CONDITIONS DU DÉVELOPPEMENT DES PROCESSUS HALLUCINATOIRES
1° PERSISTANCE PROLONGÉE DE CERTAINES KMOTIONS OU DF. CERTAINES IMPRESSIONS
SK.NSOIUELLES
Tous les ébranlements, subits ou intenses, qui ont vivement impressionné les éléments tle la sphère psychique et mis enjeu ses aptitudes émotives deviennent par cela même les points de départ de processus hallucinatoires.
Quand, en effet, les sollicitations dérivées du monde extérieur sont vives et soudaines, quand elles ont profondément sollicité l'émotion, qu'elles se sont implantées dans le sensorium avec un coefficient de douleur ou de satisfaction, elles ne s'éteignent pas une fois l'effet produit. Comme des lueurs phosphorescentes, elles survivent à elles-mêmes, et alors que l'incitation pathogénique a disparu, l'orientation spéciale qui a été donnée aux cellules cérébrales persiste. L'individu qui, par exemple, a entendu des voix menaçantes, qui a vu une scène captivante, conserve en lui inhérentes à sa personnalité les traces de l'ébranlement primitif, et continue à percevoir subjectivement les sons incitateurs et à voir les objets absents, comme s'ils aient présents et comme s'ils étaient des réalités objectives.
M. D ..., quarante-cinq ans, ancien officier d'une compagnie de mobilisés pendant la guerre de 1870, fut vivement impressionné par une scène d'insubordination de ses soldats qui avaient menacé de le fusiller. — Quelques semaines après cette violente émotion, M. D... fut pris insensiblement d'une vive excitation hallucinatoire, pendant laquelle il revoyait continuellement les mémos personnages. Il interpellait ses soldats et se mettait en défense contre leurs attaques imaginaires; il était pris en même temps d'un accès de terreur extrêmement profond. — L'émotion, accompagnant toujours fidèlement l'apparition hallucinatoire qui ne se répétait que sous forme d'accès, revenait
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à des moments irréguliers, et laissait des intervalles de calme et de lucidité pendant lesquels le malade exprimait les mêmes craintes avec moins d'expansion et sur un ton plus calme.
Madame D..., d'une nature exaltée, à imagination vive, veuve et libre de sa fortune, recherchait la fréquentation très assidue des théâtres.
Un soir, la vue d'un acteur lui fît une vive impression, et peu de temps après l'excitation étant apparue, elle devint sujette à des moments d'émotion anxieuse avec lucidité passagère. Elle répétait le nom de cet acteur et paraissait avoir avec lui une conversation avec demandes et réponses (1).
L'excès de travail intellectuel, la direction donnée à l'esprit dans une seule et même voie, l'habitude de se représenter mentalement certaines conceptions, font encore que certains individus, prédisposés d'ailleurs, développent dans leur cerveau des périodes d'éréthisme, en vertu desquelles des apparitions semblent prendre corps et déterminer ainsi, par une sorte de reviviscence, de véritables hallucinations spontanées.
Il en est de même pour certains rêves, qui ne s'éteignent pas pendant la période de veille et qui continuent à solliciter l'esprit et à porter le trouble dans les conceptions (2).
Les congestions des centres nerveux, plus ou moins localisées, dans certaines maladies aiguës, certains troubles de la circulation encéphalique dans le cours de maladies du cœur, sont pareillement susceptibles de produire des phénomènes hallucinatoires. — Il en estde même des substances étrangères, telles que les alcools, l'opium, la belladone, le haschisch, qui ont la propriété de déterminer des états spéciaux d'éréthisme des cellules nerveuses,en vertu desquels les phénomènes hallucinatoires se produisent par une sorte de reviviscence locale de certains souvenirs.
L'influence du sexe au point de vue de la fréquence des hallucinations ne paraît pas avoir une portée notable; il en est de même de l'âge. On rencontre des hallucinations chez les jeunes enfants (3), on les rencontre pareillement à un âge avancé.
Au point de vue de la fréquence, les proportions des hallucinés seraient, suivant Esquirol, de 80 pour 100 aliénés; suivant Michéa, de 106 sur 206,
(1) Voir le très intéressant travail de Robert Paterson, relatif à la Persistance de certaines impressions et à leur influence sur la patkogénie des hallucinations. (Ann.méd.psijch., 1841-, t. I, p. 168.)
(2) Nous avons signalé précédemment d'une façon suffisamment explicite le rôle que jouent les régions ganglionnaires des couches optiques dans l'apparition du processus hallucinatoire pour ne pas avoir à y revenir actuellement.
(3) J'ai rencontré des hallucinations visuelles et auditives très nettement circondensées chez un jeune enfant de quatre ans.
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PATHOLOGIE SPÉ< IALE DES HALMJC1KA1IONS
suivant Marcé, de 102-105 sur 206. D'après mes relevés, le nombre des hallucinés définis, ainsi que je l'ai indiqué, serait dans la proportion de 128 sur W2.
Nous ne ferons que rappeler ici, au point de vue de l'évocation des phénomènes hallucinatoires, ces persistances de certaines impressions qui, empiétant à la fois sur la phase du sommeil et sur l'état de veille, sont aptes soit à donner naissance à certaines conceptions persistantes, soit à modifier certains délires préexistants, ainsi que nous en avons rapporté des exemples (1).
(\ • Baillargcr, De l'influence de l'état intermédiaire, à la veille et au sommeil sur la action et la marche des hallucinations. [Annales médico-psych., 1 -^ i ~» , t. Il, p. I. Maury, Des hallucinations hypnagogiques ou des erreurs des sens dans l'état intermédiaire entre la veille et le sommeil. Ann. médico-psych I