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CHAPITRE VI

Le pronostic des processus lypémaniaques est, comme la plupart des processus psychopathiques, grave, en ce sens que si les accès qu'ils présentent sont susceptibles d'avoir une durée plus ou moins courte, ils sont destinés à récidiver, même au bout de quinze à vingt ans de distance. Ils impliquent par conséquent une prédisposition congénitale du sujet et une tendance fatale à récidiver.

Ils sont susceptibles, soit de rester, ainsi que nous allons le voir, à l'état d'unités nosologiques simples, — soit de se compliquer d'accès maniaques et de former ainsi un groupe nosologique en deux parties — la folie périodique.

Le pronostic de l'accès en lui-même est plus ou moins sérieux, suivant qu'il est simple ou compliqué d'iiallucinations ou d'idées fausses persistantes.

Chez les jeunes sujets, chez les jeunes filles en particulier, lorsqu'il s'agit d'un accès lypémaniaque consécutif à un ébranlement moral réel et légitime (des peines de cœur, un mariage manqué, une émotion d'effroi), le pronostic est en général favorable. — C'est un état de dépression simple, qui peut aller quelquefois jusqu'à une demi-stupeur, sans perte absolue de connaissance et qui se termine heureusement en six semaines ou deux mois.

On peut encore porter un pronostic favorable chez les sujets qui, malgré leur état dépressif, malgré leurs conceptions erronées, conservent encore la liberté de leur intelligence. On est quelquefois surpris de constater chez certains sujets qui sont envahis par des gestes automatiques, qui ont des tics de la face, des attitudes vicieuses, des mouvements inconscients de locomotion, etc., — combien chez eux les facultés intellectuelles sont respectées, et combien ils se rendent compte de leur situation.

Il ne me paraît pas encore possible d'établir à l'aide des données statis-

tiques si les accès de lypémanie vont en s'aggravant au point de vue de l'intensité et de la durée, à mesure que l'individu avance dans la vie.

On rencontre en effet des cas qui peuvent se prêter à différentes interprétations; — j'ai vu, en effet, un certain nombre d'individus qui ont, à deux ou quatre ans de distance, eu plusieurs accès de lypémanie, sans que ces accès devinssent plus graves. — J'ai vu, par contre, des sujets qui dès le premier accès et quelquefois au second étaient arrivés à un état de stupeur incurable. — Il est très vraisemblable que l'état spécial dans lequel se trouvait l'individu envabi, au moment du cboc (au point de vue de ses forces organiques et de sa santé générale), a dû avoir une action spéciale sur l'évolution du processus, et influencer d'une façon notable sur son intensité ainsi que sur sa durée.

Il faut en outre tenir grand compte de l'état organique du sujet envabi, du degré de son énergie morale, de sa vitalité propre.

On voit en effet des jeunes sujets qui au moment de leur formation n'arrivent qu'à un état incomplet de développement physique. Leurs chairs sont flasques et molles, ils sont lents d'allures, paresseux d'esprit et de corps, et en proie à des symptômes d'anémie profonde. Ces organisations incomplètes, si l'on n'y prend garde, sont susceptibles, sous l'influence de causes minimes, de subir un choc dépressif et de tomber dans un état de lypémanie simple. Celle-ci n'est pas alors une maladie mentale à proprement parler, mois l'expression somatique d'un état d'alanguissement général qui plane sur tout l'organisme. Dans ces conditions, le pronostic est, en général, grave, car si la maladie n'est pas prise à temps, les complications viscérales ne tardent pas à se montrer et à entraîner la mort d'une façon progressive et fatale.

L'état lypémaniaque comporte en lui-même des complications sui generis, qui rendent son pronostic relativement plus grave. — Ces complications sont: — le refus d'aliments qui entraine une débilitation rapide de l'organisme; d'une autre part, les impulsions au suicide qui, quoique ayant une durée passagère, exigent néanmoins une surveillance des plus actives, et enfin : — les hallucinations, qui tantôt sous forme de sollicitations fugaces etinstanta nées, et tantôt sous forme desollicitationscontinues, deviennent nn élément de troubles qui engendrent des émotions subjectives (terreurs panophobie), ou des perceptions émotives persistantes. Elles plongent par conséquent les malheureux patients dans un état d'anxiété incessante qui souvent sont le point de départ d'idées de suicide.

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