I.YPÉMA.MES ANXIEUSES
Les lypémanies anxieuses sont caractérisées par un état général de dépression des facultés mentales, par une tristesse apparente plus ou moinsprofonde, accompagnée de l'exaltation des régions émotives, montées a&dessus des tonalités ordinaires, et arrivant à un degré d'incoercibilité complète. (Planche IV, fig. 2 et 3.)
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Les malades ainsi envahis sont pris de terreurs vagues sans motifs, de scrupules incessants. — Ils sont inquiets de tout ce qui se passe autour d'eux; ils sont sans cesse en mouvement, et, chose étrange! au milieu de leur agitation ils conservent une appréciation très nette des choses ambiantes, ils continuent à être lucides.
Cet état spécial de l'émotivité lypémaniaque se développe très fréquemment chez les femmes, etsurtout chez les femmes arrivéesà Tàge de retour (1). Il se manifeste d'une façon lente et progressive, et paraît dépendre nettement d'une prédisposition native de l'individu, plus ou moins apte à s'émotionner, et à trouver dans les moindres choses des sujets d'inquiétude.
C'est ordinairement à la suite d'une peine morale, d'un chagrin de famille plus ou moins légitime, que l'état émotif se développe. Une ou plusieurs crises d'excitation, confondues dans l'intimité de famille la plupart du temps avec des crises nerveuses habituelles, commencent la série des accidents.
Peu à peu, à propos de faits sans importance, l'impressionabilité des malades se développe d'une façon lente et insensible. — Ils se retiennent pendant les premiers temps, ils ont conscience de ce que leur situation a d'insolite et d'incohérent,mais insensiblement quand la force d'entraînement automatique fait tomber les dernières barrières, l'émotivité s'impose de plus en plus et devient impérative et dominatrice.
Il est incontestable qu'un grand nombre de fois cet état spécial de l'élément nerveux, qui entre ainsi en période d'érélhisme, n'est pas le fait exclusif d'incitations extérieures, des chagrins de famille, et de toutes les influences objectives dolorifères qui s'appesantissent sur la sensibilité humaine. — ■ Il faut autre chose pour produire cette exaltation des régions émotives, qui envahit l'individu malgré lui et cela d'une façon aussi subite qu'une attaque de vertige ou une attaque d'éclampsie. Il faut évidemment songer à une perturbation intime, survenue dans les régions profondes de la trame cérébrale, à un processus subjectif de nature hallucinatoire qui, agissant comme foyer d'irritation développée surplace, entretient ainsi les régions émotives en période d'exaltation continue. — L'émotivité, dans ces
(1) VIorel. Du délire panop'wbiquz des aliénés gémisseurs (Ann. mèd.-psucho. 1871 t. II, p. 322. — Du délire émotif. Archives générales de médecine, 1866, 6e série, LYII et VIII.
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m PATHOLOGIE SPÉCIALE. — ISCHÉMIES.
conditions spéciales ne doit donc être considérée que comme l'expression d'une stimulation hallucinatoire sous-jacente et larvée.
Suivez en effet ces malades avec soin, étuii<v.-les à différents moments de la journée, voyez-les quand ils se riaient seuls et non observés, ils parlent avec eux-mêmes, ils marmottent en silence des phrases entrecoupées, et plus tard, dans les dernières périodes, alors que l'activité morbide a produit tous ses effets, ils sont absorbés en eux-mêmes et se comportent comme de véritables hallucinés taciturnes.
Je suis donc porté à croire que les émotifs anxieux ne doivent leurs anxiétés qu'à un processus hallucinatoire fugace et instantané dans les premiers temps, qui leur fait entendre ou voir des choses terrifiantes, et qui, disparaissant momentanément, laisse les région-; émotives orientées dans une direction donnée, cl maintient ainsi cet état d'émotivité d'origine subjective, contre lequel les raisonnements extérieurs sont si complètement inefficaces.
Ces processus hallucinatoires larvés qui paraissent et disparaissent instantanément en ne laissant des traces de leur passage que dans les régions émotives, respectent pendant les premiers temps du moins, les régions intellectuelles qui demeurent indemnes.
