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MALADIES A IDÉES DE SUICIDE. — GATEUX, ETC

Malades à idées de suicide. — Ces malades ont tous plus ou moins une certaine lucidité d'esprit. — Ce sont soit des maniaques, soit des lypémaniaques, poursuivis par des hallucinations, et qui ayant plus ou moins conscience de leur situation veulent en finir avec la vie.

Il est bon de savoir que ces idées de suicide se présentent par accès et qu'elles sont quelquefois mises à exécution d'une façon automatique, avec absence complète de la conscience des actes. — J'ai vu un certain nombre de malades ayant fait des tentatives de suicide réitérées en présence d'observateurs qui les guettaient, et qui n'en gardaient aucun souvenir dans leur phase de lucidité.

Les malades en proie à ces impulsions morbides doivent être soumis à une surveillance exceptionnelle; on ne les perdra pas de vue un instant, on les placera dans les salles communes, de façon à ce qu'ils soient continuellement sous la vue des gens de service. Us devront être logés au rezde-chaussée, on vérifiera le contenu de leurs poches, on les privera, s'il le faut, de leur cravate, des bretelles, de leur mouchoir, qui peuvent servir de moyen de strangulation. — Là nuit surtout, il faudra surveiller leurs mouvements et se tenir en garde contre les apparences du sommeil; prendre garde à ce qu'ils ne dérobent pas, au sortir de la table du réfectoire, un instrument tranchant, couteau, ciseaux ; corps étrangers quelconques, pouvant être avalés pour produire la suffocation (J). Ces objets peuvent être volés et cachés sous l'oreiller au moment du coucher. Quand les malades font des tentatives répétées de suicide, la prudence exige qu'ils soient pendant la nuit mis en camisole d'une façon continue, et même gardés à vue par un service de veilleurs (2).

Malades gâteux. — Lorsque les malades commencent à laisser aller les urines et les matières fécales, si l'incontinence n'est que passagère, on

(1) J'ai vu une jeune dame qui, pendant deux mois environ, a fait plusieurs tentatives de suicide en cherchant à avaler ses éponges de toilette pendant la nuit. Elle est actuellement parfaitement guérie.

(2) Brière de Boismont, Recherches statistiques sur le suicide dans la folie. Annales rnédico-psych., 1850, 143.

Des Étangs, Du suicide en France. Etudes sur la mort volontaire depuis 1789 jusqu'à nos jours. Ann. méd.-psycho., 1857, p. 1.

Brière de Boismont, Du suicide et de la folie suicide dans leurs rapports avec la statistique, la médecine et la philosophie, 1 vol. 663 p. Germer-Baillière, 1856.

Lisle, Du suicide. Statistique, médecine, histoire, législation, 1856, Baillière ; et Annales médico-psych., 1858, p. 129.

Morer, Du suicide en France, Etudes statistiques. Revue des sciences médicales, 1879, p. 614.

Cazauvielh, Du suicide et des crimes commis contre les personnes. Paris, 1840.

:j7l PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

peut, à Taille de lavements, régulariser l'issue dos matières en les mettant à heures fixes sur une chaise percée pour provoquer une périodicité dans la défécation. — On peut encore, quand la saison le permet, tenter, à l'aide de la douche appliquée sur la région lombaire, de donner du ton à la contractilité des sphincters el suspendre ainsi les elïets de l'incontinence.

Mais ces effets sont souvent neutralisés lorsqu'il s'agit de paralytiques, de déments, qui n'ont plus aucune conscience de leurs actes, et qui jours et nuits, comme de jeunes enfants à la mamelle, laissent continuellement échapper le contenu de leur intestin et de leur vessie. — 11 convient alors pour ne pas les laisser macérer au milieu des matières fétides et irritantes, d'avoir recours à des lavages répétés, à un renouvellement fréquent d'alèzes et de draps, et surtout à l'emploi de lits spéciaux qui sont destinés à laisser filtrer les liquides.

Ces lits des gâteux qui répondent le mieux aux indications consistent en un lit ordinaire ainsi modifié : les parois latérales sont rehaussées de quelques centimètres, de manière à former une sorte de boîte rectangulaire. La portion centrale du fond du lit est percée d'une cavité destinée à donner issue aux liquides. Les choses étant ainsi constituées, on remplit de varech cette boite rectangulaire, on recouvre ce varech d'un drap.

Le malade repose ainsi médiatement sur le varech, lequel laisse tamiser les liquides au fur et à mesure qu'ils se produisent et empêche leur stagnation autour de lui. Les liquides sont recueillis à la partie inférieure dans un vase spécial, et tous les matins le domestique affecté à la personne doit changer la portion de varech qui a été contaminée par les urines, la faire sécher, la remplacer par une autre portion fraîche et visiter attentivement la région sacrée pour guetter l'apparition des eschares.

La peau du siège doit être incessamment saupoudrée de poudre d'amidon, et lorsque les eschares commencent à paraître les pansements doivent être faits à l'aide de compresses imbibées d'alcool pur, ou coupé (1).

Malades agités. — Lorsque les malades sont violemment agités, lorsqu'ils déchirent leurs vêtements, lorsqu'ils s'égratignent, lorsqu'ils commettent des actes de malpropreté, qu'ils se livrent à la masturbation, on est obligé d'avoir recours à des moyens de contention qui leur enlèvent

1 Morel, Des gâteux dans un asile d'aliénés, sur la possibilité d'améliorer leur position et d'en diminuer le nombre. Ann. méd.-psych., 1850, t. I, p. ~'2. P. Dumesnil, Un lit de uattux, id. 1870, t. I, p. 80.

