‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 176 sur 286 · DES CONDITIONS ETIOLOGIQUES DE L ACCES DE MANIE AIGUË · texte numérisé non relu

DES CONDITIONS ETIOLOGIQUES DE L ACCES DE MANIE AIGUË

Nous trouvons dans l'examen des conditions étiologiques qui déterminent les accès de manie, l'ensemble des causes générales qui dominent la pathogénie des maladies mentales.

Ce sont toujours des causes morales qui viennent frapper un individu plus ou moins prédisposé par les influences héréditaires. C'est toujours une surexcitation des régions émotives qui est en jeu, une impression persistante qui domine et qui, en raison de la suractivité automatique du substratum organique qui la supporte, devient progressivement incoercible (1).

En dehors des causes purement morales, toutes les autres occasions morbigènes qui déterminent une fluxion sanguine vers l'encéphale sont susceptibles de provoquer un accès de manie.

C'est ainsi que les méningites, en général, et les méningites rhumatismales en__particulier, déterminent fréquemment l'explosion de pareils désordres. Il en est de même des pyrexies, et de la fièvre typhoïde en

(1) Madame X..., violemment impressionnée par les incendies de Paris, en 1871, prise d'un accès de manie, voyait partout des flammes et, dans son délire, ne faisait que parler d'incendies.

M. S. B. à la nouvelle d'une perte minime de sa fortune est pris d'une émotion profonde et devient maniaque.

Madame C, se croit compromise par une carte de photographie représentant le portrait d'un ami de son mari, trouvée dans sa commode; dans son délire elle cherche partout ce portrait et en parle sans cesse.

M. G..., avocat, sur le point d'entreprendre la défense d'un procès, est pris d'un accès de délire; pendant tout le temps de sa maladie il ne parle que de sa plaidoierie.

Madame Q... éprouva une vive frayeur une fois, dans une rue de Paris; son jeune enfant faillit être écrasé sous ses yeux par une voiture, l'impression persista avec l'émotion et six jours après l'événement, l'accès maniaque, avec le cortège des mêmes apparitions terrifiantes, était déclaré.

particulier. On voit même quelquefois dans la convalescence des lièvres graves certaines manifestations psychopathiques se développer chez les jeunes sujets.

Les affections cardiaques, par suite de la stase sanguine qu'elles déterminent dans les gros vaisseaux, sont pareillement susceptibles d'amener des troubles psychiques qui s'élèvent quelquefois jusqu'aux tonalités de l'accès maniaque.

L'état puerpéral joue pareillement un rôle notable dans leur apparition. Chez les accouchées, c'est principalement la forme maniaque qui domine, puisque, suivant Marcé, sur un total de ii cas, il a rencontré 39 fois la manie et 10 fois la mélancolie (1).

Le sexe paraît avoir une certaine influence. Les anciennes statistiques d'Esquirol portaient à admettre une plus grande proportion de cas de manie chez l'homme que chez la femme. Les statistiques modernes, qui ont nettement isolé les formes maniaques franches de la paralysie générale au début, ont renversé les données précédentes, et tendent à admettre une plus grande fréquence de la manie chez les femmes.

D'après un relevé qui m'est personnel, sur 110 cas j'ai trouvé la répartition suivante : femmes 81, hommes 20.

L'âge a une très grande importance au point de vue de l'apparition des accès. Ils se développent (et c'est là un point de vue important pour le diagnostic différentiel avec la paralysie générale) chez les jeunes sujets, et surtout de 20 h 25 ans. La paralysie générale, au contraire, ainsi que nous l'avons indiqué, n'apparaît que très rarement au-dessous de 2.") ans. Après 50 ans les accès de manie franche sont très rares; c'est donc a proprement parler une maladie de la jeunesse (2).

Les saisons paraissent avoir une certaine influence au point de vue du développement delà maladie, et, ainsi que l'a fait remarquer Esquirol, c'est surtout au printemps qu'on observe le plus grand nombre de cas de manie. Il est possible que la chaleur et l'insolation aient une part effective dans leur palhogénie.

Les maladies du système nerveux, telles que l'ataxie locomotrice, la paralysie agitante, l'hystérie, l'épilcpsie, la chorée, sont susceptibles à un

(1) Marcé, loc. cit., p. T'J.

(2) Le Palmier Des affections mentales cher, les enfants, et en particulier de la manie Thèse, Paris, juin 1856.

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moment donné, par suite de l'extension progressive du processus primordial de déterminer un retentissement fïuxionnaire du côté des méninges et d'amener ainsi certaines perturbations maniaques, avec excitation. — J'ai vu, danstrois circonstances, l'ataxie locomotrice se compliquer d'hyperhémie persistante des méninges cérébrales, avec obtusion des facultés et démence consécutive. — J'ai vu pareillement des phases d'excitation développées chez des individus atteints de paralysie agitante, surtout avec agitation et vociférations nocturnes.

Chez des jeunes sujets atteints de chorée, l'excitation morbide est caractérisée par des impulsions subites, avec perversion du caractère, morosité, irascibilité véhémente, et tendance à frapper. Ces symptômes se caractérisent sous forme d'accès et sont suivis quelquefois d'actes extravagants, avec inconscience maniaque de courte durée.

On sait, en outre, combien les troubles de l'épilepsie, de l'hystérie, sont susceptibles de jouer un rôle important dans les manifestations psychiques des sujets intéressés.

La manié hystérique, la manie épileptique, empruntent un caractère spécial au terrain sur lequel elles sont implantées.

Dans ses rapports de fréquence la manie comparée aux autres types de la pathologie mentale se rencontre, suivant Marcé, dans 1/7 des cas traités dans les asiles.

Celte contingence, d'après mes relevés qui ont rapport, il est vrai, à une population restreinte, mais mieux observée, se trouve dans d'autres proportions, car sur 400 malades j'ai trouvé 110 cas de manie, proportion qui dépasse le quart des cas.

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