‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 120 sur 286 · TROUBLES DU JUGEMENT · texte numérisé non relu

TROUBLES DU JUGEMENT

effet d'une manière synthétique la participation effective d'une série d'opérations cérébrales isolées qui s'engrènent régulièrement à la suite les unes des autres, et qui viennent se fondre en une résultante unique, comme une série d'équations algébriques. Or, lorsqu'une des opérations intermédiaires vient à être faussée, lorsque les éléments primordiaux du point de départ sont erronés, les déductions, quoique strictement associées et logiques dans leurs détails, sont forcément erronées.

D'un autre côté, comme les opérations d'un jugement erroné ne restent pas, dans l'esprit de celui qui les a engendrées, à l'état de lettre morte, et qu'elles sont toujours tôt ou tard destinées à se transformer en actes et en opérations somatiques plus ou moins apparentes, il en résulte que les actes moteurs volontaires qui vont suivre représentent les phases ultimes d'une opération préalablement accomplie dans les sphères psychiques.

L'acte extérieur trahit donc d'une façon adéquate l'état spécial de l'esprit qui l'a conçu, si bien — qu'étant donné l'acte accompli et l'effet produit on remonte directement à la cause incitatrice et, de l'extravagance de l'acte, on déduit le désordre de la pensée qui Ta engendré.

Les actions des aliénés, quoique correctes et bien logiques souvent, trahissent toujours un défaut d'adaptation de l'idée première qui les a suscitées au milieu ambiant, et une façon à part extravagante, en dehors du sens communaux autres hommes, dans la manière d'envisager les choses.

M. T., halluciné, se promène avec des gants rouges, des bas rouges, il dort avec un bonnet de laine rouge. — Gela paraît étrange au premier abord et cependant cela est logique. M. T., dans sa jeunesse, s'est appliqué à l'étude des sciences physiques, surtout à celle de l'électricité, il s'est créé la conception subjective que l'électricité était mal conduite par les substances de coloration rouge, et pour éviter les décharges électriques dont il se croit menacé sans cesse et dont ses hallucinations lui donnent la notion, il s'isole en portant des objets ainsi colorés. »

M. B. refuse absolument de prendre des bains dans une baignoire. Il s'y oppose absolument parce qu'il a opéré le jugement suivant : chaque fois qu'il sortait de l'eau, il avait remarqué que le niveau de l'eau baissait dans la baignoire et qu'il n'était plus le même que lorsqu'il s'y était mis. Il en conclut que son corps a absorbé cette eau, et qu'en le forçant à prendre des bains on veut le rendre hydropique et le faire mourir dans un bain.

Ce sont des écarts de jugement, comme on le voit, qui sont logiques et bien déduits, mais dont l'élément faussé est directement engendré par un vice dans la perception des impressions extérieures, par une illusion

première, la seule coupable, qui engendre à sa suite une série de conceptions fausses et d'actions extravagantes.

On comprend aisément comment, lorsque îles hallucinations actives viennenl à se développer dans l'intimité du for intérieur, et à faire entendre à l'individu dos voix menaçantes, des propos injurieux lorsque des apparitions terrifiantes viennent à mettre, en branle toute son émotivité, ces états spéciaux d'éréthisme morbide engendrent pareillement des déductions logiques, c'est-à-dire des instincts de défense qui portent l'halluciné à sortir armé pour se protéger. — C'est alors qu'il est apte à imputer à telle ou telle personne de ses connaissances ou même au premier venu îles intentions perfides contre sa sécurité, et qu'il agit en conséquence. — C'est ainsi qu'un grand nombre d'homicides et de suicides sont journellement accomplis par des hallucinés, qui, sous l'empire d'un état émotif passager tuent et assassinent logiquement, en parlant d'un point de départ erroné, une hallucination active.

(r TROUBLES DE- FACULTÉS PSYCHO-MOTRICES

Les forces psycho-motrices qui à l'état normal peuvent être considérées comme les expressions somatiques sous lesquelles les actes de l'activité psychique se révèlent au dehors, sont susceptibles, suivant qu'elles sont dans leur sréservoirs organiques à l'état de tension plus ou moins accusée, d'influer il' unefaçon des plus caractéristiques sur le degré d'énergie des facultés mentales (1). Elles tiennent sous leur dépendance immédiate les phénomènes de l'excitation et de la dépression.

Lorsqu'elles sont accumulées en excès, les différentes opérations de la

vie cérébrale s'en ressentent et se développent d'une façon exubérante. — Les malades vont, viennent, ne peuvent rester en place. Us vocifèrent avec intensité, ils veulent marcher sans cesse, et ce besoin de locomotion est tel, qu'ils marchent malgré eux, inconsciemment, des journées entières, si bien qu'on est obligé de les attacher sur un banc pour les immobiliser forcément, sans quoi ils marcheraient jusqu'à épuisement complet et chute par excès de fatigue ('2).

(I) Castlc, Analyse physiologique du courage. Annales mèdico-psych., 1864, t. II, p. 316.

2 Dans certaines formes de paralysie générale awc excitation, les circonvolutions (régions psycho-motrices) ont été notées tout particulièrement comme lésées.

Relations entre les troubles de la modalité dans lu paralysie générale et les lésions des circonvolutionsfronto-pariétales.

Foville, Annales médico-paycit.) 1*77, t. I, p. 1.

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