HABITES EXTÉRIEUR
IIARITl'S EXTERIEUR
L'homme dont les facultés mentales sont troublées, trahit dans ses gestes, son habitude extérieure, sa façon de se présenter, les désordres profonds survenus dans son for intérieur.
Dès le premier aspect, l'aliéné se révèle à l'œil du médecin exercé; tout d'emblée il a cessé d'être comme tout le monde (I).
Les malades en période d'excitation, les maniaques, les paralytiques, se présentent avec hardiesse. — -Ils parlent haut et fort, et cela sans qu'ils s'en aperçoivent, leurs paroles se suivent avec volubilité. Ils trahissent ainsi à l'extérieur le tumulte des idées et des émotions qui s'agitent en eux; leur regard est animé et mobile, les yeux sont instables et ne fixent pas l'interlocuteur, et en même temps, ils sont brillants. Ils restent debout, ils marchent, ils circulent, on ne peut les faire asseoir et tout dénote déjà l'exubérance de l'activité nerveuse qui déborde en eux. En même temps, si vous leur adressez la parole, si vous donnez une direction aux idées qui s'agitent en eux, ils livrent un libre cours à leurs conceptions délirantes. Ils parlent alors de leurs projets, de leurs acquisitions, de leurs amitiés puissantes, etc., etc., et du même coup on constate que la parole est parfois embarrassée, qu'il va du tremblement dans les lèvres et que la bouche est sèche et exhale une odeur fétide.
L'ensemble extérieur répond à l'état d'activité fiévreuse qui entraîne le ma" lade en dehors des choses de la réalité. — Sa tenue est négligée, il a les mains noires et sales, ses dents sont mal entretenues, ses cheveux abandonnés au désordre, sa barbe sordide n'est pas faite, et ses vêtements sont irrégulièrement boutonnés, maculés de taches; la coiffure fait ordinairement défaut et a toujours été oubliée quelque part. Et en même temps, si c'est d'un paralytique dont il est question, quand on l'aborde, aux périodes de l'année où il y a des fleurs, neuf fois sur dix, on voit qu'il se présente avec un bouquet de fleurs, comme ornement à la boutonnière.
Dans la forme dépressive, l'habitus du malade se présente avec les mêmes aspects, au'point de vue des incorrections de la tenue générale et de l'abandon des soins extérieurs relatifs à la personne.
Qu'il s'agisse d'un lypémaniaque ou d'un halluciné persécuté, le malade
(1) Laurent, De la physionomie chez les aliénés. Annales médico-psych., 1863, p. 180.
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se présente passivement à l'examen. Loin de rester debout et de vociférer comme le maniaque, il s'assied et reste silencieux. Il s'avance à pas lents sa figure est fatiguée, son regard qui est tourné vers la terre et qui esquive le vôtre, est fixe el éteint. Ses paroles sont lentes et exprimées à voix faible; il faut en quelque sorte extirper chaque réponse isolément, et chacune d'elles ne sort que par monosyllabes.
S'il est dans la demi stupeur, il va, il vient, el il a l'air d'être absorbé dans des conceptions d'origine subjective.il ne parle à personne, et, assis tous les jours à côté des mêmes voisins de table, il passe volontiers des semaines entières sans leur adresser la parole.
S'il est touché plus profondément, l'absorption intérieure devient de plus en plus accusée, l'indifférence pour les choses du monde extérieur et pour ses anciennes affections s'accentue et la passivité se complète par un mutisme obstiné (1).
Les hallucinés, les déments se ressemblent tous, qu'ils soient hommes, qu'ils soient femmes, au point de vue de l'aspect extérieur. Ils vivent tous plus ou moins en eux-mêmes, étrangers à ce qui passe en dehors. Ils se lèvent, ils se couchent, prennent leurs repas aux mêmes heures avec la répétition incessante des mêmes gestes. Ils sont tous plus ou moins étrangers à ce qui constitue les conditions usuelles de la tenue et du vêtement régulier. Si on n'avait soin de veiller sur eux, comme sur des enfants, ils seraient à peine couverts pendant la saison froide, et conserveraient par la force de l'habitude leurs vêtements chauds pendant la saison d'été. Ils deviennent ainsi indifférents non seulement aux choses de convention sociale, mais encore aux conditions atmosphériques ambiantes qu'ils subissent sans en sentir les influences ni les alternatives variées.
M) Vigna, Apathie, insensibilité morale, insuffisance ou défaut de réaction morale. De l'importance des phénomènes négatifs dans le diagnostic des psijehopalhies. Ann. médicopsych , 1871, t. Il, p. 9.
Auzouy, Altérations des sentiments affectifs dans les différentes formes d'aliénation mentale. Annales médico-psych., 1858, p. 53.