‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 160 sur 286 · PATHOLOGIE SPÉCIALE DES HALLUCINATIONS · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE SPÉCIALE DES HALLUCINATIONS

vagin, alors qu'elles n'ont rien, elles accusent l'existence soit de polypes soit de tumeurs utérines imaginaires et, fréquemment, ont recours à l'inspection médicale. Il en est d'autres qui, ayant eu des enfants, sont sujettes à un moment donné, ;i avoir une sorte de réminiscence des différentes phases de la parturition : elles disent qu'elles sont enceintes, qu'elles vont accoucher, et ressentent les premières douleurs, etc. — Bien plus, ces fausses sensations peuvent se développer chez les jeunes fdles : une d'elles, vierge, âgée de 17 ans, à laquelle j'ai donné des soins, prise d'hallucinations utéro-ovariennes au moment des époques, soutenait qu'elle était enceinte et, chose plus grave, qu'on avait abusé d'elle pendant son sommeil i I i.

Chez l'homme les troubles hallucinatoires irradiés des mêmes régions produisent des conceptions délirantes appropriées. — Il y a certains malades qui se croient impuissants, d'autres se figurent qu'ils n'ont [dus de sexe, qu'ils sont hermaphrodites. — Un halluciné, atteint d'une hydrocèle enkystée du cordon, du volume d'un petit œuf, me disait qu'il était porteur d'un œuf mâle et, par conséquent, qu'il avait changé de sexe.

■1° HALLUCINATIONS VISCÉIULES, DITES ftYPOClIONDRIAftUBS

Les hallucinations qui dérivent d'un trouble survenu dans la sensibilité viscérale et qui constituent les formes variées de l'hypochondrie sollicitent tantôt des explosions de douleurs très vives, et tantôt des explications à perte de vue sur les origines et leur manière d'être. Cet ordre spécial des sensations viscérales amène un étal émotif continu qui absorbe toute l'attention du malade qui se concentre exclusivement à écouter le cri de ses viscères endoloris.

(1) Taguet, Annales médico-psych., 1870, t. I, p. 194.

Mademoiselle F... ne peut entendre chanter les oiseaux auprès d'elle ans croire qu'ils la becquettent aux parties génitales. Quand les oiseaux deviennent chez elle l'occasion de perturbations génitales, des hallucinations de la vue et de l'ouïe s'ajoutent à son délire primitivement hypoctLondriaque, qui se transforme en délire de persécution. — On l'appelait la Vénus animale, on lui tirait la langue dans les rues — pendant la nuit, elle était tourmentée par un prêtre, etc.

Madame C... était en butte chaque nuit aux caresses amoureuses du diable ou à îles tentatives de tribadisme de son ancienne maîtresse. Elle l'entend, elle la sent, mais ne la voit pas. — Pour éviter ces prétendus amours, dont elle se croyait victime, elle s'attachait souvent les cuisses l'une contre l'autre, vains efforts, elle se réveillait en sursaut, se jetait au bas de son lit et se. livrait à des contorsions bizarres pour empêcher tout contact. Baillarger, Ami. méd.-psych , I8i.">, t. I. Erotomanie, illusions et hallucinations, chez une jeune fille chlorotique.)

SYMPTOMATOLOGIE. 407

Ces formes délirantes, dites hypochondriaques, sont pareillement intermittentes dans les premiers temps, et deviennent continues à la longue.

Les malades ont le gosier bouché, disent-ils, ils n'ont plus de dents; — leur estomac est oblitéré, retourné; — leurs nerfs sont rétrécis, ils n'ont plus d'intestins; il leur est impossible d'aller à la selle, etc..

Un ancien halluciné lucide avait pendant la nuit des sensations subjectives du côté de l'anus, entretenues probablement par des hémorrhoïdes internes. Il se barricadait soigneusement tous les soirs dans sa chambre, pour éviter les tentatives de sodomie dont il se disait incessamment l'obje pendant la nuit.

Ils racontent encore qu'on les a empoisonnés. — Quelques-uns conservent leurs déjections, ou bien ils vont à la selle dans un endroit déterminé, pour pouvoir les examinera laur aise. — Un certain nombre accuse la présence de vers intestinaux qui leur remonteraient dans les oreilles et jusque dans les yeux (pi. III, fig. 3. I).

Ces troubles psychiques hypochondriaques, véritables ballucinations viscérales qui, la plupart du temps, émergent de la sensibilité du canal gastro-intestinal, sont rarement provoqués, au contraire, par des troubles sensitifs irradiés des appareils intra-tboraciques.

On rencontre des malades qui accusent des anxiétés cardiaques et qui disent ne pouvoir respirer. Us restent, en effet, quelquefois une, deux minutes sans faire aucune inspiration ; puis, à un moment donné, ils recommencent à inspirer suivant leur mode habituel; mais, en général, les hallucinations viscérales ayant leur point de départ dans un organe thoracique sont rares.

Il est important de noter que, la plupart du temps, les hallucinations viscérales accompagnent plus ou moins franchement les hallucinations sensorielles, et que lorsque ces deux causes de stimulations morbides sent associées, la situation du malade est notablement plus grave, au point de vue du pronostic, puisqu'il faut en induire une extension plus profonde de l'irritation morbifique qui occupe un plus grand nombre de territoires de l'écorce.

3° TABLEAU DES HALLUCINES

Comme on le voit, les processus hallucinatoires peuvent revêtir des modalités variées, en rapport avec les régions sensorielles d'émergence qui

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