‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 102 sur 286 · ALCOOLISME · texte numérisé non relu

ALCOOLISME

; Ces faits ont été confirmés par les recherches de Limier qui a montré, à l'aide de tableaux statistiques et de cartes coloriées de la France, quelles sont les régions topographiques qui donnent les plus forts contingents à l'ivrognerie et aux suicides de cause alcoolique (1).

Limier, dans un autre travail du plus haut intérêt sur ce sujet d'une portée sociale et économique si grande, a montré que la proportion des cas de folie par cause alcoolique qui, en 1838, était en France de 7,64 pour cent admissions;— dans la période de 1857 à 1858, s'est élevé à 8,89 et— dans la période de 1867 à 1869, à 14,78 pour 100; et, de plus, il a encore révélé ce fait : que ces tristes effets de l'envahissement progressif de l'alcoolisme ne sont pas particuliers à la France et s'étendent avec la même progression dans les autres régions de l'Europe.

C'est à l'âge adulte que l'on rencontre le maximum de fréquence del'alcoolisme. On n'a plus souvent l'occasion de rencontrer leshabitudes d'ivrognerie dans la vieillesse, sans doute, comme le fait observer Lancereaux (2), parce que ceux qui s'y adonnent ne parviennent jamais à un âge avancé : les nombreux malades qui m'ont passé sous les yeux, dit-il, avaient de vingt-cinq à soixante ans.

Les femmes sont moins souvent que les hommes, du moins en France, atteintes d'accidents de l'alcoolisme nécessitant leur entrée dans les asiles. Néanmoins, il est incontestable qu'il y a aussi un grand nombre de femmes jeunes, livrées au plaisir, qui restent en deçà des limites de l'intoxication bruyante, et qui d'une façon lente et progressive se livrent en silence h l'usage des spiritueux; les statistiques sont complètement nulles sur ce sujet. On a pareillement constaté cette tendance chez certaines femmes de la société arrivées à la période de la ménopause, et même chez quelques femmes en période de gestation, que l'on voit prises d'accès de dypsomanie.

Les troubles psychiques à l'aide desquels se révèlent l'intoxication alcoolique sont de natures variées.

Dans les formes aiguës ce sont des phénomènes d'excitation cérébrale, des illusions sensuelles, des hallucinations diverses qui apparaissent avec une obnubilation plus ou moins complète de la conscience des choses extérieures. Quelquefois on rencontre des sujets qui, en raison des apparitions

(1) Lunier, De la production et de la consommation des boissons alcooliques. Paris, 1879, p. 222 et 223.

Lunier, Des rôles que joaeut les boissons alcooliques dans l'augmentation des cas de suicide et de folie. Ann, med. -psycho., 1872, 1. 1, p. 321.

(2 Laneereaux, art. Alcoolisme, Dictionnaire encyclopédique, p. 691.

terrifiantes dont ils sont possédés, ont de véritables accès de lypémanie. Dans les formes chroniques, il y a par moments des phases de paroxysme, mais ce sont principalement des symptômes d'hébétude intellectuelle qui se font jour, une passivilé spéciale du caractère et un défaut complet de spontanéité. — En même temps, on note des manifestations variées du côté de la motricité, des tremblements dans les extrémités, de l'affaiblissement musculaire, quelquefois même des attaques éclamptiques, et tous les troubles, soit d'ordre psychique, soit d'ordre somatique qui font partie des manifestations de la pathologie mentale.

L'étude des lésions encéphaliques, dont nous ne faisons ici qu'une énumération rapide, nous montre combien l'agent toxique exerce profondément ses ravages, et combien il s'imprègne dans toute la substance du système nerveux.

Les méninges sont le plus souvent très fortement hyperémiés aussi bien celles du lobe cérébral que celles de la moelle allongée et de la moelle spinale. Elles sont le siège souvent de néoplasies caractéristiques, de plaques de pachyméningite, susceptibles de devenir le siège d'hémorragies abondantes, — l'arachnoïde, la pie-mère, sont le siège d'épanchements diffus, avec dilatation des capillaires, infiltration granulo-graisseuse de leurs parois. Dans l'encéphale, on rencontre des atrophies localisées de l'écorce, des adhérences quelquefois avec les méninges, des foyers de ramollissement, des traces d'anciennes hémorragies soit dans la substance grise, soit dans la substance blanche, et des plaques indurées qui dénotent le passage d'un véritable travail sclérosique, analogue à celui qui s'opère dans le foie et le tissu rénal ; en même temps qu'une véritable atrophie et une sorte de ratatinement général des lobes cérébraux.

Les cellules nerveuses, enfin sont, la plupart du temps fortement attaquées ; elles sont d'une part, diminuées de nombre, comme cela arrive dans la paralysie générale, et d'autre part, infiltrées de granulations graisseuses et en période d'involution plus ou moins avancée.

On voit ainsi l'influence délétère qu'exerce l'alcool et ses dérivés sur la nutrition générale des éléments nerveux, et la part énorme qu'il est amené à prendre dans toutes les manifestations de leur activité.

2° Syphilis. — Les observateurs de notre époque, appuyés sur des re-

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