‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 213 sur 286 · CAUSES PRÉDISPOSANTES · texte numérisé non relu

CAUSES PRÉDISPOSANTES

1° Évolution naturelle de la névroglie^). —La trame interstitielle des centres nerveux subit chez l'individu vivant, depuis la jeunesse jusqu'à la maturité et la vieillesse, un perpétuel travail de développement organique. — Chez les jeunes sujets, ainsi que je l'ai indiqué dans un travail spécial, le tissu de la névroglie est délicat et mollasse; si bien que, quand on veut enlever les méninges, la pie-mère ne peut pas être énucléée de la surface de l'écorce, si ce n'est par lambeaux.

A partir de la jeunesse confirmée et de l'âge adulte, les éléments de la névroglie se multiplient; ils deviennent de plus en plus résistants, de sorte que, vers l'âge de quarante ans, les méninges sont devenues assez fermes et assez tenaces pour pouvoir s'enlever plus facilement.

A mesure que les progrès de l'âge s'accusent, le travail de durcissement et de prolifération du tissu interstitiel se prononce davantage, si bien que, vers l'époque de soixante ans, les méninges forment une coiffe, qui dans certaines circonstances peut presque tout d'une pièce être enlevée.

Ces détails anatomiques, qui nous montrent la progression insensible du tissu interstitiel dans l'intimité des centres nerveux, sa prolifération constante, et le durcissement simultané de ses éléments, constituent une sorte d'état préparatoire physiologique, qui peut incidemment devenir un processus pathologique, sous le coup d'une surexcitation nutritive incidente. La vitalité de la trame celluleuse peut s'exalter en effet, et convertir son

(!) Lagardelle. Considérations sur VEtiologie de la paralysie générale. Thèse, Paris, 1865 (2) Du développement de la paralysie générale. Société médicale des hôpitaux. 12 avril

;,ir, PATHOLOGIE SPÉCIALE.

mouvement naturel do développement régulier en une véritable hypergenèse morbide.

L'observation clinique prouve que c'est principalement dans la période où l'activité du système nerveux est à son summum, que les manifestations de la paralysie générale se font jour ; et que, d'une manière générale, toutes les causes qui congestionnent les centres nerveux deviennent, par cela même, des incitations irritatives de la névroglie, activant la multiplication de ses éléments et passant par cela même à l'état de véritables facteurs pathogéniques.

Sans vouloir attribuer à ces considérations anatomiques une importance I • 1 ii s élevée qu'elles ne méritent, il est bon néanmoins de tenir compte de ces conditions générales de l'être vivant pour comprendre l'époque delà plus grande fréquence de la paralysie générale, qui coïncide précisément avec la période culminante de la vie. On voit ainsi comment, le terrain étant préparé, il suffit souvent de causes relativement minimes pour provoquer l'apparition du mal. — L'individu est en quelque sorte, en vertu des lois naturelles de son évolution, placé physiologiquement en quête d'une occasion fortuite de cbute, et, sitôt qu'elle apparaît, il succombe.

- Hérédité. — L'influence de 1'bérédité dans le développement de la paralysie générale ne paraît pas aussi nettement démontrée que pour les autres psychopathies. Certains auteurs même rejettent l'intluence héréditaire d'une façon absolue.

/ J'ai vu rarement, en effet, un paralytique ayant eu un père ou une mère morts à la suite de la même maladie, ce sont là des cas exceptionnels. Ce que l'on constate le plus souvent, c'est que les ascendants ont succombé à {\c< accidenta variés de congestion cérébrale.

Mais si la transmission intégrale et directe est obscure, quand on est à même de voir les parents des paralytiques, on constate, la plupart de temps, combien ceux-ci sont irréguliers et incomplets au point de vue de l'équilibre des facultés mentales et des aptitudes intellectuelles.

Ainsi dans près de 1 10 des cas j'ai constaté l'état de faiblesse intellectuelle des parents et surtout des mères. Elles sont incapables d'apprécier la situation de leur fils, alors qu'il est en plein délire et raconte les conceptions les plus étranges, elles laissent leur malade aller volontiers seul dans les rues de Paris, en liberté, considérant comme des vétilles les troubles de la parole et ia perte de mémoire qu'on leur signale. — Ou bien encore, les parents des paralytiques présentent le type de l'individu émotif, disposé à la sensiblerie, à ta loquacité. Ils sont sans énergie, incapables à se décider

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à faire quoi que ce soit, eic. Les enfants qui naissent dans ces conditions d'hérédité sont donc doués, à un certain point, d'un état spécial d'infériorité native qui les prédispose à subir vivement les incitations extérieures, et à ne pas réagir comme le commun des hommes en présence des choses ordinaires de la vie.

