LÉSION DES ÉLÉMENTS NERVEUX
Cellules nerveuses. — Les cellules nerveuses sont destinées à subir des modifications profondes dans leur structure intime, suivant les différents processus auxquelles elles se trouvent associées. Ainsi il est des circonstances dans lesquelles elles sont susceptibles de se gonfler et de présenter de véritables hypertrophies (1).
Dans certains cas de paralysie agitante, je les ai très nettement trouvées
(li Charcot, dans un cas de lésion irritative de la moelle épinière, a signalé le premier une hypertrophie des cellules des cornes antérieures avec tuméfaction des cylinders. Ce fait a été vérifié par le docteur Frommano dans un cas de myélo-méningite. (Annales méd.-psych., t. II, p. 471, 1875.)
Haslich, De l'hypertrophie variqueuse de l'émissaire nerveux principal des grandes cellules ganglionnaires de l'écorce du cervelet. Annales méd.-psych., 1871, t. II, p. 279.
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augmentées de volume, elles mesuraient alors 40 a 45 y. au lieu de 20 à 25 p que mesuraient les cellules de la même région prises comme type normal.
Chez certains hallucinés qui ont succombé en pleine activité de leurs processus hallucinatoires, j'ai rencontré pareillement, quelquefois une augmentation de volume très nette des cellules nerveuses de la couche optique. Meschède a noté une augmentation de volume des cellules centrales dans la paralysie générale (1).
Inversement, on trouve l'atrophie des cellules nerveuses, avec dégénérescence granulo-graisseuse, dans un grand nombre de cas d'affaiblissement mental et même, normalement, dans la sénilité.
Dans ces cas, des coupes minces de l'écorce, rendues transparentes, font voir la totalité des cellules nerveuses sous forme d'un pointillé granuleux noirâtre occupant toute l'épaisseur de la coupe de l'écorce.
Dans la paralysie générale, il y a non seulement dès le début une atrophie des cellules sous-méningées, mais encore une diminution rapide de leur nombre, avec disparition de leur substance fondamentale. (PI. IX.)
La dégénérescence la plus fréquente, celle qu'on rencontre presque partout où il y a eu lésion cérébrale persistante, soit une atrophie, soit un foyer hémorrhagique ou de ramollissement, c'est la dégénérescence granulo-graisseuse.
La plupart des auteurs s'accordent à dire que les premières phases du travail involutif des cellules nerveuses commencent par le dépôt de granulations fines autour du noyau, que ces granulations deviennent de plus en plus abondantes, qu'elles finissent par envahir en totalité le protoplasma, et que peu à peu, après avoir accompli leur œuvre de destruction, elles le désagrègent complètement, pour ne laisser qu'un résidu granulo-graisseux, qui représente les derniers vestiges de l'élément nerveux disparu.
Mes recherches personnelles, appuyées sur des données fournies par la microphotographie, m'ont permis de constater que les premières phases du travail involutif de ces cellules nerveuses n'étaient pas réglées ainsi qu'on l'indique habituellement.
(1) Meschède a noté le gonflement des cellules de l'écorce dans la paralysie générale. Annales méd.-psych., 1866, p. 3W26 et suiv., t. II <Des lésions anatomiques de la paralysie générale).
Ringrosse Atkins, Sur les altérations morbides des éléments nerveux du cerveau chez les aliénés. Revue des sciences médicales, 1877, t. X, p. 594.
Kesteven, Histologie de certaines formes de dégénération des centres nerveux, fd., ibid. p. 60-61.
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Lorsque, en effet, la cellule nerveuse constituée, comme nous l'avons indiqué, par un protoplasma aréolaireet spongieux, se trouve plongée dans un milieu impropre à sa vie, elle trahit cet état spécial d'arrêt du mouvement nutritif, non pas par un dépôt de granulations dans son intérieur, mais par une sorte d'état de sécheresse et de momification en quelque sorte propre aux tissus qui sont en souffrance; c'est une sorte de gangrène histologique. — Les cellules nerveuses en cet état, examinées au microscope, paraissent d'un brun jaunâtre tout d'abord, mais si l'on met la même préparation en présence d'une plaque photographique, on reconnaît que cet aspect brun jaunâtre correspond à un état spécial du réticulum qui apparaît alors sous un aspect noirâtre et en quelque sorte desséché. — Cette première phase du travail involutif de la cellule nerveuse est tout à fait caractéristique et signale d'emblée sa mise en non activité.
A partir de ce moment une seconde phase apparaît, c'est celle qui correspond à la dissociation des éléments du stroma et à leur métamorphose en éléments granulo-graisseux. lesquels se dissocient au fur et à mesure que le travail de décomposition se complète.
Un autre-mode d'altération des cellules nerveuses, voisin de celui que nous venons d'exposer, est celui qui se manifeste dans la paralysie générale.
On rencontre les cellules pathologiques, en effet, par petits groupes, formant des circonscriptions isolées, là surtout où il y a eu de fortes poussées congestives, avec exsudation. — Elles sont engluées par la matière hématique rougeàtre, qui s'incruste dans leur substance et les imbibe avec des nuances diverses — Cette matière hématique qui se présente quelquefois sous forme de petites masses cristallines constituent pour elles de véritables corps étrangers qui troublent leur mouvement nutritif, et les l'ont rapidement passera l'état de désagrégations moléculaires. (PI. IXfig. 1, et 2.)
