Organes abdominaux. Epanchement séreux

considérable dans l’abdomen. Foie volumineux et tirant sur le jaune. L’estomac intérieurement présente un fond grisâtre , sur lequel se remarque une couleur rosée. L’intestin grêle, rempli d’une matière liquide , boueuse , grisâtre , est généralement injecté et parsemé d’ulcères d’une couleur ardoisée, autour desquels on ne remarque que peu d’injection sanguine, si ce n’est vers la

lia de l’iléon où les ulcères sont confluents. Il existe une routeur très foncée dans le duodénum. Les parois intestinales , très amincies en quelques endroits, sont épaissies, molles et comme infiltrées dans d’autres. Le cæcum, exempt d’ulcérations , présente une rougeur érysipélateuse. Le colon au contraire offre peu de rougeur et est parsemé d’ulcères. D’ailleurs toute la masse intestinale offre à son intérieur ce fond grisâtre qu’avait l’estomac, et son tissu se déchire facilement. Les ganglions mésentériques , engorgés au point que plusieurs ont le volume d’une olive ordinaire , sont rouges , injectés et non suppures.

Organes encéphaliques. Infiltration séro-sanguinolente des méninges, épanchement assez considérable de sérosité limpide, à la base du crâne et dans les ventricules cérébraux. Substance cérébrale molle.

297. Les deux observations précédentes nous offrent chacune un exemple de phlegmasie très étendue de la membrane interne du système sanguin , chez des sujets consumés par la maladie compliquée que les auteurs appellent fièvre hectique. Il me semble que des faits de ce genre confirmentd’unemanière bien satisfaisante l’exactitude de l’opinion que nous avons émise précédemment sur le siège et la nature de la fièvre, considérée en général , et abstraction faite des affections locales qui peuvent lui donner naissance.

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