‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 138 sur 286 · DES ÉLÉMENTS DU DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DES ÉLÉMENTS DU DIAGNOSTIC

existe un grand nombre d'hallucinés qui cachent en paroles leurs fausses conceptions et les révèlent sans défiance en style écrit.

On peut ainsi faire une enquête rétrospective à l'aide d'une série de renseignements puisés à une bonne source, et muni de cet appui, commencer directement l'interrogatoire du malade.

Dans un grand nombre de circonstances l'examen direct du malade permet d'emblée, à un œil exercé d'établir un jugement précis. Néanmoins, quand l'édification du jugement n'est pas suffisante en un seul examen, il est absolument nécessaire de le réitérer à plusieurs reprises, et de revoir le malade à un intervalle plus ou moins éloigné, à des heures indéterminées, pour pouvoir surprendre mieux le secret de ses pensées et obtenir, à force d'insistance et d'adresse, l'aveu de certaines conceptions morbides ayant une valeur pathognomonique.

En génénal, les malades se présentent à l'examen du médecin sous les trois types suivants :

1° Ils sont expansifs, loquaces, disposés à vous raconter immédiatement leurs affaires, sans vous connaître (premier indice pathognomonique et qui signifie d'emblée une absence de réserve et de discernement). Ils ont leurs vêtements en désordre, quelquefois ils sont sordides d'aspect. Le timbre de leur voix est beaucoup plus sonore que le timbre de voix d'un individu à l'état normal. Ils gesticulent, ils ne peuvent rester en place. Ce sont des paralytiques, des maniaques, des alcooliques. Un examen plus attentif, tel que le tremblement de la langue, une inégalité des pupilles, la perte de mémoire, viennent confirmer immédiatement les impressions premières.

2° Ou bien ils sont lents d'allure, ils se laissent porter et conduire, ils ont la figure inexpressive, les yeux fixés sur le sol, le ton de la parole très affaibli, ils ne parlent qu'à voix basse, articulent à peine quelques phrases ou bien encore ils sont anxieux, ils jettent le regard à droite et à gauche, et demeurent complètement silencieux. Dans ces cas, on les voit se lever inopinément et se dérober à l'examen. Ces types appartiennent aux lypémaniaques en période de stupeur plus ou moins avancée, et aux formes dépressives de la paralysie générale (1).

3° Ou bien encore, ils ont l'habitus extérieur d'une personne régulière,

(l) J'ai vu un malade atteint d'une forme dépressive de paralysie générale qui pendant vingt jours, malgré toutes mes sollicitations, est resté silencieux; ce n'est qu'au bout de ce temps que j'ai pu constater l'hésitation de la parole, et reconnaître que c'était bien un paralytique et non un lypémaniaque en stupeur.

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resont les hallucinés, lisse préscntcntavec une attitude réservée. Ils sont

embarrassés, soupçonneux, ils ne parlent qu'au fur et à mesure qu'on les interroge, ils ont des réticences, et au lieu de demander des explications Tranches sur les motifs qui poussent le médecin à les interroger, ils discutent passivement avec lui les conceptions imaginaires qui les tourmentent, et pour peu qu'on ait eu le flair de la direction de leurs idées, qu'on ait incidemment prononcé, comme par hasard, le nom du préfet de police ou des employés supérieurs de la police de sûreté qui veillent à la sécurité des personnes, ou bien encore, que l'on ait mis en cause l'électricité, le magnétisme, le spiritisme, etc., etc., on est, la plupart du temps, certain d'être tombé sur la véritable piste du délire, et d'avoir ainsi en main la clef, qui va ouvrir le secret de toutes leurs préoccupations.

Il convient surtout dans l'interrogatoire spécial de ces hallucinés ou des sujets atteints de manie raisonnante (lorsqu'ils sont à moitié lucides) de commencer l'entretien en homme initié à leurs préoccupations intimes, de répéter fréquemment des phrases impersonnelles : on croit, on m'a dit que, etc., phrases impersonnelles éminemment utiles, qui, en raison du vague qu'elles sous-entendent, s'adaptent aisément à toutes les conlidences qu'on essaye de provoquer. Il faut en outre avoir l'air de croire aux choses mystérieuses, dont ils n'osent pas s'expliquer et de leur faire croire qu'on vient pour les protéger.

Ces façons d'agir cadrent bien d'habitude avec toutes les conceptions morbides, et ont en quelque sorte le pouvoir magique de les faire éclore. — On est alors tout surpris de voir, avec quelle facilité les malades se laissent aller à raconter les fausses conceptions qui les préoccupent. — Ils disent : — qu'on a voulu les empoisonner, — que la police les fait suivre, — que ses agents sont incessamment à leurs trousses, — qu'ils voient des espions, là où ils croyaient voir des amis, — qu'on agit sur eux au moyen d'influences électriques; — qu'à l'aide du magnétisme, on leur enlève la pensée, etc., ils laissent échapper des noms bizarres qui n'ont aucune signification et qui sont en quelque sorte des vocables vagues concrétant leurs conceptions délirantes (1).

Incidemment, en poursuivant l'interrogatoire, dans une direction donnée, on recherche, par exemple, comment les impressions sensorielles sont perçues au point de vue hallucinatoire? — puis on pose des questions qui

(I) Madame X..., croyait qu'elle était par moment transportée dans l'espace; elle disait qu'elle faisait partie de la société des ascensionnellisles.

Madame B..., tourmentée par des hallucinations auditives se disait en communication ave un incouxte. C'était l'incouste qui lui disait telle ou telle :'hose.

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