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CHAPITRE PREMIER

Les détails anatomo-pathologiqucs qui suivent sont le résultat de travaux entrepris depuis plusieurs années et reposent sur l'examen comparatif d'un certain nombre de cerveaux d'hallucinés et d'hypochondriaques, que j'ai pu suivre et observer. Les lésions que je vais exposer permettent d'établir sur une base fixe l'existence desprocessus hallucinatoires définis, ainsi que je l'ai précédemment indiqué, attendu que jusqu'à présent je ne les ai rencontrées que chez cette catégorie spéciale de malades.

Ces lésions portent — 1° sur l'écorce, — 2° sur la couche optique en particulier.

1° LÉSION? r>r L'BI

Les lésions de l'écorce sont de deux sortes; les unes se présentent avec un caractère d'hypertrophie localisée, les autres avec un caractère d'atrophie plus ou moins accusé.

A. Lésions hypertrophiques. — Lorsqu'on enlève le cerveau de la boite crânienne, les méninges, suivant la nature des accidents ultimes, apparaissent plus ou moins partiellememt congestionnées, mais jamais elles ne présentent ces adhérences caractéristiques que l'on trouve seulement dans la paralysie générale (méningite chronique) ; elles se laissent facilement enlever. En général, la teinte des plis de l'écorce et des méninges est blafarde ; ils présentent, cependant çà et là des îlots de vascularisation partielle.

La lésion caractéristique que j'ai rencontrée après avoir décortiqué les lobes cérébraux, en les examinant par leur face interne, c'est une saillie

anormale du lobe paracentral, existant soit isolément dans un némisphère, soit simultanément dans les deux hémisphères à la fois (pi. VII, fig. 3 et 3' et pi. VIII, fig. 1 et l'-2 et2'-3 et 3').

A l'état normal en effet, lorsque l'on examine chaque lobe par sa face interne, on voit que laligne courbe supérieure de l'hémisphère est régulièrement curviligne et qu'il n'y a pas de saillie nettement appréciable qui vienne la déformer (pi. VII, fig. 1 et 1' et fig. 2 et 2'). — Chez les hallucinés et les hypochondriaques chroniques, c'est un tout autre aspect; cette région isolée de l'écorce est devenue gibbeuse (pi. VII, fig. 3 et 4). Elle se détache d'une façon nette, et, par cette saillie hypertrophique, implique l'éréthisme préalable dont elle a été le siège. On constate par l'incision de cette région que la matière cérébrale y est plus abondante, que les plis y sont plus développés et qu'il y a, par cela même, une vitalité plus énergique.

Ce fait d'hypertrophie localisée n'est pas un phénomène isolé; l'examen de la face convexe du lobe correspondant montre que les deux circonvolutions marginales, qui sont les deux affluents du lobe paracentral, sont elles-mêmes turgides, gonflées, et plus ou moins sinueuses.

La saillie anormale du lobe paracentral, qui est quelquefois si caractéristique, présente encore cette particularité qu'elle n'existe le plus souvent que sur un seul lobe cérébral et, à mon avis, c'est un des arguments les plus péremptoires qui puisse plaider en faveur de l'indépendance fonctionnelle des lobes cérébraux*

Chez un certain nombre d'hallucinés et d'hypochondriaques lucides, j'ai rencontré cette lésion, isolément circonscrite dans un seul lobe cérébral, l'autre restant dans sa constitution et ses rapports normaux (pi. VII, fig. 3 et 3', 4 et 4'). — J'ai rencontré la même lésion siégeant dans les deux lobes chez d'anciens hallucinés qui, à un moment donné, aux débuts de la maladie, ayant été lucides ont peu à peu cessé de l'être. Il est probable que le processus morbide, qui dans les premiers temps était unilatéral, a gagné l'autre lobe, avec le temps, et est devenu bilatéral.

Par le fait de cette invasion progressive l'hémisphère primitivement sain ayant été envahi à son tour, la démence est devenue de plus en plus complète (pi. VIII, fig. 2 et 2' et 3 et 3').

Il est par conséquent probable que la coexistence de la lucidité et de l'hallucination sont possibles à un moment donné, lorsque le mal est encore limité à un lobe, mais fatalement le lobe demeuré sain est destiné à s'associer à la dégénérescence de son congénère et à amener en définitive l'obtusion progressive des facultés (1). '

(1) Parchappe a signalé déjà une saillie des régions indiquées précédemment sur certains cerveaux d'aliénés. Traité de la Folie, p. J 47.

D. Lésions atrophiques. — Los lésions atrophiques que l'on constate dans le cerveau des hallucinés sont diffuses et partielles.

Ce travail de résorption que subit le cerveau des hallucinés se révèle, d'une part, parune diminution générale du poids des lobes cérébraux, qui peut tomber au chiffre de 659 pour les deux, comme j'en ai rencontré un exemple chez une vieille femme en démence complète (le poids moyen du cerveau étant chez la femme de 1055 grammes), et, d'autre part, par des atrophies plus ou moins bien localisées.

Ce sont, eu général, lescirconvolutionsfrontales, la première surtout, qui présentent les effets les plus notables de la régression. Celle-ci apparaît rapetissée, affaissée, et très notablement réduite de volume, surtout aux environs de la région du paracentral qui la surplombe (pi. VII, fig. 3-a, el lig. 4-a, et pi. VIII, fig. 2 et 2', et fig. 3 et 3'). — La deuxième frontale est aussi très fréquemment intéressée. D'autres régions de l'écorce sont plus ou moins participantes à ce travail de résorption. — Les plis sont généralement amaigris, aussi les sillons deviennent-ils très apparents, quelquefois leur élargissement est tel, qu'ils sont transformés en véritables gouttières. Le sillon de Rolando, la scissure pariéto-occipitale, sont principalement le siège de ces transformations. J'ai rencontré quelquefois la circonvolution calloso-marginale très notablement amincie (pi. III, fig. 1-a).

La participation morbide des différentes régions de l'écorce aux processus irritatifs qui sont tout d'abord localisés dans les noyaux des couches optiques est un fait anatomique des plus intéressants, qui montre d'emblée l'envahissement des régions psychiques.

L'étude pathologique de l'écorce chez les anciens hallucinés nous révèle, en effet, ce fait que, d'emblée, les régions du sensorium sont intéressées, et que l'excitation sensorielle morbide retentit directement tout d'abord dans les sphères psychiques. — On trouve, en effet, les zones sousméningées d'aspect grisâtre et gommeux. Elles sont infiltrées de sérosité abondante; les zones profondes, au contraire, sont souvent de coloration rougeàtre et fortement injectées par des vaisseaux très abondamment répartis. — Les cellules nerveuses sont plus ou moins raréfiées, et celles qui persistent sont la plupart recouvertes de granulations jaunâtres ou en période de régression plus ou moins avancée (pi. III, fig. '1 et fig, h.

Ces résultats ont une grande valeur au point de vue de l'interprétation des phénomènes symptomatiques usuels. — Ils nous montrent en effet (pie si le processus hallucinatoire a un caractère spécialement sensoriel, dès lr

début il sollicite la participation de zones sensorielles de l'écorce et surtout celle de la personnalité psychique qui s'émeut tout d'abord.

Tout processus hallucinatoire est donc fatalement d'emblée psychosensoriel ; — plus tard seulement, par le fait de la rétrocession du facteur sensoriel, il devient exclusivement psychique.

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