Les cellules nerveuses sont encore susceptibles de subir d'autres modes de dégénérescence, telles que la transformation vitreuse, colloïde et amyloïde :
Dans la transformation vitreuse elles se présentent sous forme de petits grains résistants comme de petits grains d'ambre jaune. — La masse de la cellule est fortement réfringente, elle paraît homogène et sans noyau distinct, les ramescences qu'elle émet sont pareillement brillantes, ambrées et semblent des ramescences rigides. — Dans certaines circonstances analogues il se fait probablement un dépôt de substances
carbonatées, car j'ai rencontré quelquefois l'effervescence de cette substance en présence des acides forts.
La dégénérescence colloïde se présente dans certains cas spéciaux qui ont été particulièrement étudiés dans ces derniers temps (1).
Cette dégénérescence spéciale de l'écorce se montre à la fois sur les capillaires et les cellules de l'écorce elle-même. — Elle se présente à l'œil nu sous forme de petits foyers, localisés d'une teinte grisâtre, comme gélatineuse et rosée en différents points. — Ils ont l'aspect de grains de semoule et le volume d'une tète d'épingle. Les cellules des régions intéressées présentent, celles qui sont sur les limites du foyer, leurs noyaux sous un aspect brillant. Ces noyaux sont devenus colloïdes, alors que le corps de la cellule a conservé son apparence normale. — Celles qui sont dans les parties centrales du foyer passent en entier à l'état colloïde, et se transforment en une substance hyaline et réfringente (2).
La dégénérescence amyloïde des cellules nerveuses, si tant est qu'elle existe, se présente avec les caractères suivants, qui sont propres aux substances amyloïdes : la propriété de se colorer en brun par la teinture d'iode et de virer au bleu par l'adjonction de l'acide sulfurique. — Je n'ai pas, jusqu'à présent, rencontré cette forme spéciale de dégénérescence de ces éléments nerveux d'une façon suffisamment précise pour pouvoir en donner une description isolée.
2° Tubes nerveux. — Les tubes nerveux sont susceptibles de présenter deux modes de dégénérescence, dont l'un répond à des troubles locaux, qui se passent dans une région limitée de l'encéphale, un foyer hémorrhagique, ou de ramollissement dans lequel ils sont englobés; et dont l'autre •st l'expression d'une lésion éloignée qui se propage à distance, et constitue alors un processus dégénératif secondaire.
Quand la nutrition est entravée d'une façon quelconque clans la trame cérébrale, soit par le fait d'un flot hémorragique, d'une travasation fibrino-allumineuse, de néoplasies sclérosiques interstitielles, les éléments de la substance blanche sont directement intéressés et commencent à
(1) Magnan, Archives de -physiologie, 18G9, p. 251. De la dégénérescence colloïde du cerveau dans la paralysie générale.
(2) La substance colloïde est insoluble dans le chloroforme, l'alcool et l'éther ; elle pâlit et se dissout peu à peu dans l'acide acétique concentré. Elle se colore rapidement par la teinture de carmin; elle reste indifférente en présence de la teinture d'iode seule et de la teinture d'iode additionnée d'acide sulfurique. La potasse et la soude, légèrement étendues d'eau, pâlissent cette substance, mais sans la dissoudre; l'eau chauffée la dissout peu à peu, et cette action devient plus rapide dès qu'on y ajoute les alcalis précités. (Magnan, loc. cit., p. 259.)
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soulïïir. — Leur contenu fluide devient granuleux, segmenté, etlecylinderaxis lai-même participant au travail morbide, forme avec la myéline une masse compacte granulo-graisseuse.
Dans certaines circonstances, cependant, il résiste davantage et, alors que le contenu est en quelque sorte pulvérulent, il apparaît encore sous forme d'un filament jaunâtre d'apparence vitreuse.
Dans d'autres cas, on rencontre les cylinders sous forme de bâtonnets finement crénelés sur leurs bords; ils sont d'apparence sèche et brunâtre, et analogues aux cellules nerveuses qui ont subi la même dégénérescence (1).
Les tubes nerveux sont aussi susceptibles d'être teintés par l'imbibition de la matière hémalique, exsudée des vaisseaux ambiants, soit à la suite d'hypérémies intenses, soit à la suite d'épanchemenls sanguins.
Dans les lésions secondaires des fibres nerveuses, consécutives à la dégénérescence de leurs centres trophiques, les tubes se présentent sous forme de tractus grisâtres, dont l'ensemble tranche d'une façon nette sur la masse de la substance blanclie ambiante. — Ces tractus grisâtres sont constitués par des tubes nerveux devenus granuleux, pâles, privés de myéline, la plupart du temps, et dans lesquels les cylinders sont à peine perceptibles. Dans les formes chroniques l'élément nerveux a complètement disparu pour être remplacé par une gangue celluleuse infiltrée de sérosité.
Il est encore une autre forme de résorption de la substance blanche cérébrale, que l'on rencontre dans certaines atrophies anciennes et localisées de l'écorce, et qui se révèlent seulement d'une façon carastéristique, lorsque l'on fait des coupes du cerveau soit dans le sens vertical, soit dans le sens horizontal.
Lorsque, en effet, on découpe le cerveau en tranches parallèles de un ou deux centimètres d'épaisseur et que l'on place ces tranches cérébrales à plat sur une table, on voit alors sur la surface de la coupe et dans certains points des atrophies qui correspondent à certaines régions de l'écorce; — ce sont là des voilures de la substance blanche, véritables raréfactions de sa masse qui trahissent des atrophies secondaires dérivant de quelques territoires éloignés, et qui se propagent ainsi aux faisceaux blancs qui leur doivent leur origine.
(1) Tizzoni (de Turin) Contributions à la pathologie du tissu nerveux (lésions des tubes nerveux). Revue des sciences médicales, 1878, p. 26.
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