‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 122 sur 286 · TROUBLES DE LA PAKOLE · texte numérisé non relu

TROUBLES DE LA PAKOLE

L'expression verbale, cette fonction éminemment complexe, à l'aide de laquelle l'individu vivant projette au dehors ses émotions et ses pensées, en s'adressant à ses semblables pour être compris par eux, présente dans les psychopathies des perturbations profondes, trahissant les différentes dislocations des régions cérébrales qui président à sa genèse et à son évolution.

D'une manière générale, l'expression verbale présente deux phases successives, deux processus qui se commandent l'un l'autre et qui sont indissolublement unis, — un processus d'ordre psychique et un processus d'ordre somatique.

Le processus d'ordre psychique comprend cet ensemble d'incitations en vertu desquelles la personnalité humaine est saisie et exprime ses émotions; — le processus somatique correspond au moment où ces émotions, ces conceptions sont transformées en manifestations phono-motrices coordonnées. — Le premier correspond donc à l'enfantement de la pensée et de l'émotion, et le second, à sa manifestation au dehors.

Lorsque les régions même où s'élaborent les pensées et les émotions viennent à être ébranlées, comme elles le sont dans les différentes psychopathies, soit par la surexcitation soit par l'état dépressif dans lequel elles sont plongées, toute l'harmonie de l'opération est détruite, et l'expression verbale extérieure ne faitque réfléter,commeun écho fidèle, les désordres du for intérieur qui l'ont suscitée.

La parole, interprète fidèle de la pensée chez l'homme sain, devient donc chez l'homme malade la manifestation apparente de l'insanité de son esprit.

Chez les maniaques, chez les paralytiques au début, elle est expansive, abondante ; elle coule à flot et révèle en sonorités bruyantes l'état d'éréthisme que subissent les éléments du sensorium; l'intonation est éclatante sans efforts apparents (1).

Chez les déprimés, les lypémaniaques, alors que le mouvement de la vie cérébrale semble presque complètement anéanti, l'expression verbale est

(1) Brosius, Troubles de lavoix; Ann. médico-psychol., 1859, 117.

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