CHAPITRE II
I. ETAT LYPÉMANIAQDE COEXISTE AVEC L EXALTATION DES REGIONS HALLUCINATOIRES
LYPBMANIES HALLUCINATOIRES.— DÉLII'.E MELANCOLIQUE.— DÉLIRE DES PERSÉCUTIONS (1)
Nous ne parlons ici du délire mélancolique que pour le rapprocher des Iypémanies anxieuses, et montrer que si, d'une pari, il s en rapproche par les caractères fondamentaux de l'état lypémaniaque général qu'il partage avec elles; — il en diffère en ce sens, que les régions émotives seules ne sont plus exclusivement en jeu. — Les régions intellectuelles deviennent parties prenantes du processus morbide qui se déroule. Elles s'exaltent, elles participent à la phase d'éréthisme des régions circonvoisines en donnant naissance à une série de conceptions délirantes incoercibles, de nature triste qui constituent le fond même du délire et lui donnent son cachet propre. — Celles-ci sont à leur tour engendrées et perpétuées par des hallucinations ou des illusions incessantes qui sont comme autant de foyers autogéniques destinés à les éterniser dans l'esprit. — Ce sont elles qui, dans les formes graves du délire mélancolique, conduisent insensiblement à la stupeur.
A l'eucontre des Iypémanies anxieuses qui sont presque exclusivement l'apanage du sexe féminin à la période de retour, le délire mélancolique semble de préférence s'adresser au sexe masculin aux périodes moyennes de la vie.
On le rencontre chez des sujets d'un tempérament impressionnable,
(1) Péou. De la mélancolie avec délire. (Ann. méd.-psijcho.) 1875 t. II, p. i08. — Lasègue. Du délire de persécution. (Archiv. générales de médecine, févr. 1852). — Legrand du Saulle. Du délire de persécutlëk. Paris, 1871.
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sensibles à l'excès, chez des hommes de mœurs tranquilles, scrupuleux, ayant fourni honorablement leur carrière.
A la suite, soit d'excès de travail intellectuel, soit d'émotions intimes répétées, soit de tracasseries de famille réitérées, ils se sentent frappés. On les voit devenir tristes, découragés, et cela en dehors de proportion des causes qu'ils mettent en avant. Ils deviennent inquiets, perdent le sommeil, s'adressent des reproches immérités, se sentent envahis par des idées tristes qui les obsèdent et deviennent peu à peu, tout en conservant leur intelligence, incapables d'accepter aucune distraction.
Ce délire actif qui s'organise ainsi emprunte la plupart du temps ses éléments générateurs aux incitations sensorielles. Il y a encore dans ce cas, comme dans les lypémanies anxieuses, une série d'incitations larvées de nature hallucinatoire qui alimentent le mal et le propagent incessamment. — Tantôt le malade a vu des individus suspects qui lui font des signes de mépris; tantôt il a entendu des voix qui l'accusent de crimes et de méfaits injurieux. La plupart du temps, il n'accuse pas même des voix injurieuses, il affirme qu'il est ruiné, déshonoré, que la police le poursuit, que c'est un fait accompli, que ses anciens amis le fuient et se dérobent à son approche.
D'autres fois, ce sont des incitations viscérales qui suscitent des conceptions de nature hypochondriaque. Il dit que son estomac est oblitéré, qu'il a les intestins, la vessie imperforés, qu'il est frappé d'impuissance, qu'il est fatigué à propos du moindre effort, qu'il a la syphilis et qu'il a communiqué la syphilis à toute sa famille (1), qu'il est infecté par le mal d'une façon incurable. Et il répète ces mêmes phrases toujours sur le même ton d'une façon invariable.
Au milieu de ces divagations de l'esprit il est néanmoins bizarre de voir ces malades, malgré leurs douleurs qui semblent les accaparera fond, conserver une certaine lucidité, et en dehors des sujets de leur délire, parler avec aisance des choses ambiantes et chercher même à raisonner leurs fausses conceptions.
Le délire mélancolique ainsi organisé amène fatalement à la suite, surtout dans les premières périodes de la maladie, des idées de suicide qui sont d'autant plus difficiles à déraciner que l'individu a encore sa présence d'esprit et qu'il sait dans une certaine mesure combiner ses effets. C'est là une phase périlleuse à traverser qui heureusement n'a qu'une durée limitée.
(1) Voyez à ce sujet le très intéressant travail deRoquette intitulé : La physiologie des vénériens. Paris, 1865.
PATHOLOGIE SPÉCIALE. — ISCHÉMIES.
Tantôt, lorsque les malades ont conserve le goût des occupations intellectuelles, qu'ils lisent, qu'ils causent, et se raisonnent, le délire mélancolique peut rétrocéder insensiblement par une distraction lente et progressive. — Les portions saines de l'esprit maintenues en exercice arrivent à sauvegarder les portions malades, et l'on voit peu à peu l'état lypémaniaque définitif perdre son intensité et le relèvement des forces morales s'opérer peu à peu.
Dans d'autres circonstances, les choses ne suivent pas une issue aussi favorable. L'état lypémaniaque persiste quoi qu'on fasse. Le redressement ne se fait pas d'une façon incomplète, les conceptions délirantes paraissent s'affaiblir provisoirement ; mais on voit que le malade malgré ce silence apparent, reste absorbé en lui-même, qu'il demeure soucieux quoique lucide, qu'il est indifférent à ses proches, à la gestion de ses affaires, qu'insensiblement une passivité lente et progressive s'est emparée de toute sa vie physique et morale, et que son état s'est aggravé de plus en plus.
Tantôt la maladie suit son cours lentement, progressivement, vers la démence qui arrive sans secousses ; tantôt au contraire, on voit arriver une aggravation rapide des symptômes qui se caractérise par l'état de stupeur hallucinatoire.
Lorsque les phénomènes de la stupeur hallucinatoire doivent se révéler, les symptômes prennent rapidement une allure significative.