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les moyens de se conduire mal. — Ces moyens de contention sont la camisole, les entraves et le fauteuil.

La camisole est une espèce de veste à longues manches, faite en forte toile et qui, au lieu de s'ouvrir par-devant, est au contraire ouverte en arrière. Le malade agité est muni de ce vêlement, ses bras sont plongés dans des manches larges sans fin dont les extrémités munies de cordons de tirage sont susceptibles d'être croisées sur la poitrine. Le col de la camisole suffisamment évasé doit être assez dégagé- pour -que le cou ne soit pas comprimé, mais pas trop large cependant pour que le malade ne puisse pas passer sa tête et arriver ainsi à se détacher. Dans ces conditions, le malade agité est devenu inoffensif pour son entourage et pour lui-même, et on peut le laisser en liberté dans les cours dépenser l'excès de forces musculaires dont il est surchargé.

Lorsque la violence devient plus intense, qu'il se fatigue inutilement et devient incoercible, on peut alors employer simultanément les entraves et le repos forcé dans un fauteuil.

Les entraves consistent soit dans des bracelets de cuir, bien rembourrés, munis d'un anneau solide, que l'on fixe à une chaise, soit dans des sortes de bottines qui s'adaptent au cou-de-pied et qui servent pareillement à immobiliser le malade.

Le fauteuil destiné à maintenir les aliénés est assez comparable, sauf les proportions, à certains fauteuils dont on se sert pour faire asseoir et maintenir les jeunes enfants. — C'est un siège fortement construit, solidement garni de cuir et rembourré, sur lequel on fixe le malade. Lorsque l'immobilisation doit être maintenue pendant plusieurs heures, le siège doit être percé pour permettre les évacuations involontaires.

Le fauteuil doit présenter une masse résistante pour ne pas être renversé dans les mouvements désordonnés auxquels se livrent certains agités turbulents. Dans certaines circonstances il doit même être fixé au. mur de la chambre.

Les malades agités exigent pendant la nuit une surveillance toute spéciale. Ils doivent être fixés dans leur lit avec grande précaution, au point de vue de l'application des entraves et de la camisole, — 11 faut avoir une attention toute particulière pour que jamais ils ne passent ia nuit en camisole, les bras croisés sur la poitrine. J'ai vu des accidents très graves, le gonflement des bras survenir à la suite d'une constriction imprudemment, prolongée dans ces circonstances. Les vaisseaux des bras comprimés au niveau du pli axillaire peuvent déterminer un arrêt complet de la circulation avec menace de gangrène.

Il est donc de la plus grande importance que les malades pendant la nuit aient les bras allongés et fixes parallèlement dans les manches de la camisole. — Je considère pareillement comme indispensable de maintenir des compresses mouillées continuellement appliquées sur le front de ces malades, en même temps qu'on les alimentera avec du bouillon on du lait, et qu'on leur fera prendre des potions calmantes, en leur rafraîchissant fréquemment le visage avec une éponge imbibée d'eau fraîche.

Du no-restraiïit. —Certains auteurs, à la tète desquels il faut placer le docteur Conolly, ont pensé que les moyens de contrainte que nous venons d'indiquer devaient être complètement bannis du traitement des aliénés et, sous le nom de no-restraint, ont préconisé une nouvelle méthode qu'ils considèrent comme supérieure à celle que l'expérience de tous les jours nous montre si simple et si pratiquement applicable.

La méthode du no-restraint, qui remplace dans certains asiles spécialement disposés les moyens de contrainte habituelle, consiste dans l'abandon du malade dans une cellule isolée, et dans la substitution de gardiens chargés de le maintenir aux moyens passifs de contention usuellement employés.

Celte façon d'agir, qui dérive évidemment de conceptions plutôt théoriques que pratiques, malgré ses apparences de philanthropie sentimentale, me parait être un leurre destiné à esquiver l'extrême surveillance avec laquelle tout malade agité doit être suivi, et la sollicitude incessante dont sa situation a incessamment besoin. — Comment, en effet, l'aborder régulièrement à tout instant pour lui faire prendre ses repas, le faire baigner, lui administrer les médicaments, si ce n'est au prix d'une lutte incessante?

Et, d'une autre part, cette intervention brutale des gardiens dans le maniement des aliénés, alors qu'il faut obtenir d'eux des actes de force, n'est-elle pas un danger incessant qui expose les malheureux patients à des représailles involontaires de leur part?

C'est quand on a été témoin de la façon grossière dont ces hommes sans éducation emploient leurs forces musculaires vis-à-vis d'un aliéné qu'ils considèrent comme une bête sauvage, que l'on arrive avoir combien les moyens passifs de coercition, tels que les camisoles maniées ainsi que nous l'avons indiqué, sont les seuls procédés véritablement pratiques et humains auxquels il convient d'avoir recours dans les périodes tumultueuses de l'aliénation mentale, et combien tous ces procédés de liberté apparente, que l'on propose, sont difficilement applicables dans la niajo-

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ritédes cas. D'une façon régulière et suivie, du moins dans notre milieu parisien et avec le personnel dont on dispose dans nos asiles, le système du no-restraint tel que le comprennent ceux qui l'ont préconisé, ne me parait donc être qu'une conception de thérapeutique sentimentale, dangereuse la plupart du temps, et irréalisable, en tous cas, dans la pratique courante.

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