SYPHILIS
tricité oculaire et quelquefois des accidents semi paralytiques, me semble en effet, cadrer avec certaines formes mal dessinées de paralysie générale que chacun de nous avons plus ou moins fréquemment rencontrées dans la pratique journalière, et que, pour ma part, j'ai déjà rangées dans un groupe spécial de paralysies générales, sous la dénomination de formes incomplètes.
J'ai en effet, chez un certain nombre de sujets d'âge moyen, rencontré une série de manifestations morbides qui se rapportent, tant au point de vue des phénomènes psychiques que des phénomènes somatiques, des symptômes si nettement indiqués par Fournier, dans le type morbide qu'il décrit sous le nom de pseudo-paralysie générale — chez ces malades, j'ai pu quelquefois rencontrer la syphilis. comme facteur pathogénique possible — mais dans la majorité des cas, je n'ai rencontré aucun moyen de contrôle apte à confirmer cette opinion, soit en employant des moyens thérapeutiques appropriés, soit en m'éclairant des recherches de l'anatomie pathologique et de l'examen attentif des viscères.
Il est donc vraisemblable que la syphilis peut agir sur la constitution anatomique des éléments nerveux, indirectement, comme elle agit sur tous les appareils organiques, — qu'elle peut, d'une part, déterminer des altérations des artères et des hémorrhagies secondaires (1), et, d'autre part, en s'attaquant à la névroglie, qu'elle est apte à provoquer des foyers d'irritation néoplasique, soit sous forme de tumeurs multiples, soit sous forme de processus sclérosiques, accompagnés fatalement de destruction de tissus, de ramollissements, d'atrophies corticales, amenant à leur suite des lésions ^réparables dans l'ensemble des facultés mentales.
Oxyde de carbone. — Paul Moreau (de Tours) a signalé dans ces derniers temps, une nouvelle cause de folie, l'action de l'oxyde de carbone, déterminant, chez les individus exposés dans les usages de l'économie domestique à respirer des vapeurs, des troubles spéciaux des facultés mentales, caractérisés par des illusions, des hallucinations avec accès maniaques, et pouvant, dans certaines circonstances, provoquer des symptômes sérieux.
(lj Heldenbrant, Thèse Strasbourg, 1859.
Ladreit de la Charrière, Thèse de Paris, 1861.
Zambaco, 1862, Thèse de Paris.
Lancereaux, Archives de médecine, 1873.
Lagneau fils, Traité des maladies syphilitiques.
Fournier, Journal de l'École de Médecine, 1876.
Conçaix, Thèsede Paris, 1877. — De V hémiplégie syphilitique.
■If," PATHOLOGIE GÉNÉRALE.
U. — IJWFIillEJÏCES PREDISPOSANTES GÉNÉRALES ET niHî\»i»ii»
1° Civilisation. — Depuis le commencement du siècle on se demande s'il y a une augmentation réelle dans le chiffre des aliénés et si, par cela même, 1rs progrès de la civilisation,;'! mesure qu'ils s'accusent, n'entraînent pas avec eux, par la surexcitation qu'ils développent, par l'état de tension continuelle de l'esprit, les émotions de toute sorte, un état spécial du tempérament général dans la population, qui précipite le mouvement de la vie et brûle en quelque sorte l'existence.
Eu Europe, le nombre des aliénés tend, chaque jour, à s'accroître, à tel point que le rapport des aliénés à la population totale, qui, en 1830, était de 1 sur 3080 habitants, se trouvait, en 1851, de 1 sur 1 676 (1). En France, l'augmentation a suivi, suivant Lunier, une marche ascendante; le chiffre des aliénés placés dans les établissements spéciaux qui était de 1 sur (.'<S(J habitants, en 1800, s'est élevé à 1 sur 964, au Ier janvier 1874(2).
La proportion des aliénés parait aussi devenir plus considérable, à mesure que les centres de population sont plus importants. A Gand, d'après Guislain, la statistique indique à peu près 1 aliéné sur 302 habitants, tandis que la population rurale de la province offre 1 aliéné sur 1 474 habitants (3). — Renaudin a trouvé que la population totale du département de la Meurthe comptait 1 aliéné sur 1 408 habitants, tandis que dans ce nombre la ville de Nancy figurait pour 1 sur 500 habitants.
Posée en ces termes, la question de l'influence de la civilisation et du milieu des grandes villes sur le développement de l'aliénation mentale présente des problèmes trop complexes pour que l'on puisse avoir une opinion sérieusement motivée. — Les statistiques que nous avons sur le nombre des aliénés sont de trop fraîche date, elles sont encore trop incomplètes pour que l'on puisse avoir une complète confiance en elles. Elles datent à peine de 30 et 40 ans, et nous n'avons que des documents presque nuls sur l'état des aliénés au xvi% au xvn% au xvnr siècles!
D'une autre part, l'influence bienfaisante de la loi de 1838 qui a réglé
(1) Marcé, loco citito, \>. 97.
(2) Lunier, Influence des événements de 1870-1871 sur le mouvement de l'aliénation
mentale. Ami. med.-psijeliu., 1874, p. UN7. ('3) Guislain, Phrénopathie, i. 11, p. IL).