CHAPITRE PREMIER
l'IiODI'.OMES
C'est une erreur de croire que les troubles psycho-intellectuels de la folie éclatent subitement. On a vu en effet, certaines émotions profondes déterminer passagèrement quelques explosions délirantes, mais à un examen approfondi pratiqué par un médecin expérimenté, il est aisé de reconnaître qu'il y a dans les cas annoncés toujours une progression lente des symptômes observés, et une sorte d'entraînement préparatoire latent, en vertu duquel il a su fii d'une incitation minime pour déterminer la chute.
Cette période d'incubation de la folie qui va éclater et qui pointe déjà, est susceptible de se révéler par des manifestations bizarres. C'est à ce moment, en effet, que l'on voit des malades entraînés par de fausses conceptions, commettre des vols dans les magasins et dans les lieux publics. Ces vols ont cela de particulier qu'ils sont sans nécessité et sans but, ce sont la plupart du temps des personnes riches qui dérobent des objets sans valeur, et qui se font arrêter par des agents de police.
Moreau (de Tours), dans un travail très intéressant sur les prodromes de la folie, a décrit certaines sensations spéciales éprouvées par les malades dont le cerveau commence à être envahi. — Ils ont la tète pesante, dit-il, douloureuse, comme si elle était prise dans un étau. Ilssententqueleur crâne se gonlle, qu'il s'élargit au point de remplir une chambre, etc. — D'autres accusent des décharges électriques dans la tète et sur les membres, une sensation de vide dans les régions frontales, etc. (1).
(1) Moreau (de Tours), Mémoire sur les prodromes de la folie. Ann. médico-psych., 1852, p. 17 ;.
Boileau de Castelneuu, Des prodromes île la folie au point de vue médico-légal. Annal, médico-psych., p. 'Mi, 1864.