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DES ILLUSIONS SENSORIELLES

Les illusions en pathologie mentale sont des perceptions fictives, engendrées par le cerveau malade et dérivant de la fausse interprétation d'une impression externe, ou d'une impression réelle irradiée d'un viscère quelconque endolori.

Les illusions avec les hallucinations sont des processus congénères qui souvent s'associent, se succèdent en alternant, et forment, soit isolément, soit par leurs comhinaisons, les éléments primordiaux de toutes les perturbations mentales; on les trouve toujours isolées ou combinées au fond de tous les délires.

Lorsque les illusions existent à l'état d'unité pathologique distincte, elles entraînent à leur suite une série de troubles du côté de la sphère psycho-intellectuelle, qui constituent un état psychopathique distinct que l'on a très nettement isolé sous la dénomination de manie raisonnante.

Tous les plexus sensoriels sont également aptes à donner naissance à des illusions. — Quand ce sont les impressions visuelles, les malades croient voir les choses ambiantes autrement qu'elles ne sont; ils perçoivent l'impression, mais l'interprètent d'une façon vicieuse.

Madame X... refuse avec animation une paire de draps immaculés qu'on lui présente pour son usage. Elle les rejette avec dégoût en disant qu'ils sont couverts de taches.

Madame B... voit dans les personnes qui passent devant elle des membres de sa famille; elle affirme qu'elle les a reconnus et souffre de leur abandon.

M. X... refuse de marcher, il sent, dit-il, qu'il serait obligé de se mettre à courir, parce que ses jambes sont transformées, parce que ses pieds sont devenus des sabots de cheval.

M. R... ne veut plus sortir de sa chambre, parce que, dit-il, il est devenu ridicule et qu'en se regardant dans un miroir il a vu que sa figure était devenue asymétrique et son nez était de travers.

Mademoiselle H... refuse de parler dans la crainte de se compromettre, attendu qu'elle croit que le cercle de dames et de jeunes filles qui l'environne est constitué par des hommes déguisés.

Quand ce sont les régions auditives qui sont enjeu, les malades trouvent dans les paroles qu'on leur adresse des mots blessants. — Ils interprètent à faux certains termes de la conversation courante auxquels, suivant la nature de leur esprit, ils croient reconnaître des allusions provoquantes, alors qu'on prononce devant eux les paroles les plus correctes et les plus

roples.

H. \. ., entendant le chant du merle, croyait entendre une voix qui disait : « Tu es

H. I... était à table, lorsqu'il entend certain bruil d'assiettes qui se heurtent, s'impatiente soudain et s'exclame qu'on lui <lit aux oreilles ces mots : ■ Tu pues (1). »

Du reste, dans les conditions habituelles de la vie, sans entrer à fond dans le domaine de la pathologie mentale, il n'est personne qui n'ait remarqué combien, cliez les individus en état d'ivresse, les illusions sont fréquentes.

Les illusions chez les alcoolisés constituent une sorte de folie transitoire qui les transporte dans un monde imaginaire. — Ils voient les choses autrement qu'elles ne sont, soit en bien, soit en mal ; ils prennent les gens les uns pour les autres, ils le> interpellent, ne reconnaissent plus leur route et lorsqu'on les suit, on voit combien ils interprètent d'une façon vicieuse les instructions qu'on leur donne et combien souvent ils adressent la parole à des objets inanimés.

Les illusions de la sensibilité générale donnent pareillement lieu à dos interprétations erronées. — Une dame atteinte de névralgie dentaire attribue ses douleurs à des influences électriques qu'on lui envoie à distance. Une autre sur la tète de laquelle on place une éponge imbibée d'eau froide, se plaint qu'on lui brûle la tète et qu'on lui occasionne des douleurs intolérables.

Lorsque ce sont des plexus gustalifs et olfactifs qui sont en jeu, les mêmes phénomènes morbides se développent d'une façon parallèle. — Les choses sucrées, par exemple, sont perçues comme des substances amères. Les aliments servis à une série de personnes et acceptés comme agréablement sapides sont perçu-, par ces malades atteints d'illusions, comme contenant des substances fétides, pourries, à odeur urineuse. — Une dame se plaignait à moi que ses aliments avaient un goût d'alun et qu'on mettait de l'alun partout; étant, chez elle, elle avait adressé une plainte au par-

1 1 Baillarger, Des illusions des sens chez les aliénés. Ann. médico-psych., t. II,

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