LÉSIONS DE LA NEVKOGLIE
Le tissu cellulaire interstitiel du cerveau, constitué par un réticulum excessivement serré, uni à des éléments nucléaires en nombre infini, est susceptible, comme tous les éléments histologiques, de subir à un moment donné des perturbations profondes dans sa vitalité propre. (PI. I, fig. 2)
Lorsque le travail hypergénésique se développe dans ses réseaux la prolifération morbide se fait avec une luxuriante abondance. — Tantôt elle se localise en foyers isolés, et tantôt elle se ramifie à l'infini à travers toute la hauteur de l'axe spinal sous forme de processus sclérosiques diffus (lésions de la paralysie générale).
Lorsque le travail sclérosique se concentre en foyers isolés, il se manifeste sous forme de noyaux grisâtres, infiltrés dans le tissu nerveux, soit dans l'écorce, soit dans la substance blanche.
Ces masses néoplasiques, plus ou moins discrètes, sont constituées histologiquement par des fibrilles excessivement fines, strictement enchevêtrées, et parsemées de corpuscules discoïdes. On les rencontre disséminées dans l'épaisseur de la trame cérébrale, dans les noyaux centraux, la protubérance, le bulbe, et la moelle, sous forme de plaques irrégulièrement délimitées, qui trahissent en quelque sorte une diathèse scléreuse de l'économie avec tendance à former des dépôts multiples.
Lorsque, au contraire, le travail hyperplasique de la névroglie se manifeste d'une manière diffuse et généralisée, il s'empare successivement ou d'emblée de différents départements du système nerveux et s'y implante. Il forme des trabécules interstitielles d'une délicatesse extrême, qui se faufilent au milieu des éléments anatomiques, s'épaississent insensiblement et par le travail d'envahissement 'progressif, analogue à celui d'un véritable mycélium, finissent par étouffer les éléments actifs du système et par les rendre impropres au service (PI. X, fig. 1 et 2).
Les cellules sont étouffées (PI. IX, fig. 1 et 2) les tubes sont écrasés, les réseaux capillaires sont obstrués par l'invasion progressive de ce processus sclérosique, et finalement, ce tissu parasitaire, substitué à tous les éléments actifs, finit par rester seul maître de la place, après avoir détruit tous les éléments qu'il devait nourrir et protéger. C'est là l'expression concrète dans laquelle se résume l'histoire anatomo-patholo-
giquo de la paralysie générale, et à laquelle nous devons ajouter la formation de ces espaces aréolaires, de ces vides, de ces vacuoles, remplis de sérosité, que l'on rencontre d'habitude dans la trame scléreuse de nouvelle formation et que nous avons décrits plus loin (PI. X et XI).
Lorsque le travail d'hyperplasie irritatif de la trame interstitielle du tissu nerveux arrive à un degré plus avancé, la phase de formation plastique est dépassée et c'est la phase de formation suppurative qui apparaît.
On voit alors les corpuscules de la uévroglie qui se gonflent, et qui, par génération endogène, donnent naissance soit à des éléments pyoïdes soit à des éléments corpusculaires qui deviennent rapidement granuleux et apparaissent en si grande proportion dans les matières exsudées.
C'est ainsi que l'on trouve souvent associées des plaques de substance plastique indurées avec des dépôts en période de suppuration, comme cela se voit souvent dans les méninges chez les paralytiques généraux, et quelquefois dans l'épaisseur du tissu cérébral lui-même. La formation pyoïde n esl la plupart du temps que l'expression la plus avancée du travail irritatif des éléments de la névrofflie.
Corpuscules amyloïdes. — Certaines dégénérescences des tissus nerveux, principalement certaines formations scléreuses des régions ventriculaires, sont accompagnées de la production d'un grand nombre de corpuscules amyloïdes dont la signification bistologique n'est pas encore précisée. Ces corpuscules sont jaunâtres, de forme discoïde et réfractent fortement la lumière. Ils sont pourvus de lignes concentriques, se colorent en brun par la teinture d'iode et en bleu indigo par l'adjonction de quelque gouttes d'acide sulfurique (1), c'est là la ligne caractéristique qui les rapproche des substances amyloïdes.
G° LÉSIONS CON'CO.MITANTES DES DrFFÉriENTS DÉPARTEMENTS UV SYSTÈME NERVEUX
A. Lésions des noyaux opto-striés. — Les couches optiques dans les anciennes dégénérescences de l'écorce sont plus ou moins solidairement associées aux troubles nutritifs dont celle-ci a été primitivement le siège.
