‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 149 sur 286 · MÉDICATION PHARMACEUTIQUE · texte numérisé non relu

MÉDICATION PHARMACEUTIQUE

Purgatifs. — La constipation est la règle dans le domaine de la pathologie mentale. Soit qu'il y ait paresse de l'intestin, soit que la sensation défécatoire ne soit pas perçue dans le sensorium, les aliénés, en général, ne vont pas régulièrement à la selle. Il faut donc surveiller l'évacuation des matières intestinales avec grand soin, attendu que l'on voit, très souvent, une recrudescence des phénomènes de l'excitation n'avoir pas d'autre origine qu'un retard de un ou deux jours dans l'exonération régulière de l'intestin.

On peut employer, d'habitude, quand les malades sont assez lucides et acceptent volontiers ce qu'on leur propose, les purgations usuelles minérales, ou bien l'huile de ricin dans un bouillon. Mais la plupart du temps, comme ils sont complètement inconscients, ou bien comme ils récusent toute intervention médicale, il est préférable d'avoir recours à l'immixtion d'une substance purgative non sapide, que l'on fait mettre le matin dans leur café au lait ou, le soir, dans leur soupe ou leur boisson (1).

Médicaments sédatifs. — Les médicaments sédatifs sur lesquels on peut compter et qui produisent des effets réguliers dans le traitement des maladies mentales, sont : — le bromure de potassium, la morphine, le chloral qui peuvent être employés soit isolément, soit associés. On a employé bien d'autres médicaments encore, depuis l'ellébore des anciens jusqu'à la digitale, l'ergotine, sans que ces médicaments puissent être considérés comme ayant une action efficace.

(Jj Voici la formule que j'emploie journellement et qui peut être prise à l'insu des malades. Elle produit des effets quatre à cinq heures après son ingestion :

Poudre de rhubarbe 1 gr., calomel 0,10, poudre de jalap 0,40 pour un paquet. Un ou deux paquets suivant les cas.

Mon expérience personnelle au sujet de l'application des agent usuels de la thérapeutique au traitement des aliénés me porte ci dire, qu'il faut être visà-vis d'eux dans la même réserve que l'on garde journellement chez les cillants, et ne pas prendre pour un effet du remède employé les suites naturelles de la maladie en évolution.

Nous voyons journellement dans la pratique une série de cas morbides, en pathologie mentale comme en pathologie intime, qui guérissent la plupart du temps, en dehors du médecin et quelquefois même, malgré le médecin. — Il suffit qu'un malade soit sorti de son milieu habituel, qu'il soit soumis à une hygiène régulière, à une vie tranquille, pour le voir ipso facto se calmer, et laisser au dehors son effervescence, — je pense donc que dans la plupart des cas il vaut mieux s'abstenir des médicaments actifs chez les aliénés, et avoir recours principalement aux pratiques inoffensives de la balnénation prolongée.

Un autre motif non moins sérieux qui doit tenir le médecin dans une grande réserve au sujet de l'emploi des médicaments actifs chez les aliénés, c'est que, chez l'aliéné, ce n'est pas seulement le cerveau qui est troublé, c'est le système nerveux tout entier, périphérique et vaso-moteur qui se trouve ipso facto dans un état plus ou moins complet d'anarchie. Chez lui, les circulations locales se font mal, les éliminations physiologiques sont irrégulièrement accomplies, si bien qu'à un moment donné les médicaments s'accumulent dans L'organisme. Et alors, en raison du silence des réactions on croit devoir augmenter la dose de l'agent médicamenteux, et on arrive ainsi aux doses toxiques, en croyant n'être encore qu'aux doses simplement médicamenteuses (1).

C'est en raison de ces considérations que je crois que l'administration des substances médicamenteuses ou injections sous -cutanées, et de la morphine en particulier, ne doit être pratiquée qu'avec une extrême prudence. Ces injections ne doivent être faites qu'à distances éloignées, pour ne pas avoir les effets de l'accumulation. — On peut avoir, pour la morphine comme pour toutes les autres substances médicamenteuses, une série de cas heureux qui plaident en faveur de la méthode, mais il est bon de savoir qu'il arrive quelquefois des phénomènes inconnus, des accidents de congestion subite, et des suffocations imprévues qui doivent, chez les aliénés,

(I) Lombroso a été frappé des mêmes particularités et s'exprime à ce sujet en ces termes : « Les aliénés sont relativement très peu sensibles aux substances médicamenteuses que l'on peut parfois leur donner à des doses énormes impunément, et dont quelques-unes produisent quelquefois des effets complètement différents de ceux qu'on observe chez les personnes non aliénées. Ann. méd.-psych., t. I, p. 503.

mettre une grande réserve dans l'emploi des injections sous-cutanées de cette substance.

Ces considérations nous amènent donc à dire que la série des médicaments usuels est relativement très limitée.

Le bromure de potassium employé à la dose de 4 à 6 grammes clans les vingt-quatre heures, pendant huità douze jours consécutifs, rend d'incontestables services chez les individus excités, qui ont des tendances impulsives, et ne dorment pas; chez les paralytiques au début; administré de cette manière, ce médicament produit des effets sédatifs marqués. •— Il est indispensable de discontinuer son administration au bout de dix à douze jours, d'interrompre un temps égal et de le reprendre, suivant les cas.

Le sirop de morphine est encore une préparation usuelle d'un emploi fréquent; on l'administre à la close de 30 grammes, par cuillerée, toutes les. deux heures, pour amener le sommeil; on peut continuer pendant huità dix jours et arrêter après, car il ne faut pas oublier que l'action prolongée des médicaments amène chez les aliénés des troubles digestifs, qu'il faut à tout prix éviter. — Aussitôt que ces troubles gastro-intestinaux apparaissent, ils cessent en effet de s'alimenter, ils sont pris de diarrhée et succombent d'une façon rapide. — On peut, dans certaines circonstances, et pendant quelques jours seulement, associer d'une manière heureuse le bromure, que l'on donne pendant le jour dans une potion, par cuillerée toutes les deux heures, au sirop de morphine que l'on donne pendant la nuit aux mêmes doses. On arrrive ainsi chez certains paralytiques excités, quelquefois à calmer le délire et à produire une période de calme.

Le chloral, comme succédané des médicaments précédents, peut être ■encore quelquefois utilement employé, à la dose de 1 ou 2 grammes, dans une potion, à prendre par cuillerée toutes les deux heures. Son action combinée à celle du sirop de morphine amène quelquefois le sommeil chez certains agités, qui étaient réfractaires soit à l'action isolée de l'opium, soit à «elle du chloral pris isolément (1).

(I) On peut encore employer avec avantage une potion sédative complète dont l'action, en général, est suivie d'heureux effets. Cette potion est constituée par la réunion du bromure de potassium, à la dose de 4 grammes, du sirop de morphine, à la dose de 30 grammes, du chloral, à la dose de 2 grammes; on donne toutes les deux heures une cuillerée de ce mélange convenablement préparé.

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