‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 144 sur 286 · LL'TS · texte numérisé non relu

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passage d'anciennes irruptions et de stagnations sanguines chroniques.

L'influence pernicieuse des congestions de toute sorte, suivies d'exsudations sur les phénomènes trophiques de la vie des éléments nerveux, est donc une conséquence naturelle des recherches de l'histologie moderne, puisqu'elle nous montre combien, dans la genèse de l'évolution des psycliopathies, l'élément vasculaire avec les phénomènes congestifs qu'il détermine joue un rôle prépondérant, et combien, dans la plupart des cas, c'est lui seul qui est directement l'agent destructeur par excellence de l'élément nerveux et la cause première de tous les désordres de l'activité cérébrale.

Ischémies. — Les ischémies constituées par la raréfaction des courants sanguins sont diffuses ou généralisées. — Dans le premier cas, elles sont réparties dans tout l'encéphale, comme dans la stupeur profonde; dans le second, elles occupent un lobe ou une portion de lobe, comme lorsqu'il s'agit d'une embolie qui a subitement arrêté l'irrigation sanguine dans un territoire plus ou moins étendu du cerveau.

Lorsqu'il s'agit d'ischémie généralisée, la masse cérébrale dans ses diverses régions est très nettement décolorée (PI. VI). La substance grise, abreuvée de sérosité abondante, est humide et mollasse. Elle est à peine teintée, les capillaires ne s'y montrent pas; lorsque l'on trouve quelques vaisseaux çà et là disséminés, ils ont leurs parois flasques et couvertes de granulations athéromateuses. La substance blanche est d'un blanc opaque, verdàtre quelquefois, avec des points ramollis dans l'aire où existe l'embolie, elle est fortement abreuvée de liquides séreux.

Les noyaux centraux sont pareillement d'une coloration et d'une teinte blafardes; il en est de môme pour la subslance grise du cervelet et celle de la protubérance. Partout la substance colorante hématique semble avoir rétrocédé pour faire place à une infiltration séreuse généralisée.

Néanmoins, malgré cette raréfaction plus ou moins étendue des canaux sanguins, on ne peut pas dire que l'anémie soit complète, car, en examinant ce tissu ischémie de près, on est surpris de constater, au milieu de la pâleur et de la décoloration générale de la coupe, des régions isolées vascularisées et représentant de petits bouquets de capillaires qui çà et là forment des taches rosées, des stries rougeàtres (PI. VI, fig. 2 et 3), dans les zones profondes de Pécorce surtout. Elles continuent à entretenir ainsi la vitalité de certaines régions.

Il est donc très important de remarquer, au point de vue de l'interprétation de certains phénomènes cliniques, que l'anatomie pathologique

démontre d'une façon péremptoire la simultanéité de l'état ischémique de certaines portions du cerveau avec certaines hypérémies partielles. — Or, comme l'état ischémique exprime la phase de collapsus des activités nerveuses, et l'état hypérémique la phase d'éréthisme, on est amené à comprendre comment certains phénomènes d'excitation peuvent coexister avec certains états dépressifs, et comment certains sujets, en période de stupeur, alors qu'ils paraissent étrangers à toutes les incitations du dehors, peuvent simultanément être en proie à un délire très actif, à des impressions terrifiantes, ainsi que Baillarger en a rapporté de nombreux exemples. (Voy. encore PI. V, fig. 1.)

La raréfaction de l'irrigation sanguine dans la trame cérébrale est aussi pernicieuse pour la vie des cellules nerveuses que son exagération.

Celles-ci, en effet, privées mécaniquement des éléments de leur nutrition habituelle, arrivent rapidement à la phase involutive.

Chez des sujets, qui ont succombé à des accidents d'ischémie partielle, produits par des embolies, chez d'autres, qui ont pareillement succombé après une période de stupeur n'ayant duré que quelques semaines, j'ai rencontré l'état granulo-graisseux de toutes les cellules nerveuses des territoires frappés d'ischémie (1).

Les parois des capillaires peuvent encore présenter toutes les altérations que l'on rencontre d'habitude dans le domaine de la pathologie ordinaire, des dégénérescences athéromateuses, colloïdes, amyloïdes, des anévrismes même, etc., sans que ces diverses altérations soient susceptibles de donner un cachet spécial aux différentes formes morbides dans lesquelles on les rencontre (2).

Le fait le plus intéressant de l'histoire pathologique des capillaires cérébraux, c'est le fait de l'hyperplasie du tissu conjonctif de leurs parois. — Tantôt cette hyperplasie se porte exclusivement sur le système des fibres circulaires, tantôt sur celui des fibres longitudinales; il en résulte alors des conditions nouvelles faites à l'irrigation sanguine intra-cérébrale, laquelle est par cela même ralentie dans le premier cas, et augmentée dans le second.

Quand, en effet, ce sont les fibres circulaires qui subissent le travail hypergénésique, ce travail peut être tellement accentué, comme cela

(1) De l'atherome des artères cérébrales dans les maladies mentales. Bull, de la Science médicale, Bologne, 1873.

(,2) Regnard, Nouvelles recherches sur la congestion cérébrale. Annales méd.-psych., 1869, t. I, p. 351.

S m PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

arrive dans la paralysie générale, que la lumière du vaisseau soit presque complètement altérée. — De là des ralentissements progressifs dans le cours du sang, de là dos ischémies partielles, et même des anémies complètes, qui peuvent persister pendant un temps plus ou moins prolongé, jusqu'au moment où des voies nouvelles collatérales sont ouvertes à l'irrigation sanguine, de là ces améliorations quelquefois rapides qui surviennent dans certains cas désespérés.

D'un autre côté, lorsque ce sont les fibres de la tunique externe qui sont principalement le siège du travail néoplasique, des phénomènes inverses se manifestent au point de vue de la répartition des courants sanguins. — Car, dans ces circonstances, le travail sclérosique interstitiel qui s'opère dans la trame cérébrale ne s'arrête pas aux vaisseaux, il gagne de proche en proche et forme un réticulum ferme et rélractile; si bien que les parois externes des vaisseaux contiguës avec ce réticulum se trouvent maintenues à l'état de dilatation permanente et deviennent ainsi des canaux ouverts mécaniquement, et prédisposés aux hypérémies persistantes. — Quand on fait une coupe perpendiculaire à l'axe du capillaire ainsi modifié, on voit que sa lumière élargie reste béante, par un mécanisme analogue à celui qui fait que dans les cas de cirrhose hépatique, les canaux biliaires et sanguins restent béants sous l'incision qui les divise, par le fait même des propriétés rétractiles du tissu fibreux interstitiel de nouvelle formation.

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