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CHAPITRE IV

Dans les cas simples, lorsque l'accès de lypémanie sévit sur un sujet jeune et atteint d'un certain degré d'anémie, et qu'il dérive d'une cause extérieure bien déterminée, la marche de l'accès n'est pas, en général, très prolongée et arrive rarement à la stupeur.

Quand les malades ont, en effet, conservé leur lucidité, qu'ils se rendent compte de leur situation, on peut raisonner avec eux et leur donner des encouragements profitables. On peut espérer, en effet, que la maladie ne dépassera pas un certain degré, et qu'avec un traitement méthodique, l'isolement, le repos complet, l'usage d'un régime approprié, on arrivera au bout de six semaines à deux mois à faire entrer le malade en convalescence.

Les choses ne se passent pas aussi simplement lorsqu'il s'agit de sujets qui ont subi déjà plusieurs accès, qui sont frappés d'une tare héréditaire, et chez lesquels les stimulations hallucinatoires vibrent avec intensité. Ce sont les formes graves de la lypémanie qui se révèlent alors.

Dans ces circonstances, le processus morbide a été plus ou moins lent â se développer. Il a commencé à la suite d'une série de causes multiples sans grande importance; il a pris, en quelque sorte, droit de domicile dans l'organisme, sans amener d'incidents suffisamment sérieux et graves au début pour solliciter l'intervention des médecins. — Dans ces cas, la maladie s'avance lentement et arrive quelquefois à se compliquer d'un état d'excitation subaigùe qui, dans ses manières d'être, présente des phases de rémission et d'exacerbation successives.

Peu à peu, cette phase d'anxiété primordiale fait suite à une phase de tranquillité passive dans laquelle l'individu absorbé par des hallucinations demeure inerte et impassible, assis sur un banc pendant des heures entières, étranger complètement à tout ce qui se passe autour de lui. Il ne

bouge nullement, ne demande rien et si on ne le sollicitait pas pour prendre ses repas, il demeurerait des journées entières sans se mouvoir ni rien solliciter.

Cet état d'obnubilation des facultés morales peut durer six semaines ou deux mois avec des alternatives de hausse et de baisse, avec des incidents multiples, des scènes de violence au moment du coucher, des repas, pour l'habillage ou le déshabillage. — Ou bien encore, on voit apparaître des tentatives de suicide, et au bout de ce temps, en général, on commence à voir un mouvement de détente s'opérer. Les malades prêtent attention à ce qu'on leur dit, le sommeil apparaît, ils se plaignent d'éprouver un sentiment de profonde fatigue et entrent peu à peu en période de convalescence.

Lorsque les choses ne prennent pas cette tournure favorable, le processus suit, avec des alternatives d'agitation et de demi-stupeur, sa marche continue, et la démence arrive insensiblement au bout d'un temps plus ou moins variable, suivant les conditions particulières du sujet, suivant son tempérament naturel et la résistance intellectuelle qu'il présente.

En général, dans cet ordre spécial de maladie, l'intelligence persiste plus longtemps, même lorsque la maladie se complique d'hallucinations intercu riales.

L'invasion de la période de stupeur se fait la plupart du temps d'une façon lente et progressive.

Ce n'est que par degrés que les malades arrivent insensiblement à se séparer du milieu ambiant et à devenir complètement indifférents à tout ce qui les environne. Celte période de stupeur plus ou moins complète peut se prolonger avec des oscillations successives d'aggravation et d'amélioration, traversées elles-mêmes par des hallucinations qui lui donnent chaque fois une nouvelle intensité, pendant plusieurs mois consécutifs (1).

Après de semblables épreuves les sujets peuvent néanmoins guérir et obtenir une amélioration apparente, qui peut faire croire au retour de leurs facultés. Mais ce n'est, en général, qu'une illusion, car lorsque le mal a duré plusieurs mois, il existe toujours un certain degré de déchet de l'intelligence, et des délabrements irréparables dans la constitution intime de la trame cérébrale.

Lorsque la stupeur se prolonge en s'aggravant, les altérations des fonctions organiques deviennent telles, qu'elles sont incompatibles avec l'entretien de la vie et, quoi qu'on fasse, au bout de trois ou quatre mois de

(1) Sept à huit mois, comme j'en ai vu plusieurs exemples.

durée, lorsqu'elle a été complète, quoique le malade ait été régulièrement alimenté à l'aide de la sonde, il ne peut résister davantage, des eschares profondes se déclarent, des lésions viscérales se manifestent et la mort arrive dans un état d'épuisement complet.

Les processus lypémaniaques peuvent encore se terminer en se transformant en accès de manie. — Ils constituent ainsi un processus unique, nettement isolé, classé sous le nom de folie périodique, et qui est essentiellement caractérisé par une succession régulière d'un accès de lypémanie et d'un accès de manie, se suivant périodiquement comme les stades de frisson, de chaleur et de sueurs dans les pyrexies d'origine paludéenne.

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