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CHAPITRE IV

Marche. - — Darée. — Terminaison

Les processus hallucinatoires ont une marche essentiellement envahissante. — Ils procèdentpar accès cl ans leur début; ces accès ont une durée de quelques semaines, de deux ou trois mois même, et s'amendent quelquefois heureusement par un traitement régulier; une période de tranquillité apparente se révèle alors. Les maladespeuvent être rendus à leur famille et reprendre quelquefois leurs occupations.

En général, ces périodes d'accalmie ne sont pas des retours francs à l'état physiologique. On trouve toujours chez l'ancien halluciné des bizarreries de caractère, des habitudes insolites pour s'habiller, pour se vêtir. Ils se nourrissent irrégulièrement, ils voyagent sans motif et commettent ces mille excentricités en actes et en paroles qui les font toujours considérer comme étant des personnages originaux et excentriques.

A un moment donné un nouvel accès se développe et nécessite un nouvel isolement, puis cet accès peut être suivi d'une série d'autres. Mais, en général, au bout de deux à trois accès sérieux, le processus morbide se caractérise et s'incarne dans l'individu. Il suit alors une marche progressivement envahissante, les conceptions délirantes et l'excitation se perpétuent à l'état permanent.

Les malades devenus inconscients de tout ce qui se passe autour d'eux, ne se rendent bientôt plus aucun compte des motifs de leur séquestration, lis réclament incessamment leur liberté et font des demandes réitérées auprès des autorités, auxquelles ils envoient des écrits et des mémoires remplis de détails relatifs aux prétendues persécutions dont ils sont l'objet. Au bout d'un temps variable ils se calment insensiblement, et finissent par devenir complètement indifférents à ce qui les touche et à tomber dans une passivité des plus complètes.

ili PATHOLOGIE SPÉCIALE OLS HALLUCINATIONS.

La durée des processus hallucinatoires, compris ainsi que nous venons de les définir, est égale à celle de la vie.

Ils commencent avec la jeunesse, se prolongent à travers l'âge mûr, avec des périodes de rémission qui peuvent durer plusieurs années, mais ils ne s'en perpétuent pas moins jusqu'aux périodes les plus avancées de la vie. Ce sont les anciens hallucinés déments qui constituent, en général, le fond immuable de la population de tous les asiles (1).

La terminaison fatale des processus hallucinatoires est l'obnubilation plus ou moins complète des facultés mentales et affectives, c'est-à-dire la démence.

La démence arrive plus ou moins rapidement, suivant le tempérament cérébral des sujets, — et suivant l'intensité des accès du début etleur rapprochement ; — suivant encore les habitudes d'esprit du sujet qui permettent au malade de s'occuper soit de travaux intellectuels, soit des ouvrages manuels lesquels tiennent son attention en éveil et font surnager ce qui lui reste encore des facultés vivantes.

Néanmoins, en raison des sollicitations incessantes intra-cérébrales qui amènent l'usure insensible des éléments nerveux, la zone des régions mortes et silencieuses s'élargit de plus en plus dans la sphère psychointellectuelle. — L'individu peu à peu perd de sa verdeur et de son énergie morale, il devient passif et crédule, se laisse facilement convaincre et accepte volontiers les explications banales qu'on lui donne pour expliquer sa séquestration. Le souvenir des choses anciennes disparaît, la perception des choses récentes s'émousse, et l'halluciné, chez lequel les facultés mentales supérieures rétrocèdent insensiblement, finit peu à peu par être gouverné par les seules activités automatiques de son cerveau. — Il se promène indifféremment, n'entame de conversation avec personne, se complaît da us la retraite et l'isolement ; n'ayant plus de pensées à communiquer à ses semblables, il cesse de parler et de s'épandre au dehors. Il se confine dans un mutisme presque absolu, marmottant encore quelques phrases entre ses lèvres et devient complètement indifférent a tout ce qui se passe autour de lui, plongé qu'il est dans une sorte de rêverie persistante.

Une fois qu'ils sont arrivés à ces périodes ultimes, les hallucinés chro-

(1) Je connais un vieillard de quatre-vingt-deux ans qui toute sa vie a été halluciné; le malade a commencé par avoir, vers l'âge de dix-huit à vingt ans, des hallucinations très nettement accusées, et, depuis cinquante ans, il habite le mémo pavillon, ayant vécu indifférent à toutes les révolutions, ainsi qu'à tous les gouvernements qui se sont succédé autour de lui, sans avoir prêté la moindre attention à tous les changements de visage qui ont eu lieu autour de lui pour son service personnel.

niques sont, la plupart du temps, emportés soit par des congestions cérébrales, soit par des symptômes d'épuisement progressif, avec anorexie et gangrènes, d'autres fois ils succombent à quelque maladie aiguë intercurrente.

Il est à noter que, dans le cours de ce long processus morbide, qui a constamment pour point de départ une surexcitation purement d'un appareil sensoriel, ces mêmes appareils sensoriels sont eux-mêmes à la longue simultanément intéressés et frappés souvent dans leurs manifestations fonctionnelles.

Ainsi, chez certains des hallucinés de la vue, j'ai rencontré la myopie extrême, la diplopie, l'amblyopie d'abord et l'amaurose ensuite. — Chez d'autres sujets ayant été, à un moment donné, tourmentés par des hallucinations auditives, j'ai constaté pareillement des troubles de l'ouïe, tels que des bruissements clans les oreilles, revenant d'une manière intermittente et par des surdités passagères, qui, dans les derniers temps, finissaient par devenir permanentes.

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