CHAPITRE V
Les processus lypémaniaques sont essentiellement caractérisés, à l'état simple par de la dépression des forces somatiques et psycho-intellectuelles, à l'état de complication par les mêmes phénomènes morbides accompagnés d'hallucinations.
Dans le premier cas, l'examen direct de l'état du malade, la façon dont il répond aux interrogations, permettent aisément d'établir le diagnostic et de reconnaître qu'il présente essentiellement le type d'un sujet exténué ou fatigué, et profondément abattu, n'ayant qu'à peine la force de parler, avec toute sa lucidité d'esprit.
Dans le second cas, lorsque les hallucinations sont de la partie, il est souvent assez difficile au premier abord de reconnaître si l'on a affaire à un processus hallucinatoire primitif, ou bien à un processus secondaire enté sur un état lypémaniaque.
L'halluciné protopathique en général ne dit rien, il est réservé, il faut qu'on lui arrache les paroles, et en dehors de ses hallucinations il est vif, alerte, il ne présente pas cet état craintif et déprimé du lypémaniaque; ajoutons encore que l'halluciné est beaucoup plus troublé intellectuellement que le lypémaniaque. On ne peut pas avoir avec lui de conversation suivie, tout ce qu'on peut faire, c'est d'échanger quelques phrases.
Chez le lypémaniaque, l'hallucination n'est qu'un phénomène secondaire, accessoire, qui n'accapare pas toutes les forces de l'esprit et qui laisse par conséquent une portion de l'intelligence en liberté; c'est pourquoi on peut plus facilement converser avec le lypémaniaque qui est toujours plus raisonnable et plus lucide. Son langage est plus net, plus franc ; on ne trouve pas dans ses réponses ce vague et ces sous-entendus que .l'on constate si souvent dans celui des hallucinés protopathiques.
Le diagnostic de la lypémanieavee stupeur doit être fait avec les formes dépressives de la paralysie générale.
Il est eu effet certaines circonstances dans lesquelles l'erreur peut être parfaitement possible; et il faut bien le dire, pendant longtemps, quand on ne connaissait pas encore ce groupe spécial des formes dépressives de la paralysie générale, tout état dépressif était considéré comme appartenant à la lypémanie.
On rencontre, en effet, nombre de paralytiques qui sont torpides ou silencieux comme s'ils étaient en stupeur — Ils restent tantôt continuellement assis, tantôt continuellement debout, ils ont les mêmes tendances à faire opposition à tout ce qu'on leur demande, pour s'habiller, se déshabiller, se coucher, se nourrir, etc. Ils sont taciturnes, ils sont de plus tourmenté par des hallucinations qui les épouvantent et les jettent dans un état de dépression mentale très notable. — Pour arriver à poser un diagnostic dans ces cas difficiles, il faut essayer de faireparler les malades. On peut reconnaître alors qu'ils ont certaines formes délirantes, absurdes. Ils disent qu'ils n'ont plus de bouche, de gosier, qu'ils sont morts, et en même temps on constate qu'ils ont du tremblement delalangue, du spasme dans les muscles de la face, du tremblement de la parole et de l'inégalité pupillaire. On note pareillement un état spécial congestif de la face qui ne se rencontre pas chez les lypémaniaques dont les téguments, au contraire, pâles el décolorés sont quelquefois frappés d'une véritable anesthésie.
Il est encore bon de noter que lorsque la période de stupeur lypémaniaque est très nettement accusée, les malades tombent dans un état de prostration avec sécheresse de la bouche, qui pourrait aisément être confondu avec la période adynamique des lièvres graves, et dans certains cas, avec la période de coma de certaines intoxications, et de l'urémie eu particulier.