DEFINITION, DIVISION
La paralysie générale est un long processus morbide à évolution fatalement progressive, caractérisée :
1° Anatomiquement, par la prolifération scléreuse et interstitielle de la névroglie ;
2° Cliniquement, par des troubles somatiques, l'embarras de la parole, l'inégalité des pupilles, l'affaiblissement de la force musculaire, le tremblement ;
3° Par des troubles psycho-intellectuels, l'amnésie, l'hébétude mentale, el un délire spécial, tantôt de nature ambitieuse, tantôt de nature dépressive et hypochondriaque.
La maladie pendant toute son évolution se révèle sous deux formes symptomatiques très différentes.
Tantôt ce sont des phénomènes d'excitation, d'exubérance fonctionnelle, qui se manifestent principalement avec le délire ambitieux.
Tanlùl ce sont les phénomènes de dépression, de torpidité et d'inertie, avec délire dépressif et hypocondriaque, qui dominent la situation.
De là, deux expressions symptomatiques différentes sous lesquelles la maladie peut parcourir ses périodes.
De là une, division des plus naturelles de la paralysie générale, en formes expansives et formes dépressives (1).
Quelle que soit la forme dans laquelle va se dérouler le processus en évolution, il parcourt des étapes successives qui, confondues entre elles par des transitions insensibles, peuvent néanmoins être divisées en trois périodes :
Une période du début ou d'invasion qui correspond, en général, à toute cette phase indéterminée de la maladie, pendant laquelle l'individu frappé, vivant encore dans son intérieur, commence à donner de l'inquiétude à ses proches, lesquels ne peuvent plus le diriger et comprennent peu à peu la nécessité d'un traitement actif.
La deuxième période correspond au moment où le malade entre dans l'asile. Son état morbide s'est dessiné alors nettement, il a revêtu ses caractères séméiologiques propres, d'excitation ou de dépression, et suit fatalement son cours. C'est en quelque sorte sa période orageuse.
La troisième période est caractérisée par le moment où le malade, ayant perdu progressivement ses forces, devient peu à peu impotent et est obligé de garder le repos, soit assis, soit conclu''.
Ces trois périodes, suivant les cas, suivant les complications, sont susceptibles de se prolonger plus ou moins isolément, les unes les autres, et souvent même de se succéder eu un très court espace de temps (2).
I En dehors des formes expansives et dépressives de la paralysie générale que nous allons passer en revue, il existe une >érie de cas isolés que l'on pourrait appeler : formes mixtes, et qui présentent des anomalies symptomatiques très caractérisées.
C'est ainsi qu'on voit des malades paralytiques avoir à peine le délire ambitieux, être frappés rapidement d'amnésie profonde et de démence.
D'autres fois, la maladie revêt la forme unilatérale, le malade est seulement hémiplégique, il tombe rapidement et récupère quelquefois la faculté motrice d'une façon passante, ou bien encore les malades sont principalement frappés dans les régions mol il- ont l'inégalité des pupilles, du tremblement de la parole, de la faiblesse dans les mouvements, et les facultés intellectuelles sont presque complètement respectées (paralysie générale sans aliénation).
Ces manifestations insolites qui font exception à la symptomatologie générale au point de vue étiologique n'ont pas encore été rattachées à des lésions anatomiques scléreuses qui constituent la variation des symptômes proprement dits.
(2) Voy. la classification des différentes formes de la paralysie générale, proposée par Baillarger (Annales médico-psijc!i.,l8ô'J, p. 328).