I l i Voyez Luys, Mémoires sur la formation des corpuscules amyloïdes. Société de bioi 58.
Lorsque la lésion corticale a été caractérisée par des hypérémies fréquentes et des fluxions inflammatoires de dilférentes formes, le tissu propre des couches optiques est pareillement plus ou moins teinté, plus ou moins vascularisé et quelquefois le siège de foyers hémorrhagïques.
Dans certaines formes d'ischémie diffuse, les couches optiques sont pareillement décolorées et offrent une teinte blafarde, sans qu'on puisse reconnaître nettement leurs noyaux propres. Chez les hallucinés (PI. III, fig. 1
et 3. PL IV, fig. 1,2,3, 4) elle est criblée d'un pointillé vasculaire-, on y
trouve quelquefois de petits foyers, des aréoles remplies de sérosité dont les parois présentent des capillaires infiltrés de matière athéromateuse.
Dans les formes chroniques de l'hallucination et de la démence, l'épendyme du troisième ventricule est notablement épaissi. Il envoie alors des ramifications scléreuses à travers les noyaux de la couche optique, de sorte qu'il se forme localement une sorte de sclérose interstitielle qui, tout en maintenant les formes extérieures de la couche optique, détruit peu à peu les éléments nerveux qui la constituent, et la convertit en une masse presque exclusivement scléreuse.
Cette transformation lente, sur place, du tissu propre de la couche optique^ avec disparition des cellules, se révèle assez bien à l'œil nu, sur des coupes fraîches par l'état spécial des capillaires, qui restent béants lorsqu'on les incise.
Dans les différentes formes du délire hypocondrique, avec fausses sensations d'irritation viscérale, j'ai rencontré un certain nombre de fois des foyers d'irritation vasculaire formant des ilols isolés le long de la continuité de la substance grise centrale, laquelle ainsi que nous l'avons indiqué, représente le lieu du passage des impressions delà vie végétative (PL IV, fig. 1-2, 4 et 5).
La substance grise du corps strié participe ainsi que celle de la couche optique aux modifications générales qui planent sur la vascularisation de l'encéphale. Ainsi dans les cas de manie, de paralysie générale avec excitation, on la trouve très fortement colorée et parcourue par des vaisseaux volumineux (PL V, fig. 1).
Dans certains cas d'ischémie cérébrale elle est pareillement décolorée et imbibée de sérosité abondante.
Le cervelet (PL Y, fig. 4) et ses annexes sont pareillement associés aux oscillations circulatoires dont les lobes cérébraux sont le siège. — L'état
d'hypérémie du cervelet se caractérise par une coloration rougeàtre très intense de sa substance grise ; dans ces cas les corps rhomboïdaux sont aussi très fortement congestionnés, ils ont quelquefois une teinte de rouge de rouille.
11 en est de même de la protubérance qui est la plupart du temps dans les mêmes conditions anatomiques que le reste de l'encéphale (PI. V, fig. 3 et fig. 5). — Quelquefois, et ceci est très digne d'attention, elle seule est très fortement congestionnée, ainsi que je l'ai constaté dans certains cas d'excitation, alors que le tissu cérébral est lui-même médiocrement injecté. Sur une coupe transversale de la protubérance on constate que la substance grise prend une teinte rosée qui s'anime au contact de l'air et qui ne disparaît pas par le lavage ; on note en outre l'existence de gros troncs vasculaires, dont la lumière reste béante par suite d'un travail local d'hyperplasie scléreuse de leur paroi.
Inversement, dans certaines formes d'ischémie diffuse, qui correspondent à des périodes de lypémanie avec stupeur, les appareils de l'innervation cérébelleuse se présentent avec une coloration pâle et blafarde. Les régions sous-méningées de l'écorce cérébelleuse offrent un aspect grisâtre mollasse et d'aspect gommeux. La protubérance affecte une coloration blafarde avec quelques striations vasculaires éparses.
La région bulbaire, celle du quatrième ventricule, la moelle avec ses départements multiples, sont indirectement, plus ou moins associées aux troubles circulatoires qui frappent les régions centrales. On sait, en effet, depuis les travaux de Westphal, que dans la paralysie générale, la substance grise de la moelle épinière, subit les effets du travail de dégénérescence qui s'est développé dans les régions centrales supérieures, et se trouve plus ou moins intéressée.
