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HALLUCINATOIRES

Les détails d'anatomie pathologique dans lesquels nous venons d'entrer au sujet de l'examen du cerveau des hallucinés et des hypochondriaques chroniques nous permettent de jeter un certain jour sur l'évolution de ces processus pathologiques à travers l'appareil cérébral, et de montrer ainsi suivant quels rapports de solidarité ils s'enchaînent.

Nousvoyons, d'une part, des phénomènes d'hvpérémie chronique, destraces de contestions anciennes dans la substance grise centrale des couches op-

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tiques et dans celle du troisième ventricule ; et, simultanément, des traces d'un travail similaire d'hypérémie chronique, avec dégénérescence concomitante, du côté des différentes régions de l'écorce. Ces régions nerveuses se trouvent donc simultanément associées aux incitations morbides, comme à l'état normal elles sont associées dans leur fonctionnement quotidien. L'hypérémie thalamique et l'hypérémie corticale marchent donc d'un pas uniforme et poursuivent parallèlement leur évolution pathologique. L'élément psychique et l'élément sensoriel sont par cela même englobés dans le même processus en activité. — Suivant que ce seront les régions centrales thalamiques de nature sensorielle qui résonneront le plus fort, la manifestation symptomatique reflétera principalement le caractère des éléments qui lui auront donné naissance, — et, suivant que ce sera la sphère psychique qui sera le plus en période d'éréthisme, le processus perdra rapidement son caractère sensoriel primitif pour devenir une conception systématisée, fixe, un délire de persécution nettement condensé, ne gardant que des traces atténuées de sa première impulsion pathogénique.

Dans les premières phases de leurs manifestations, les processus hallucinatoires, ayant leurs racines organiques dans l'ébranlement de telle ou telle région sensorielle, sentent encore leur origine première. L'halluciné dans son délire accuse nettement un trouble soit visuel, soit sensitif, soit auditif quelconque.

Mais, à une phase plus avancée, les régions de l'émission première, soit par l'usure de leurs éléments actifs, soit par le fait de l'envahissement du travail sclérosique, deviennent silencieuses, — et alors la stimulation pathologique, qui s'est propagée fatalement dans les réseaux de l'écorce, continue à être vivace et persistante. — Elle y est entretenue par la participation automatique des éléments de l'intellect qui l'avivent sans cesse, et l'organisent sous forme d'agitation délirante fixe, absorbant à elle seule toute l'attention de la personnalité psychique. Celle-ci vivement obsédée, finit par succomber à la longue, et par se fermer de plus en plus au monde extérieur.

Il se passe, dans cet ordre de processus névropathiques, quelque chose de comparable à ce qui a lieu dans une série de phénomènes similaires, la propagation des manifestations hystériques à travers le système nerveux.

A un moment donné, en effet, dans les phases du début, les stimulations pathogéniques émergent des foyers de l'innervation ovarienne. — Peu à peu, sous des influences inconnues, cette stimulation change de milieu, elle se porte sur les plexus épigastriques, met en branle toutes les sensibilités viscé-

raies da tronc cceliaque, qu'elle abandonne bientôt pour se propager le long des plexus œsophagiens qu'elle sollicite à leur tour, en déterminant ces spasmes de strangulation si caractéristiques de l'hystérie convulsive, — enfin, après avoir remonté une série d'étapes successives, elle finit par éclater dans les régions de l'encéphale qu'elle ébranle à leur tour d'une façon tout à fait encore pathoguomonique.

Là, elle sévit avec plus ou moins d'intensité, et développe ces désordres si variés, si protéiformes et si bizarres de la manie hystérique. — L'encéphale devient le siège de toute l'activité morbide et, pendant ce temps, les loyers primitifs d'émergence dans lesquels cette stimulation pathologique a pris naissance sont depuis longtemps éteints et tout à l'ail silencieux.

11 y a donc dans l'évolution naturelle des processus hallucinatoires deux phases qu'ils parcourent plus ou moins rapidement :

La phase première d'émission , pendant laquelle les incitations sensorielles sont très nettement accusées par les malades. Cette phase est plus ou moins rapide, plus ou moins courte et irrégulière. Elle passe quelquefois tout à fait inaperçue.

2° La phase psychique enchaînée à la première, et dans laquelle l'excitation a émigré dans cette sphère psychique et s'y est implantée. — C'est cette seconde phase qui constitue ces hallucinations silencieuses si caractéristiques, avec absorption continue de l'esprit, et silence obstiné du malade.

Les détails d'anatomic pathologique sus-énoncés nous montrent encore les particularités intéressantes qui suivent :

4° La participation énergique de certaines régions de l'écorce (l'hypertrophie du lobeparacentral), qui, dans certains cas, est très nettement accusée. Cette participation s'accuse vraisemblablement de préférence dans les cas où il y a une émotion prolongée avec excitation. — Que l'excitation soit d'origine sensorielle (hallucination extérieure) ou d'origine viscérale (hallucination interne ou hypochondriaque), l'éréthisme du lobe paracenlral se manifeste de la même façon, et semble indiquer la participation des régions psychomotrices qui entrent en jeu et dégagent cet influx spécial qui détermine l'excitation concomitante.

2° L'atrophie de certains départements de l'écorce qui résulte de la dégénérescence des éléments, consécutive à un travail forcé, déterminé luimême par un afflux prolongé des courants sanguins dans la trame corticale. Cette atrophie nous monlre en même temps la trace de la participation active de différents départements de l'écorce aux incitations sensorielles des

régions centrales, et finalement la démence par destruction lente et progressive des cellules nerveuses, comme le dernier terme des processus hallucinatoires.

3° L'inégale répartition des processus hallucinatoires dans les deux lobes cérébraux (pi. VII, 3 et 3', 4 et 4').

On voit, en effet, dans certains cas, l'hypertrophie isolée d'un lobe paracentral qui implique le passage d'une stimulation sous-jacente localisée seulement à un lobe, le lobe congénère restant indemne.

Ce fait, nettement caractérisé dans certaines circonstances, implique l'inégalité fonctionnelle des deux lobes centraux, l'un étant dans des conditions à peu près normales, l'autre étant seulement hypertrophié dans une portion de sa masse. Cette disposition particulière peut servir d'argument à ceux qui soutiennent la coexistence de l'hallucination avec la raison (1) et celle de certaines hallucinations unilatérales.

(1) Buonsenti, Hallucinations psychiques compatibles avec la raison. Ann. méd.-psych. , 1871, t. I, p. 45-2.

Baillarger, Des hallucinations psycho-sensorielles, Ibid. , 1846, t. I, p. 1.

Macario, Du délire des sensations, da l'hallucination dédoublée, Ibid., 1848, t. I, p. 138.

Brière de Boismont, Des hallucinations compatibles avec la raison, Ibid., 1851, p. 529.

Bitti, Folie avec conscience. Dictionnaire encyclopédique.

Bobertson, Sur les phénomènes unilatéraux dans les maladies nerveuses et mentales. Revue des sciences médicales, 1878, p. 252.

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