PATHOLOGIE SPÉCIALE DES HALLUCINATIONS
jeu, s'emparent de l'incitation subjective et la travaillent comme si elle était réelle et une émanation légitime du monde ambiant (1).
1 PHASES SENSORIELLES DES PROCESSUS HALLUCINATOIRES (lre PÉRIODE)
Les débuis des processus hallucinatoires sont souvent très obscurs. Les familles, qui ne sont pas initiées à l'interprétation des symptômes, laissent inaperçues les premières manifestations, ou bien elles n'y attachent aucune importance. Ce n'est que lorsque la maladie a pris un certain degré d'intensité, que le sujet devient inquiet, qu'il se plaint des voix qui le harcèlent, des visions qui le menacent, qu'en un mot il s'excite et se tourmente pour rien d'apparent, que l'on commence à s'étonner.
Cette phase sensorielle n'est au début jamais continue, et, chose très digne d'attention, elle se manifeste quelquefois sous forme d'accès ou d'attaques subites, isolées, ne laissant pas de traces après elles. — L'individu alors est pris de peur subite, de colère, d'inquiétude, parce qu'il a entendu des voix menaçantes, ou cru voir des apparitions d'individus suspects autour de lui; puis, l'accès passé, le calme renaît, et le malade raconte quelquefois la crise qu'il fient de traverser.
Lorsque la continuité de la phase d'excitation s'est constituée à l'état permanent, les malades mis en présence du médecin lui racontent d'emblée ce qui se passe en eux. Ils parlent comme ils le feraient vis-à-vis du premier venu, des objets qui les émotionnent et on voit qu'ils s'attristent, qu'ils s'agitent et expliquent avec énergie les inquiétudes qui les débordent.
Est-il question d'une excitation des régions auditives, lesquelles sont la plupart du temps si fréquentes, — le malade entend des voix soit dans une oreille, soit dans les deux oreilles. Ces voix l'insultent, le menacent, lui disent de faire ou de ne pas faire telle ou telle chose. Elles répètent ses propres paroles, il les entend sortir du plafond ou du plancher de sa chambre.
Un halluciné me disait :
« Je doutais, au début, de ces voix, et actuellement j'y crois, je les accepte, je les tiens pour réelles, et c'est plus fort que moi. »
(l)Riui, loc. cit. p. 51. Voir ensuite le travail de Nicholson, Ann. méd.-psych., 1878, p. 130, t. I.
SYMPTOMATOLOGIE. i05
D'autres fois ce sont les régions visuelles qui se mettent de la partie, rarement d'une façon isolée. Elles sont presque toujours accompagnées de la participation des régions auditives, et alors, en raison de cette double source d'excitation le désordre mental est encore plus grand. L'individu entend des propos insolites el constate, en même temps, des apparitions. Ces apparitions lui parlent, l'apostrophent, le menacent et deviennent ainsi une source d'émotions poignantes qui le bouleversent et déterminent souvent des explosions violentes de colère subite, ou d'autres fois une phase d'excitation qui devient rapidement incoercible et continue.
Les hallucinations de la sensibilité cutanée proprement dite sont relativement rares et peu persistantes; quelquefois les malades se plaignent de sentir des picotements sur la peau, ils sentent autour d'eux des contacts impurs; — un jeune homme se plaignait d'être épouvanté de la présence du corps d'une femme morte qui venait se frotter près de lui dans son lit. Quelques-uns ont des sensations subjectives bizarres. Ils sentent que leur corps devient plus petit, que leurs nerfs se raccourcissent, etc.
La sensibilité musculaire, avec ses diverses modalités, est susceptible d'engendrer certaines sensations de nature hallucinatoire. — C'est ainsi que les malades accusent de sentir, dans leurs muscles, des secousses électriques, des influences magnétiques et, fatalement, ils rattachent ces sensations subjectives à telle ou telle cause ambiante, à l'électricité, au spiritisme, au magnétisme, que l'on fait agir sur eux à distance; — et avec cela, s'ils sont encore lucides, ils s'étonnent de toutes ces sensations, ils interpellent, demandent ce que cela signifie, ce que l'on veut faire d'eux, si ce sont des épreuves, etc. — Suivant la nature de leur esprit, ils se croient alors ou damnés ou poursuivis par la police ou les francs-maçons.
Quand il s'agit d'une hallucination qui occupe les régions gustatives ou olfactives, ces troubles morbides ne se rencontrent pas d'une façon continue et permanente. — C'est, en général, au moment des repas qu'ils apparaissent; les malades accusent la présence de substances toxiques d'un , goût désagréable, ils disent que leurs aliments ont le goût de cuivre, de zinc, de soufre, etc., et, en même temps,.ils se plaignent de mauvaises L odeurs répandues tout autour d'eux, de sorte que lorsque cette catégorie . d'hallucination existe seule (chose assez rare), ils arrivent à se nourrir de moins en moins, et souvent à refuser complètement les aliments.
Les incitations hallucinatoires irradiées des voies génitales développent , pareillement dans l'un et l'autre sexe des conceptions délirantes, des im-sus pulsions émotives d'une nature tout à fait particulière.
Il existe des femmes qui ont des notions de corps étrangers dans le