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HYPERHÉMIES DES RÉGIONS ÉMOTIVES

(DÉLIRE EXPANSIFGAl DES HYSTÉRIQUES — IMPRESSIONNATJILITÉ EXTRÊME AVEC VXXIETE I.N'COEKClbLK. — SCRUPULES INVOLONT VIRES).

Les différentes considérations de physiologie normales et pathologiques que nous avons précédément exposées ont mis en lumière ce fait principal, à savoir : que les différentes régions de l'activité phsycho-intellectuelle étaient isolément aptes à entrer en période d'éréthisme morbide, soit sous L'influence d'une simple surexcitation fonctionelle, soit sous l'influence de stimulations hallucinatoires, et à dégager aussi d'une façon spontanée et automatique les énergies spécifiques dont elles étaient originellement pourvues.

C'est ainsi que l'observation clinique prouve que, tantôt les éléments sensilifs propres de la sphère de l'émotivilé (sensorium), tantôt ceux de la sphère de l'activité intellectuelle proprement dite, tantôt ceux des régions de l'activité psychomotrice, peuvent isolément entrer en action, rien que parle fait d'une phase de surexcitation localement circonscrite, et donner lieu à une série de manifestations morbides. — Celles-ci sont variées, il est vrai, clans leur manière d'être et leur intensité, mais elles ont toujours ce trait d'union commun qui les groupe dans une même famille naturelle, la phase d'éréthisme de la cellule nerveuse qui constitue par elle-même les différentes modalités des manies partielles (1).

il) Foville et Rousselin. — Folie partielle, affaiblissement des facultés intellectuelles : perte du sens moral, prédominance du délire dans les actes et dans les projets, absence de divagation et d'incohérence dans les propos. Ann. médico-psych., 187*2, t. 1, p. 107.

Nous allons donc passer en revue, sous le nom d'hyperhémies ou de manies partielles, les différentes modalités pathologiques sous lesquelles se révèle l'élément nerveux, suivant qu'il est sollicité soit dans les régions intellectuelles, soit dans les régions psychomotrices, en faisant toutefois cette réserve, que jamais ces processus multiples ne constituent des entités nosologiques parfaitement distinctes et parfaitement isolées, mais bien des associations combinées, la plupart du temps, dans une certaine mesure et que, ce qui les caractérise essentiellement les uns des autres, c'est la noie dominante propre, appartenant au territoire intéressé, qui détonne sur l'ensemble des manifestations et leur donne à chacune son cachet propre et son caractère original.

Lorsque les éléments du sensorium, constitués ainsi que nous l'avons indiqué déjà, et pourvus des activités physiologiques que nous leur avons assignées, viennent, pour une cause ou pour une autre, à s'élever à leur phase d'éréthisme, on comprend aisément combien ces régions spéciales sont susceptibles de révéler leur activité avec des caractères insolites.

A l'état normal, elles sont sensibles, elles sont disposées à s'ériger en présence des excitations extérieures; — elles sont émotives et, de plus, elles sont aptes à conserver les impressions qui les ont ébranlées et à les associer automatiquement les unes avec les autres.

Dans les cas pathologiques, cet ensemble des propriétés dynamiques est susceptible de s'élever de plusieurs degrés au-dessus de la normale et d'acquérir alors une suractivité excessive devenant un élément morbide qui appelle l'attention du patient et du médecin.

Le délire émotif, dont Morel a esquissé le premier les caractères nosologiques spéciaux, se présente avec des apparences variées, qui dépendent des habitudes du sujet, de sa constitution plus ou mcins nerveuse, plus ou moins impressionnable, et de la façon dont il a été plus ou moins saisi (1).

La manie émotive nettement circonscrite se développe, en vertu d'aptititudes naturelles, d'une façon lente et progressive. Chez certains sujets, elle n'est, la plupart du temps, que le reflet d'un état névropathique habiluel, lequel état, sous l'influence de causes accidentelles, s'est notablement am-

(I) Morel, Du délire émotif. Archives générales de médecine, 18613, t. I, p. 385 et suiv.

pHfié et se manifeste par une sorte de suractivité émotive plus ou moins

permanente.

Dans les formes expansées, surtout chez des jeunes sujets, les jeunes filles, on rencontre quelquefois une grande tendance à l'exubérance sentimentale. Celles qui autrefois avaient des habitudes de retenue et de discrétion s'expriment avec hardiesse, avec un ton provoquant; elles abordent des questions auxquelles elles devraient être complètement étrangères; elles témoignent des appétitions île nature erotique, sans le moindre scrupule, et, en un mot, on rencontre chez elles une suractivité insolite de l'impressionnabilité qui les porte à parler et à agir sans discernement et à se compromettre inconsciemment; elles se comportent véritablement comme si elle- étaient en état de légère excitation alcoolique.

Dans d'autres circonstances, l'émotivité morbide du sensorium se révèle par une sorte de timidité permanente. Certains individus sont, dans ce cas, d'une impressionnabilité telle, qu'ils rougissent au moindre regard, qu'ils sont embarrassés à la moindre objection, qu'ils balbutient et se dérobent volontiers aux devoirs habituels de la société. Ils vivent solitaires et se créent volontiers ainsi une existence isolée, ne se sentant pas l'énergie morale ni de fonder ni d'élever une famille.

