DE L'ACCÈS DE MANIE AIGUË
dant plusieurs heures, ils deviennent silencieux et on les entend marmotter encore quelques paroles entre leurs lèvres pendant plusieurs heures, ils sont comme affaissés à la suite de la violente secousse qu'ils ont éprouvée et tombent dans une sorte de coma. L'excitation reparaît encore à différents intervalles, mais elle est fugitive et l'on voit apparaître quelques signes de mauvais augure, tels que des contractions partielles du côté de la face, du trismus, des secousses involontaires du côté des membres, quelquefois même de la parésie localisée, soit sur une paupière, soit sur la langue, soit même sur un membre, ce qui indique l'apparition des foyers hémorrhagiques disséminés dans l'intimité des centres nerveux.
D'autres fois, à la suite d'une phase d'excitation d'intensité moyenne, et sans que la phase d'effervescence soit arrivée au degré du délire aigu, les malades sont emportés par des accidents de congestion cérébrale rapide, qui les terrassent en deux ou trois jours, et qui se terminent par un état comateux prolongé ou par des attaques convulsives à accès répétés.
Lorsque l'accès de manie, au contraire, doit avoir une issue favorable, un amendement notable s'opère insensiblement dans l'ensemble des symptômes. — Les malades cessent d'être absolument inconscients de ce qu'ils disent. — On note quelques éclaircies sous forme d'interrogations appropriées, judicieuses même; échappées par lesquelles ils dénotent qu'ils commencent à percevoir le monde extérieur. — Peu à peu ces éclaircies deviennent plus prolongées, et on note qu'ils sont capables d'une certaine attention. — En même temps le repos de la nuit qui est ordinairement l'indice le plus sérieux, auquel le médecin doit surtout songer pour asseoir son pronostic, le repos de la nuit, dis-je, qui n'a été, dans ces premiers temps, que de quelques heures se prolonge, et lorsqu'on voit les malades arriver à dormir régulièrement jusqu'à cinq heures et six heures du matin pendant plusieurs jours de suite, on peut être presque certainement assuré de l'entrée franche en convalescence.
A mesure que les éclaircies lucides s'accentuent, l'excitation automatique devient parallèlement moins vive ; les malades inconsciemment sentent le besoin de repos pour récupérer l'énorme dépense qu'ils ont faite des forces nerveuses. Peu à peu les idées leur reviennent et en quelques jours seulement, lorsque l'accès de manie a été franc, ils rentrent en pleine possession d'eux-mêmes, en gardant toutefois pendant quelque temps un certain degré de dépression des facultés mentales.