‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 178 sur 286 · DESCRIPTION DE L'ACCÈS DE MANIE AIGUË · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE L'ACCÈS DE MANIE AIGUË

2° La période d'excitation maniaque, qui, dans certaines circonstances, ne s'élève pas au-dessus d'une tonalité moyenne et peut se prolonger ainsi, n'est, la plupart du temps, que la phase prodromique de l'accès de manie qui s'annonce et se révèle bientôt comme un orage menaçant, x Au fur et à mesure, en effet, que le malade est entraîné par ses conceptions délirantes, surtout quand elles sont d'origine hallucinatoire, le trouble se fait dans l'ensemble de ses facultés mentales. L'activité automatique s'élève dans les différentes régions à un degré successivement croissant, les liens hiérarchiques des différentes fonctions cérébrales sont successivement rompus, et alors tout est abandonné au hasard et le désordre le plus grand règne dans le domaine de l'activité psycho-intellectuelle.

Le maniaque se présente alors à l'examen avec une attitude énergique, il va, il vient, ne peut rester en place, sa physionomie morbide et expressive reflète les émotions qui l'animent. Ses yeux sont vifs et brillants, quelquefois injectés de stries sanguines; il parle avec animation et le timbre de sa voix élevé au-dessus des tonalités normales indique déjà, comme un appareil enregistreur, l'excès d'incitation nerveuse des régions où s'enfante la pensée. — Sa figure est colorée, et, si on applique la main sur le front, la peau est chaude, le malade en a quelquefois conscience et réclame qu'on applique sur son front des compresses d'eau fraîche. On peut encore obtenir de lui quelques moments d'attention et lui faire exprimer des réponses sèches et brèves.

Mais il perd pied peu à peu, il cesse d'être en relation avec le milieu ambiant, il est en proie à des hallucinations et à des illusions incessantes qui l'envahissent de tous côtés, et alors c'est un délire complet,avec agitation véhémente, qui domine toute la scène.

Ce délire doit être étudié à part de l'excitation qui l'accompagne :

1° Du délire. — Le délire qui domine alors reflète plus ou moins les mpressions du début, et les préoccupations habituelles du sujet aussi :

Madame X .., violemment ébranlée en 1871 par les scènes d'épouvante qui l'avaient assaillie à Paris, lors des incendies de la Commune, dans un accès de délire aigu auquel elle fut en proie, voyait partout des lueurs sinistres et s'exclamait incessamment en disant qu'on allait la brûler.

Pendant cinq jours ces apparitions terrifiantes dominèrent l'esprit de la malade et furent remplacées par des réminiscences poétiques, des citations d'auteurs qui revenaient incessamment à son esprit et firent ainsi diversion aux émotions premières.

M. X..., qui pendant sa vie a été mêlé aux émotions de la vie parlementaire, dans son accès de délire voyait des personnages puissants, s'entretenait avec eux. Il les interpellait de mille façons, se croyait à la tribune et déclamait des discours incohérents.

Pendant on certain temps le délire a une allure coordonnée, il est snivi, logique et reflète plus ou moins les habitudes antérieures de la vie; mais à une période plus avancée la dislocation des actes psychiques devient de plus en plus accentuée et il cesse d'être cohérent. Ce sont des mots sans suite, une série d'enfilades de phrases qui n'ont aucun sens et qui sont vociférées par le malade. Il suffit qu'il vous aperçoive pour qu'il vous adresse la parole et qu'un mot sorti par hasard de votre bouche, détermine par assonance chez lui des associations de paroles et d'idées les plus imprévues et les plus étranges. Il vous interpelle avec animation, il vous invective même en vous prenant pour un personnage que vous n'êtes pas, et toute cause d'excitation extérieure devient pour lui une occasion d'agitation nouvelle.

Dans les ras 1res aigus, ce délire actif se révèle le jour et la nuit par des vociférations incessantes, des chants bruyants sur un rythme monotone, d s répétitions incessantes, des phrases sans signification, si bien que le malade entraîné par cette exaltation incessante finit par user ses forces et succomber à quelque complication rapide du côté du cerveau.

2° De l'excitation. — En même temps que l'effervescence morbide s'empare des régions psycho-intellectuelles pour déterminer l'explosion du délire, la même effervescence, soit d'emblée, soit par une progression successive, envahit les régions cérébrales qui déterminent les phénomènes de l'excitation (régions psycho-motric - ■

Dans l'ensemble symplomatique de la manie l'excitation et le délire sont deux éléments connexes qui peuvent ainsi que nous l'avons expliqué déjà, imbiner ou se disjoindre (page 105 et suiv.).

L'excitation représente pour nous une composante surajoutée et qui n'est, dans sou origine, que l'expression de ces forces psycho-motrices qui donnent à nos déterminations volontaires leur expression somatique.

Les régions psycho-motrices en période de surexcitation morbide, à leur tour, passent donc à un état d'éréthisme incoercible et alors elles se surajoutent au délire; elles lui fournissent un aliment nouveau et par leur participation arrivent à produire le tumulte des acte-.

C'est ainsi que les maniaques délirants trouvent des forces phono-motrice- en réserve pour exprimer en vociférations incessantes l'exubérance des pensées qui les obsèdent. C'est ainsi que leurs forces musculaires doublées, quadruplées, les poussent à s'épandre au dehors, h marcher, à courir, à sauter, à s'esquiver de mille manières et, au besoin, à lutter avec succès contre tous ceux qui veulent les dominer.

L'accumulation des forces nerveuses est telle, qu'ils la dépensent à tout

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