Enfin on rencontre plus ou moins fréquemment (1) les troncs nerveux eux-mêmes affectés isolément, principalement dans la paralysie générale.
Il n'est pas rare, en effet, de noter des cas dans lesquels la maladie a débuté par des troubles soit du côté de la motricité de l'œil (strabisme), soit du côté de la sensibilité visuelle. On trouve alors à l'autopsie des plaques scléreuses qui ont envahi les faisceaux nerveux intéressés, et déterminé leur atrophie consécutive. C'est ainsi que l'on a constaté l'atrophie des nerfs optiques, celle de la 3e paire, et celle de la 5e isolément. — J'ai
(1) Meschède a signalé des lésions similaires dans certaines formes de manies impulsives. Annales méd.-psych., t. II, \>. 139, 1 87 i.
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pour mon compte rencontré chez les paralytiques généraux, qui, pendant la vie avaient présenté des troubles de la déglutition, du nasonnement avec paralysie du pharynx, des atrophies sclérosiques très nettement accusées du côté des fibrilles originelles du glosso-pharyngïen et du pneumogastrique.
1° LESIONS DES E.WELOPl'ES CEREBRALES
La pie-mère qui recouvre intérieurement tous les plis de l'écorce et les suit dans leurs ondulations multiples, est en raison même de cette disposition fondamentale associée à tous les mouvements fluxionnaires qui s'opèrent dans l'intensité des réseaux gris sous-jacents et solidaires de tous les désordres qui s'y passent.
Aussi est-elle constamment intéressée dans toutes les psychoses, tantôt fortement congestionnée par places, ou dans une grande étendue, tantôt, amincie, sèche, poisseuse, suivant que l'intensité du mouvement circulatoire s'est manifestée avec plus ou moins de véhémence ou s'est ralentie.
C'est surtout dans les processus de la paralysie générale que la participation de la pie-mère aux troubles circulatoires de l'écorce est des plus manifeste. — C'est dans ces circonstances que l'on voit les parois descapillaires qui vont de la pie-mère dans l'écorce, s'épaissir sous l'influence du travail irritatif dont ils sont le siège et donner naissance à ces tractus fibroïdes résistants (les adhérences) qui forment comme un chevelu rudïmentaire à sa face profonde. Ce sont ces adhérences multiples plus ou moins résistantes, qui mettent obstacle à la décortication de l'écorce dans les encéphalites chroniques, et qui font qu'on ne peut enlever des fragments de la pie-mère sans enlever en même temps des portions de l'écorce ramollie.
Dans un certain nombre de cas les phénomènes fluxionnaires semblent en apparence exclusivement localisés dans les réseaux méningés, et c'est à peine si le tissu cortical sous-jacent est teinté et associé dans une faible proportion au mouvement fluxionnaire qui s'est presque exclusivement concentré dans les membranes enveloppantes. — Néanmoins, il ne faudrait pas conclure du peu de vascularisation, constaté post mortem, des réseaux de l'écorce qu'ils n'ont pas été engagés à leur tour, ni fortement congestionnés. On sait combien en effet de simples congestions très accusées même pendant la vie, laissent peu de traces lorsqu'on examine après la mort les mêmes régions envahies.
On peut, en effet, dans ces circonstances, décortiquer aisément la piemère et l'enlever sans léser les tissus sous-jacents.
Dans l'es formes dépressives des maladies mentales, lorsqu'il s'agit de lypémanie avec stupeur, les membranes cérébrales sont très notablement frappées d'ischémie, et les réseaux de la pie-mère, en particulier, sont presque exsangues.
On constate aisément quelques gros troncs nerveux remplis de sang noir et une sérosité excessivement abondante, qui imbibe les mailles des membranes, et le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, en particulier.
Dans les formes chroniques de l'aliénation, chez les déments, che.-j les hallucinés, on rencontre souvent aussi des épaississements soit diffus, soit généralisés de la pie-mère, avec une infiltration séreuse qui comble les vides laissés par la substance corticale disparue.
L'arachnoïde, surtout dans sa portion viscérale, est toujours associée aux phénomènes d'hypérémie ou d'ischémie qui existent dans les régions sous-jacentes.
Une des altérations que l'on rencontre le plus fréquemment, c'est son opacité et son épaississemenl, surtout dans les formes chroniques de la paralysie générale.