Les malades, en effet, une fois sortis de leur préoccupation émotive, peuvent converser avec leur entourage raisonnablement; ils sont lucides, leur mémoire est conservée, ils donnent sur les questions qu'on leur pose des appréciations précises etexactes; mais si l'on cherche à les tranquilliser et à discuter avec eux de l'inanité de leurs frayeurs, on reconnaît bientôt le peu d'effet des efforts tentés, et combien il est inutile de s'adresser au raisonnement intellectuel pour leur donner le calme. — Ils disent toujours qu'ils ont peur, qu'ils ne savent pourquoi, ils s'expriment comme les hallucinés en prenant quelquefois le langage impersonnel : « on m'a dit, on me fait croire. »
Cette catégorie de malades anxieux et lypé maniaques arrive, au bout d'un certain temps à un état d'éréthisme continu au sujet du développement de leur émotivité. Sont-ils seuls dans leur appartement, ils restent debout en piétinant sur place et en gémissant sans cesse. Vient- on à les solliciter à propos d'une promenade,à propos d'un acte quelconque de la vie, pour les déshabillerou les habiller, ce sont les mêmes doléances qui se répètentsans cesse, et les mêmes oppositions incessantes pour faire quoi que ce soit. — Faut-il leur faire prendre leurs repas, même mauvaise volonté et mêmes résistances passives. Ils croyent incessamment qu'on va leur faire
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du mal, qu'on va les conduire au supplice et que l'heure de leur mort est arrivée, etc.
Et malgré tous les désordres des facultés émotives, on est tout étonné de rencontrer en eux une lucidité très nette et une conversation raisonnable. Leur tenue est toujours très soignée et l'on note, la plupart du temps qu'ils recherchent volontiers la société, non pas pour causer et faire acte d'activité, mais pour entendre les autres causer, se mouvoir et essayer d'y trouver ainsi quelques distractions de rencontre.
Dans les phases plus avancées de la maladie, les facultés intellectuelles finissent par subir la contamination des régions du voisinage envahies. Les malades deviennent de plus en plus anxieux, et en m ême temps leur mémoire faiblit et leur intelligence est moins précise. Leurs conceptions roulent dans le même ordre d'idées, ils les répètent incessamment,et peu à peu ne finissent plus qu'à obéir à des actions purement réflexes. Ils répètent les mêmes mots machinalement; ils deviennent gémisseurs, plaintifs, d'une façon continue; lèvent les yeux au ciel, font des gestes de supplications incessantes, s'exclament d'un ton larmoyant et expriment sans cesse devant les personnes qu'ils croient intéresser, automatiquement, sans convictions, les mêmes phrases stéréotypées, les mêmes doléances banales qu'ils formulaient dès les phases du début.
L'état anxieux des régions émotives, une fois qu'il est systématisé dans l'organisme aune allure généralement progressive. Chez les femmes arrivées à la période de retour ; le pronostic est toujours très sérieux, les crises peuvent s'éloigner, mais par cela même qu'elles sont l'expression d'un état hallucinatoire et qu'elles ne dérivent pas d'une cause extérieure très nettement déterminée, il y a tout lieu de supposer qu'elles sont destinées à se perpétuer, en présentant une série de chutes et de rechutes,et à aboutir, finalement, à une démence plus ou moins rapidement accentuée.
La surexcitation émotive, qui, quoique d'origine subjective, n'en est pas moins subie et sentie par ceux qui en sont possédés, devient par cela même une cause d'usure lente et progressive des forces de l'organisme. —Sous le coup de ces incitations incessantes la nutrition se fait mal, les malades ne se nourrissent qu'avec difficulté, leur sommeil est la plupart du temps troublé par des insomnies et des rêves terrifiants, si bien, que peu à peu les appareils de la vie végétative sont intéressés. Après plusieurs années les malades finissent par tomber dans un état de marasme progressif, ou sont enlevés par une affection de poitrine intercurrente (1).
(1) J'ai vu un cas de cegenre se terminer par une atrophie à forme aiguë des muscles de la cage thoracique.