DURÉE
Durée. — D'après ce que nous venons de dire, la durée des processus est aussi longue que la vie des individus, et l'on peut dire qu'une fois que la maladie s'est emparée de lui, elle s'incorpore à sa substance et ne le quitte plus désormais. Elle se révèle alors à quinze et vingt ans d'intervalle sous forme d'accès qui peuvent avoir chacun isolément une terminaison heureuse, mais qui néanmoins dans leur évolution sont plus ou moins sujets à récidiver.
On voit en effet des sujets qui, pendant la période ascendante de leur jeunesse ont eu des accès de manie répétés, et qui, une fois arrivés dans la période descendante, vers cinquante ans, cessent d'avoir des accès et deviennent relativement indemnes, tout en conservant, dans les habitudes ordinaires de l'esprit une certaine tournure qui rappelle le caractère propre de la maladie première dont ils étaient atteints. — Chez d'autres, au contraire, qui ont eu jusqu'à l'âge de quarante ans deux ou trois accès, soit de manie, soit de lypémanie, on note que la disposition névropathique dont ils sont atteints s'accuse avec plus d'intensité vers l'âge de retour. C'est en effet à ce moment qu'un grand nombre de femmes (prédisposées déjà, soit par leur tempérament, soit par leur hérédité), sont prises de phénomènes de lypémanie anxieuse, lesquels, après plusieurs attaques irrégulières, finissent par devenir continus, et aboutir à un état moyen de déchéance mentale, allié à un certain degré de lucidité, prélude néanmoins d'un état de démence consécutive.
Les accès considérés en eux-mêmes, ont une durée variable, subordonnée à une série de circonstances dissemblables. En général, les formes aiguës ont parcouru leurs phases en deux mois et demi et trois mois au maximum.
Les statistiques tendent à démontrer que les rechutes sont plus fréquentes dans les six premiers mois de la sortie et dans le cours de la première année. Elles seraient, suivant Esquirol, dans la proportion de 1 sur 10; suivant Guislain dans la proportion de 1 sur 19, et suivant Parchappe dans la proportion de 17 sur 100.
Ces proportions sont applicables à la population des asiles publics. On comprend aisément qu'un grand nombre d'éléments d'appréciation puisse
phtisie. Dans un autre cas, il s'agit d'un homme atteint de manie intermittente depuis douze ans, et qui guérit complètement à la suite d'une pneumonie.
Baillarger, à propos de la paralysie générale, a signalé des cas de même nature, dont l'amélioration aurait été déterminée par des traumatismes. Ce sont là des cas exceptionnels qui ont besoin d'un contrôle suivi et prolongé.
aire défaut et que des chiffres n'indiquent peut-être pas la réalité tout entière. Les données statistiques, relatives aux asiles privés, ne permettent pas d'arriver à des proportions aussi élevées pour les guérisons.
La proportion des guérisons serait, suivant Esquirol, de 173 sur 335 malades; Marré indique 1 guérison sur 6,-13 hommes, et 1 guérison sur 12,14 Femmes ;et comme moyenne, 1 guérison sur 8,72 (1).
Ces données ne doivent fournir que des résultats approximatifs, car dans les statistiques déjà anciennes que nous possédons, la paralysie générale avec toutes ses variétés n'est pas régulièrement classée et, d'un autre côté, les malades déclarés guéris administrativement, sont très souvent des alcooliques. Un grand nombre d'entre eux sont sujets à des rechutes, qu'ils vont subir dans d'autres asiles. — Pour avoir des données suffisamment exactes, il ne faudrait pas avoir de statistiques d'ensemble, mais bien des statistiques isolées, afférentes à des processus morbides très correctement diagnostiqués, observés avec soin et dont on pourrait suivre les sujets, même en dehors des asiles.
Les relevés de statistique de ma clientèle privée me permettent de citer les résultats suivants, comme premiers documents à utiliser pour les recherches de ce genre.