L'opacité de l'arachnoïde se présente à l'œil nu, sous forme de teinte blanchâtre, de couleur opalescente, répandue comme un vernis soit sous forme diffuse, soit sous forme de plaques limitées à la surface de l'écorce. Lorsqu'on veut enlever cette membrane, on constate son épaississement, son adhérence à la pie-mère et à la substance grise sous-jacente. — On rencontre quelquefois encore des plaques d'infiltration sanguine à la surface de l'arachnoïde, qui coïncident, la plupart du temps, avec les symptômes apoplectiques présentés par les malades dans le cours de la paralysie générale.
Lorsque ces épanchements infiltrés n'ont pas déterminé d'emblée la mort, ils subissent sur place différentes transformations habituelles qui sont propres à la matière hématique épanchée en dehors des vaisseaux.
La dure-mère est, la plupart du temps, associée aux différents processus pathologiques qui portent sur le cerveau et les membranes.
A l'ouverture du crâne on rencontre quelquefois des adhérences avec la paroi interne de la cavité crânienne, et, en même temps, on note, dans les cas aigus, qu'elle est fortement hypérémiée, que de gros vaisseaux
gorgés de sang rampent à sa surface, et que les sinus sont pareillement distendus.
Dans certaines circonstances, principalement chez les alcooliques, on trouve à la face interne de la dure-mère (laquelle est considérée comme le feuillet pariétal de l'arachnoïde), des plaques blanchâtres, fibrineuses, plus ou moins étendues, que l'on peut décortiquer avec une pince et qui renferment des vaisseaux de nouvelle formation. — Ces plaques néoplasiques, de nature irritative, peuvent pareillement siéger sur le feuillet viscéral de l'arachnoïde. Elles appartiennent aussi bien à l'arachnoïde qu'à la dure-mère et constituent ce qu'on appelle les plaques de pachy-méningite.
Elles sont susceptibles, comme toutes les néoplasies pathologiques de même nature, comme celles du péricarde, des plèvres, de donner naissance à des hémorragies interstitielles, qui, en raison de la configuration du milieu où elles se développent, peuvent s'étaler, fuser au loin et déterminer des foyers d'hémorragie méningée, plus ou moins étendus.
Les malformations des parois du crâne peuvent exercer une influence notable sur la nutrition du cerveau et déterminer soit des arrêts de développement, soit l'idiotie, avec toutes ses variétés.
C'est ainsi que l'ossification précoce des sutures, la symétrie dans l'ossification de ces mêmes sutures, sont susceptibles de déterminer du côté du cerveau des troubles nutritifs qui mettent obstacle à son évolution naturelle.
On trouve quelquefois un épaississement considérable des os du crâne, principalement chez les idiots et chez les épileptiques, quelquefois ce sont des bosselures que l'on rencontre sur la face interne des os, des ostéophytes, sous forme d'aiguilles, de petites exostoses qui indiquent l'existence antérieure d'un travail inflammatoire, probablement d'origine syphilitique.
D'autres fois enfin, on note un amincissement très notable du tissu osseux qui s'amincit par places et se présente sous forme d'ilôts transparents, lorsqu'on examine l'os contrefait par transparence : cet amincissement est tel qu'ils se présentent avec la minceur d'une feuille de papier.
Un certain nombre de lésions de la boîte crânienne peuvent encore être l'effet de traumatismes qui ont porté leur action sur telle ou telle région et ont pu à la longue déterminer des foyers d'irritation du côté des méninges (1).
(I) Guntz, Collection d'observations relatives à l'étude du cerveau des aliénés. (Leipsick, 1853.)
8 LÉSIONS VISCÉRALES
Les lésions les plus fréquentes que l'on rencontre à l'autopsie des aliénés, surtout dans les asiles publics, sont la pneumonie, la gangrène pulmonaire et la phtisie. — Calmeil estime le nombre des décès par pneumonie au cinquième des cas; Aubanel et Thoreau septième. Chez les individus affaiblis qui refusent l'alimentation, on constate certaines formes de gangrène pulmonaire. Quant à la tuberculisalion, elle se montre, suivant Calmeil, dans la proportion de 2 5, suivant Webster, dans la proportion de 1/4 des cas, suivant Scipion Pinel, dans la proportion de 16 (1).