J'ai suivi pendant plusieurs années mi homme vigoureusement constitué, d'un extérieur agréable, d'un commerce doux et facile et qui, pendant toute sa vie, a été la \ictime d'une émotivité congénitale qui le dominait dès ses plus tendres années. Alors qu'il •'•tait au cil ège, se condisciples la suscitaient à plaisir, à propos d'une simple Interpellation, d'un geste, d'un saisissement quelconque; ils lui faisaient, comme, il le disait inopinément, piquer un soleil. Ce mo isieur, dont la vie a été empoisonnée par cette fatale prédisposi ion à l'émotivité incoercible, uni ù une jeune fille de famille lionorable, ne trouva pas dans le mariage les satisfactions qu'il espérait. Au bout de huit jours, il dut se séparer de sa nouvelle épouse qui était au bout de ce temps dans le même état où il l'avait reçue — Son émotivité était telle, que, quoique virilement bien doué, il ne put jamais avoir assez d'empire sur lui-même pour dominer sa timidité et accomplir l'acte conjugal. — Honteux de son impuissance morale et physique, il déserta son intérieur et se condamna à mener une vie solitaire, — toujours rubescent, toujours prêt à s'émouvoir dos moindres incidents, il passa plusieurs années dans une vie tranquille, api. ompli quelques tentatives de -ui< ide, sans succès, et finit par succomber à une congestion cérébrale rapide, ('.liez lui, la sphère émotive seule était en jeu, l'intelligence était intacte: il raisonnait parfaitement bien toutes les affaires qui l'intéressaient.

Dans d'autres circonstances, l'émotivité dans son ensemble n'est pas sollicitée. C'est, en quelque sorte, par places qu'elle est intéressée, et l'on voit cet taiiics personnes, très lucides d'ailleurs au point de vue intellectuel, raconter les secrets de leurs anxiétés et gémir sur la futilité des motifs qui les mettent en mouvement. — A un moment donné, elles ont des

scrupules à propos de sujets d'ordre religieux. Elles sentent qu'elles se détachent malgré elles de certains liens de famille, qu'elles n'aiment plus leurs parents, leurs conjoints, leurs enfants, qu'elles sont indignes de l'affection qu'on leur témoigne, etc., etc.

Dans d'autres circonstances ce sont des répulsions ridicules qui se développent à propos d'objets inanimés. Ces malades, ainsi que l'a très bien indiqué Morel (1), n'osent pas toucher la monnaie d'argent, d'or ou de cuivre. Ils n'approchent qu'en tremblant d'une porte ou d'une fenêtre et pour l'ouvrir et la fermer, ils prennent la clef avec leur habit ou s'enveloppent la main avec leur mouchoir.

Une dame de mes clientes ne pouvait, pendant un certain temps, voir un crayon, un morceau de papier, et en même temps elle était sans cesse préoccupée de la question de savoir si dans ses poches, dans ses armoires, il n'y avait pas de morceaux de papier avec des mots écrits au crayon. — Elle était incessamment inquiète et anxieuse et sans cesse agitée au sujet de la recherche, de ces morceaux de papier. — Tout cela provenait de ce qu'un matin, en se réveillant, elle avait rêvé qu'un monsieur de ses connaissances lui- avait écrit au crayon une déclaration provoquante sur un morceau de papier, et qu'elle avait vite caché le papier pour éviter d'être compromise.

C'était un effet de persistance de rêve qui s'était prolongé pendant la veille et qui, chez une personne émotive évidemment prédisposée, avait déterminé la persistance de cette impression avec agitation consécutivement incoercible.

Les manifestations de l'émotivilé morbide, lorsqu'elles sont généralisées et qu'elles sont liées à un état névropathique congénital, persistent pendant toute la vie et suivent le sujet, même dans un âge très avancé, ainsi que j'en ai eu l'occasion de constater des exemples chez des femmes au delà de soixante-dix ans. Névropathiques elles ont vécu, névropathiques elles finissent.

Mais, il estime certaine catégorie de cas accidententellement développés qui ont une durée transitoire et qui se comportent comme un processus morbide sévissant passagèrement sur l'organisme.

On voit, en effet, ces états émotifs, soit s'éteindre d'eux-mêmes, soit céder à un traitement approprié, soit même se combiner avec d'autres processus, avec les hallucinations, par exemple, et se terminer, suivant la nature du terrain qui les reçoit, tantôt par un accès de manie aiguë dont ils ne sont que les avant-coureurs, tantôt par un accès de lypémanie; car, il faut bien le dire, les habitudes d'esprit et du caractère du sujet peuvent faire virer

(1) Morel, loco citato, p. 387.

dans un sons ou dans un autre la maladie en évolution, et déterminer soit des manifestations d'hypersthénie, quand le sujet est de nature expansive, soit des manifestations d'hyposthénie, quand il est, au contraire, prédisposé :\ la dépression.

Les conditions générales qui prédisposent à Pémotivité morbide m'ont paru jusqu'ici être principalement : l'hérédité, et ensuite : le sexe féminin quant aux autres conditions spéciales, la fatigue, les émotions répétées, les chagrins prolongés, l'anémie, m'ont semblé d'habitude présider à l'apparition de ces phénomènes morbides.

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