‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 103 sur 286 · SYPHILIS · texte numérisé non relu

SYPHILIS

cherches précises d'anatomie pathologique tendent de plus en plus à établir un trait d'union entre la syphilis et certaines formes de psychopatie, et à montrer ainsi que la syphilis joue aussi un rôle actif dans le domaine de la pathologie mentale (1).

L'influence pathogénique de la syphilis paraît, en effet, suffisamment accusée dans certains cas pathologiques de l'encéphale, pour que l'on puisse lui imputer ajuste titre, une participation effective dans la production de certains phénomènes épileptiformes, de certains troubles paralytiques de l'œil, de certaines paralysies unilatérales, survenues, soit lentement, soit tout d'un coup, sous forme de véritables apoplexies à la suite d'une hémorrhagie liée à une lésion des parois artérielles, d'origine spécifique. — Ce sont là des phénomènes morbides sur lesquels l'attention des observateurs a été fixé dans ces derniers temps et qui paraissent avoir une authenticité irrécusable.

Mais si l'on veut pénétrer dans le groupe des anciennes vésanies proprement dites, caractérisées par l'accès de manie, l'accès de lypémanie, les troubles hallucinatoires, etc., ici alors, le champ de l'observation s'obscurcit; tout devient vague et sujet à controverse, si bien, qu'actuellement on peut dire que rien encore de précis n'est démontré dans cet ordre d'idées.

On voit bien, en effet, des sujets atteints de syphilis cérébrale, avoir d'une façon irrégulière et passagère des accès d'excitation maniaque, de la dépression mélancolique et même des troubles hallucinatoires et hypochondriaques, mais ce ne sont là que des épipbénomènes d'un processus morbide en évolution. — Ces désordres psychopathiques accidentels sont tous, plus ou moins directement, imputables, soit à une méningite syphilitique qui se diffuse dans les réseaux de l'écorce et se comporte comme foyer d'irritation locale, soit à des tumeurs gommeuses disséminées à la base de l'encéphale et agissant par compression irritative sur les régions sensorielles de ces mêmes régions. — Ce ne sont là que des réactions fatales, nécessaires, qui dépendent delà localisation primitive de la néoplasie, et qui, par cela même, sont susceptibles de déterminer des manifestations dissemblables en raison de la variation de leur implantation organique; la néoplasie syphyli-

(1) Mendel, De l'influence de la syphilis héréditaire sur le développement des maladies mentales. Ann. méd. -psycho., 1870, t. I, p. 156.

Samuel Wilks, Folie d'origine syphilitique, Ibid., 1878, t. I, p. 130.

Clouston, Des folies syphilitiques. — Etude anatomo-palhologique des lésions de la syphilis du cerveau , Ibid., 1878, t. II, p. 426.

Revue des sciences médicales, 1878, p. 625.

AI. Fournier, La syphilis du cerveau, Paris 1879.

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tique n'agit donc pas ici en vertu de ses propriétés spécifiques, mais seulement en raison de ses qualités physiques et mécaniques. — Si donc ces néoplasies variées déterminent des phénomènes passagers d'excitation, de dépression, voire même des hallucinations et des illusions sensorielles, ce ne sont toujours que des incidents passagers et fugaces. Ils ne vont pas audelà, et jamais ils ne sont susceptibles de pouvoir aller jusque déterminer l'accès de manie, de lypémanie classiques, avec leurs phases du début, leurs phases d'état et de décroissance, telles qu'elles se développent, alors qu'ils suivent leur évolution naturelle et leurs allures spontanées.

On peut donc dire qu'au point de vue des psychopaties proprement dites, la syphilis n'a avec elles que des rapports indirects et éloignés qui ne s'exercent qu'à l'aide de lésions pathologiques variées, et qui jouent, plus ou moins, dans les diverses territoires de l'encéphale, le rôle de foyers d'irritation locale.

Son rôle est-il plus nettement apparent, et plus facile à mettre en évidence dans une autre série de phénomènes de la pathologie mentale, dans la paralysie générale, en particulier, comme on a cherché à le démontrer dans ces derniers temps !

On sait, en effet, qu'un certain nombre d'auteurs ont attribué à la syphilis une influence pathogénique capitale dans l'apparition de la paralysie générale, et que même, un certain nombre d'entre eux a été jusqu'à dire que la paralysie générale était presque constamment d'origine syphilitique.

Fournier, qui s'est occupé de ces questions avec grand soin (1), après avoir fait la part nécessaire à l'appréciation des coïncidences entre la syphilis et la paralysie générale chez le même sujet, nous parait avoir placé la question sur son véritable terrain, en montrant que si la syphilis était inhabile à produire par elle-même, un ensemble de symptômes à évolution fixe et à caractères nettement déterminés, comme la paralysie générale classique ; elle était, au contraire, apte à donner naissance à une série de manifestations morbides, groupées nettement ensemble, et cependant sous une forme bâtarde et avortée, et à produire ainsi un processus spécial qu'il a justement signalé sous la dénomination de pseudo-paralysie générale.

Cet ensemble de symptômes morbides auquel il rattache d'une façon constante l'amnésie, l'hébétude mentale comme troubles psychiques, et l'affaiblissement asthénique des forces motrices, avec les troubles de la mo-

(.1) De la pseudo-paralysie générale d'origine syphilitique. Progrès médical. 18?8.

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