Les affections du cœur sont relativement rares. — Esquirol ne les avait trouvées que dans 1 5 de ses mélancoliques. Les statistiques les plus récentes signalent une certaine fréquence de lésions du cœur.
A l'asile de Vienne, sur 602 autopsies onaaignalé les affections du cœur dans environ 1 8 des cas: et Bazin, à Bordeaux, sur 343 autopsies de femmes aliénées, n'a trouvé que trois maladies organiques du cœur, d'où l'on pourrait conclure, ajoute Griesioger. que les affections du cœur sont plutôt rares que fréquentes chez les aliénés. Dufour, dans un travail récent, tend à infirmer les résultats précédents et à faire jouer un rôle plus important aux lésions du cœur dans l'anatomie pathologique des psychopathies. — Poulain, sur 61 cas, a rencontré quarante-quatre fois des lésions du cœur, ce qui établit un rapport de 74 p. 100, tandis que celles du poumon se montrent dans la proportion de 55 p. 100 — celles de la plèvre 47 p. 100 — et celles du péricarde 21 p. 100(2).
Les lésions des organes abdominaux sont pareillement rares; on trouve quelquefois des irritations de l'estomac, du rectum, mais, en général, aucune lésion caractéristique ; quelquefois on rencontre des corps étrangers avalés par des malades, des lombrics, etc.
Les lésions du foie sont moins rares. — Suivant Dufour, le foie est lésé dans les mêmes proportions que le cœur 74 pour 100, et les reins dans les rapports de 57 pour 100. — Ces lésions seraient le plus fréquemment des inflammations interstitielles scléreuses, des dégénérescences granulées avec
(1) Griesinger, toc. cit., page 10G.
(2) Dufour, Notes sur les altérations du cœur, du foie et des reins che% les aliénés. Annales méd.-psych., t. I. 385, 1876.
hypertrophie, mais le plus souvent avec atrophie partielle ou totale de l'organe, selon la période du processus. Les calculs biliaires ont été fréquemment signalés. — On a encore noté des états opposés soit de diffluence soit d'induration du tissu de la rate.
Les lésions des organes génito-urinaires, en particulier les cystites par rétention d'urine, sont relativement peu fréquentes. — ■ Il en est de même de la maladie de Bright que l'on a rarement l'occasion de rencontrer chez les aliénés.
Un grand nombre de malades, s'ils n'ont pas de lésion très caractéristique, succombent plus ou moins à un état d'anémie profond et d'usure générale des forces organiques. Les paralytiques, en effet et certains malades en stupeur ne prennent qu'avec peine les aliments réparateurs qu'on leur présente. Ils n'assimilent rien, leurs forces digestives sont anéanties et ils ne forment plus de sang.
Chez tous ces malades, on rencontre les viscères exsangues, peu de lésions locales graves, et c'est à peine si l'on trouve du sang dans les cavités vasculaires.
Le cancer paraît être rare chez les aliénés; suivant Griesinger, à l'asile de Vienne, on n'en a trouvé que six cas sur 380 autopsies. — Dans ma pratique particulière je ne l'ai rencontré qu'une fois, et encore, il s'agissait d'une femme atteinte de cancer dusein, et, dans ce cas, l'accès d'excitation maniaque dont elle était atteinte n'était consécutif qu'à la peur de l'opération qui devait être faite.
En somme, la folie à mesure qu'elle frappe sur les forces de l'activité psychique frappe en même temps sur les forces de la vie végétative. — A mesure que la déchéance mentale s'accentue, la résistance aux causes ordinaires de destruction faiblit du même coup. L'aliéné usé, miné depuis longtemps par le travail de perpétuelle surexcitation latente qui s'accomplit dans l'intimité de ses centres nerveux, est usé du même coup dans les appareils de la vie organique qui ne fonctionne plus qu'irrégulièrement. Il :se nourrit mal, il ne fait plus insensiblemont qu'un sang appauvri, incapable de susciter l'entretien des grands rouages. — Ses forces motrices s'alanguissent, il devient, inactif, lourd, apathique, si bien qu'il est désarmé devant les causes morbigènes extrêmes, et, vienne quelque incident, une diarrhée, un refroidissement, une émotion intempestive, une légère fatigue, — immédiatement il est envahi par un ensemble de symptômes des plus graves, et qui sont pour lui rapidement mortels, alors que pour un homme sain d'esprit ils n'auraient été que de simples ébranlements passagers.
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