‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 184 sur 286 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'accès (Je manie aiguë est, en général, diiiicile à dépister dans ses premières phases, alors que le malade est encore dans sa famille, et surtout, lorsque, en même temps, le sujet est atteint d'une maladie interne. Un certain nombre d'accès de manie aiguë passent alors complètement inaperçus. — C'est ainsi que dans le rhumatisme articulaire aigu, dans certaines affections cardiaques, chez les femmes nouvellement accouchées, on voit tout à coup apparaître des phénomènes d'excitation maniaque, accompagnés de délire hallucinatoire, qui jettent les parents et le médecin dans un grand état de perplexité (1).

Pendant quelques jours les malades sont agités, inquiets, ils ne veulent pas se lever, ne comprennent rien de ce qu'on leur dit et ont toutes les peines du monde à demeurer en place. Les médecins ordinaires, la plupart du temps, ont peine à voir dans ces troubles vagues le prélude d'accidents graves; ils hésitent et restent dans Pexpectation, au grand détriment, souvent, de la santé et de la vie de leur client. En général, ces accès de manie délirante, que l'on traite journellement en ville sous le nom de méningites, ont une durée passagère de 8 à 10 jours et sont très rapidement amendés ou aggravés.

Il en est de même de ces formes d'excitation maniaque que l'on constate quelquefois dans le premier septénaire de la fièvre typhoïde, ainsi

(lj 11 y a quelques années, une dame, à laquelle je donnais des soins en ville pour des troubles cérébraux consécutifs à un accès de rhumatisme articulaire aigu, fut prise daus sa famille d'une Légère excitation maniaque, avec hallucinations. J'avais, recommandé la plu» extrême surveillance au point de vue des idées de suicide. La malade était surveillée par deux gardes et, malgré ces précautions, elle sut néanmoins trouver le moment opportun pour sauter de son lit, inopinément pendant la nuit, renverser la personne qui la retenait et se précipiter du haut d'un troisième étage.

que dans la convalescence de certaines fièvres éruptives, la rougeole, la scarlatine, etc.

J'ai vu, pour ma part, chez certains sujets atteints de fièvre typhoïde, le délire habituel des périodes du début acquérir une telle intensité, que les malades, alors qu'ils étaient en pleine évolution de leur pyrexie méconnue, ont été pris pour des aliénés excités, et placés directement dans des asiles d'aliénés. Ce déplacement a, du reste, été fatal aux malades qui ont rapidement succombé (1).

Lorsque l'accès de manie est confirmé, que le malade est tout à fait inconscient, qu'il s'agite, qu'il vocifère, qu'il parle nuit et jour, un des problèmes les plus délicats à résoudre est de savoir si on a affaire à un accès maniaque franc, ou bien à la période d'excitation du début de la paralysie générale.

J'ai vu, en effet, un certain nombre de malades qui ont eu sous mes yeux des troubles cérébraux qu'on pouvait certes bien considérer comme des accès de manie franche. Ces troubles se sont dissipés plus ou moins rapidement pour reparaître plusieurs mois après, et, alors, — ils se sont manifestés avec un ensemble si spécial, avec une allure tellement pathognomonique qu'il n'y avait plus aucun doute à avoir sur le diagnostic de la paralysie générale.

Ceci porte à dire que l'accès pseudo-maniaque du début, qui avait aisément disparu, n'était en réalité que la phase prod^omique du processus de la paralysie générale qui faisait sa première manifestation.

Un élément sérieux de diagnostic dans ces cas douteux se tire de l'examen de la parole. — Si dans la période d'excitation les paralytiques, comme cela arrive quelquefois, au début, n'ont pas la parole embarrassée, il n'en est plus de même dans la période de décours de l'accès. On constate à ce moment un certain degré d'hésitation dans l'articulation des sons.

La nature du délire chez les paralytiques roule en outre sur un thème généralement déterminé. — Dans l'accès de manie, au contraire, ce sont des émotions récentes, des événements qui viennent de se passer tout nouvellement, qui forment des manifestations du délire; en même temps les hallucinations sont très nettement apparentes.

(1) Observations de fièvres typhoïdes simulant l'aliénation mentale. Annales m?dicopsych., 1843, t. II, p. 147.

L'état des pupilles est encore un excellent signe qui permettra de s'éclairer sûrement. Mais dans les cas douteux (et ils sont souvent plus fréquents qu'on ne le suppose), il convient de savoir attendre, de mettre le malade en observation, et d'avoir le courage, puisqu'il s'agit de se prononcer sur le diagnostic d'une maladie essentiellement incurable, ou d'une maladie permettant d'espérer une amélioration probable, de demander, dis-je, des sursis avant d'émettre un jugement définitif.

Cette hésitation dans la direction du diagnostic n'est, du reste, pas préjudiciable à l'intérêt du malade, puisque en tout état de cause, qu'il s'agisse d'une paralysie générale ou d'un accès de manie, les moyens thérapeutiques employés sont identiquement les mêmes.

Il v a encore à chercher dans le diagnostic de l'accès de manie, si cet accès est de cause externe, s'il est dû à des violences extérieures, à des coups sur la tête, à une insolation et surtout à la présence de substances étrangères introduites dans l'économie, telles que substances alcooliques, l'empoisonnement par l'opium, la belladone, etc.

Les commémoratifs, l'examen des pupilles, celui des matières vomies, l'odeur de l'haleine chargée de substances alcooliques, indiqueront au médecin dans l'examen qu'il fera, dans quelle direction il devra pousser ses investigations.

L'étude des oscillations de la température pourra dans certaines circonstance-; être d'un grand secours pour éclairer le diagnostic de la manie simple avec la manie alcoolique fébrile, ainsi que l'a signalé Magnan. — Dans les cas graves, il a vu, en effet, la température s'élever jusqu'à -iO, il et même i'-}> degrés, au moment de l'agonie ; — au contraire, dans les cas qui doivent se terminer par la guérison,la température, dès les premiers jours, suit une décroissance progressive en rapport avec l'amélioration des symptômes (1).

(I) Magnan. Afin, méd.-psycho., 1877, t. Il, p. 128.

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