Sur 23 cas de lypémanie simple, dont un certain nombre ont été jusqu'à la stupeur, 5 seulement ont été rendus à la famille; sur ces 5, trois ont été guéris après 6 mois de traitement, les deux autres après 2 et 3 années. Ces derniers malades avaient un certain degré d'affaiblissement intellectuel, ils étaient inoffensifs. — Les 18 cas qui n'ont pas guéri ont passé successivement à l'état chronique ou ont été emportés par quelque complication.
Sur 90 cas d'accès de manie francs, dans plus de la moitié des cas, c'està-dire, 49 fois, l'accès s'est terminé par la guérison franche, au bout d'un temps rapide, quatre à six semaines.
Sur 60 aliénés atteints de manie subaiguë, d'hallucinations irrégulières, etc., des deux sexes, que j'ai pu suivre pendant quinze ans, 4 seulement sont sortis améliorés, un d'eux est mort accidentellement, quelque temps après, un autre s'est livré aux boissons alcooliques, les deux autres n'ont pas donné de leurs nouvelles. Les 54 malades restants sont passés insensiblement à l'état chronique.
Quant à la paralysie générale, les résultats de mes statistiques sont encore il; Marcé, loco cilalo, page 56.
plus attristants. — Sur 146 cas et dont j'ai pu suivre les suites dans l'intérieur des familles je trouve que les résultats se répartissent ainsi :
Dans l'espace de quinze années, sur ces 146 paralytiques, 101 sont décédés; quant aux 45 autres, il y en a 20 qui ont été placés dans d'autres asiles et et qui étaient dans un état d'affaiblissement très avancé au moment de leur départ; les 20 autres sont en observation, le diagnostic n'est pas plus douteux que le sort qui les attend, et il en reste seulement 5 par lesquels je n'ai pas pu avoir de renseignements. Je les considère comme décédés. — On voit donc d'après ce relevé, la gravité inéluctable de la paralysie générale, qui dans un espace de temps variable entre six mois et huit années, a toujours eu raison de toutes les victimes qu'elle a frappées.
Terminaison. — La terminaison naturelle des processus psychôpatbiques est donc, dans un délai plus ou moins rapide, la chronicité et la démence.— Les sujets envahis peuvent mettre plus ou moins longtemps avant d'arriver à cette dernière étape; ils peuvent avoir des phases de rémission plus ou moins prolongée, mais en définitive ils y arrivent insensiblement et leur cerveau qui a été traversé par des orages violents, finit à la longue par s'affaisser d'une manière irrémédiable.
Une fois qu'ils sont arrivés à cette dernière étape de la vie cérébrale, les malades qui se sont acclimatés dans les asiles où ils ont été placés ont pris peu à peu de nouvelles habitudes. Ils se sont créé une nouvelle existence monotone, plus ou moins étrangère aux incitations du monde extérieur qu'ils ont quitté. A mesure que les facultés s'éteignent, les unes après les autres, la vie végétative se soutient encore, et celle-ci, à son tour, finit par s'affaiblir.
Ils finissent en effet par succomber à différentes complications de la vie organique, lesquelles, la plupart du temps, les trouvent sans défense et sans résistance. C'est là un des points les plus curieux que révèle l'étude de la pathologie mentale, que de voir combien les délabrements de la trame cérébrale qui ont insensiblement usé le ressort de l'activité mentale, ont du même coup usé les ressources de la vie organique.
En quelques jours, des congestions pulmonaires enlèvent certains malades chroniques; d'autres, les paralytiques surtout, sont emportés par des accès de congestion encéphalique, avec manifestations épileptiformes subintrantes, d'une très grande intensité; d'autres succombent à des troubles intestinaux, à des désordres des organes génito-urinaires; ou bien ils refusent de s'alimenter, on est obligé de les nourrir à la sonde, et s'ils sont déjà affaiblis, c'est un simple moyen dilatoire qui ne fait que. retarder de
3)l PATHOLOGIE GÉNÉRALE.
quelques semaines le dénouement final. Un grand nombre d'aliénés succombe encore à l'affaiblissement des fonctions digestives et d'assimilation et au progrès des escarres gangreneuses qui envahissent le sacrum ou les différentes régions des téguments cutanés (1).
il Thorc. Des maladies incidentes des aliénés, Ann. med.-pshijch., 1841, t. I, p. 25 et 339