DE L'ACCÈS DE MANIE AIGUË
propos, dans toutes les directions, et qu'il faut les moyens de contention les plus énergiques pour arriver à les maîtriser, et à les empêcher de se faire des blessures.
Les sens offrent chez les maniaques une grande exaltation, la vue et l'ouïe deviennent très actives ; ils entendent des sons qu'ils interprètent d'une certaine façon ; ils voient de loin des objets à peine visibles et qu'ils reconnaissent; leur vue dans un miroir les trouble quelquefois et les excite.
Cet état d'hyperesthésie est tel qu'ils ne peuvent supporter pendant la nuit, les faibles lueurs d'une veilleuse, dont le pâle éclat suffit pour entretenir leur agitation nocturne. — Quant à la sensibilité cutanée, elle est presque complètement anéantie. Les maniaques sentent à peine les excitations qu'on produit sur leur peau, ils n'ont aucune notion du chaud et du froid, même pendant l'hiver ils se déshabillent et courent sans vêtements au dehors. La notion d'activité musculaire est pareillement éteinte, car ils n'ont aucune conscience de la fatigue ni des efforts extravagants qu'ils accomplissent.
Les fonctions digestives s'exercent avec une grande irrégularité chez eux. Ils oublient les heures de repas, ils se nourrissent insuffisamment dans les premiers temps. Ils mangent avec gloutonnerie et quelquefois avec une grande précipitation, et lorsque le délire est devenu général, avec une complète inconscience, il faut absolument alors qu'on les nourrisse comme des enfants, qu'on leur présente les aliments, bouchée par bouchée, et qu'on arrive ainsi à leur ingurgiter la nourriture avec patience et persévérance. Quelquefois ils rejettent les aliments par oubli de la déglutition.
La constipation est la règle. Il faut surveiller les excrétions intestinales, les provoquer même à l'aide de purgatifs légers. Lorsque l'agitation est très vive, les malades sont pris d'incontinence et laissent, par relâchement des sphincters, aller les urines et les matières fécales.
Il est bon d'avoir soin d'humecter souvent leur bouche à l'aide de boissons rafraîchissantes et d'éviter, autant que possible, qu'ils gardent leur salive accumulée à l'intérieur. Il n'est pas rare, en effet, de voir la sécrétion salivaire être sécrétée en extrême abondance et former quelquefois un écoulement infect. Cette hypersécrétion salivaire se manifeste quelquefois même dans la période de convalescence.
Les auteurs ont noté dans certains cas de manie une exaltation des fonctions génitales avec tendance à la masturbation. Ces troubles n'ont en
î.-.i PATHOLOGIE SPÉCIALE. — HYPEIÏHKMIES GÉNÉRALISÉES.
géftéral qu'une durée passagère et doivent néanmoins solliciter l'attention du médecin.
Les fonctions circulatoires dans les premiers temps présentent des modifications importantes au point de vue des caractères de la pulsation artérielle. Le pouls, en effet, dans les premiers temps est développé, fréquent, et accompagné d'un certain degré de chaleur cutanée, avec sueurs, surtout lorsque les malades parlent pendant longtemps, s'agitent et se consument en mouvements répétés.
Mais lorsque l'accès se complète, la pulsation artérielle n'a pasl'ampleui qu'elle avait au début, elle est petite, saccadée, avortée la plupart du temps et inégale, à gauche et à droite, ce dont on peut s'assurer en l'interrogeant simultanément aux deux temporales.
Le maniaque en période d'état représente donc la plus haute expression de la phase d'éréthisme de tous les éléments du système nerveux en période de surexcitation continue, car chez l'homme arrivé à cette période aiguë du mal, ce n'est pas seulement le cerveau qui est en action, mais encore ce sont tous les appareils du système nerveux, le cervelet, la moelle allongée, la moelle épinière, qui sont tous plus ou moins en délire, et qui sécrètent avec excès toutes les forces nerveuses qu'ils produisent incessamment en silence.
3° Cette phase d'effervescence, qui est essentiellement tumultueuse et caractérisée par de l'agitation et du délire, peut se terminer de différentes manières :
1° Elle peut passer à l'état suraigu.
2° Entrer en résolution et se perpétuer sous forme de manie chronique.
Lorsque l'accès de manie est destiné à passer à l'état suraigu et à se terminer d'une manière funeste, les symptômes susénoncés acquièrent une intensité croissante, les vociférations deviennent de plus en plus incessantes et le délire de plus en plus incohérent. — En même temps la physionomie du malade s'altère, ses yeux deviennent menaçants et brillants, la langue se sèche, la peau du front est continuellement chaude et brûlante à la main ; en même temps que l'agitation, les mouvements désordonnés augmentent d'intensité.
Ces symptômes d'aggravation, qui sont variables suivant la force de résistance des sujets, prennent subitement une allure, insidieuse, et cela en un très court espace de temps. — Ainsi les malades cessent inopinément d crier, après avoir vociféré sous l'influence des hallucinations prolongées pen-