Cette prédisposition héréditaire est encore mise en évidence, non seulement par l'état mental spécial des ascendants, mais encore par le cachet propre que présente la lignée collatérale des frères et des sœurs. — Ainsi le même couple, qui donne naissance à un individu destiné à devenir paralytique, donne naissance en même temps à d'autres rejetons qui sont plus ou moins entachés d'un vice originel. — Les frères et sœurs des paralytiques sont, en général, bizarres, soupçonneux, concentrés, difficiles dans leurs rapports sociaux ; leur physionomie est sombre et irrégulière. Très fréquemment ils sont peu aptes à suivre la filière commune et à obéir aux lois naturelles des êtres vivants. Ils n'ont pas suffisamment d'activité pour chercher à se créer une famille; ils reculent devant les devoirs du mariage et restent passivement célibataires.

L'action occulte de l'hérédité se manifeste encore chez l'individu toUj ché, par des imperfections dans sa constitution physique et par des irrégularités dans son activité mentale. Ainsi, j'ai rencontré un certain nombre de fois la paralysie générale chez des sujets de petite taille, chez des individus qui, sans se rendre compte de l'état de leurs forces cérébrales, ont tenté l'impossible pour eux, en soumettant leur cerveau à un travail de surchauffe prolongée, et en voulant quand même, embrasser une carrière qui exigeait des efforts intellectuels prolongés, pour passer des examens et des concours.

Dans d'autres circonstances, c'est du côté de l'évolution du sens génital que l'on constate des anomalies remarquables.

Ainsi j'ai connu un paralytique, âgé de trente-cinq ans, chez lequel les appétitions sexuelles ne s'étaient pas développées. Il n'avait jamais cherché la cohabitation des femmes, et, dans son délire de satisfaction, il se vantait avec ostentation d'être, comme il le disait, une vierge mâle. Le père et la mère de ce jeune homme étaient tous deux dans un état très grand de débilité intellectuelle.

Chez un autre jeune homme de vingt-cinq ans, dont le père était mort apoplectique, dont la mère était émotive à l'excès, loquace et sentimentale, et la sœur atteinte d'hystérie vaporeuse, l'influence héréditaire s'était manifestée par un arrêt de développement des appétitions sexuelles ; si bien que le jeune homme, quoique bien doué virilement, était resté jus-

qu'à l'âge de vingt-cinq ans complètement vierge, physiquement parlant; mais, chose étrange, depuis près de six années il avait nouéavec une dame du monde des relations purement mystiques. Il allait lui rendre visite tuus les jours entre cinq et six heures, il était aux petits soins pour elle; il passait auprès de son entourage pour êlre avec elle du dernier bien et cependant, pendant cinq ans de fréquentations, il ne lui avait jamais rien demandé : il se contentait de ses visites stériles. Jamais chez lui les appétitions sexuelles n'avaient pu s'élever au-dessus de ces froides démonstrations, sans but ni portée.

3 Aye. — L'âge joue un rôle prépondérant dans l'apparition des phénomè .-s de la paralysie générale. — C'est, en effet, à l'époque de la vie où la vitalité des éléments nerveux est à son apogée qu'on la voit plus fréquemment apparaître. Suivant Calrneil, elle ne se montre pas avant vingt-deux ans; elle est rare de vingt-trois à vingt-six ans, elle est fréquente à partir de trente ans et son maximum de fréquence est de trente-cinq à quarantecinq ans.

des relevés personnels sont pleinement continuant de ce que nous venons d'avancer. .Nous avons trouvé que le maximum de fréquence de la paralysie générale était entre quarante et cinquante ans, qu'au-dessous de vingt-cinq ans nous n'avons rencontré encore aucun exemple, et qu'à partir de cinquante ans elle allait en décroissant. Au delà de soixante-dix ans nous n'avons pas rencontré de paralytiques.

L'âge moyen du maximum de fréquence parait être quarante-trois ans chez l'homme, et chez la femme, quarante et un ans.

i Sexe. — Le sexe influe d'une manière très nette sur le développement de la paralysie générale.

Très fréquente chez l'homme, elle est relativement rare chez la femme.

Sur 86 cas de paralysie générale, rapportés par Parchappe, Marcé a noté que 70 ont été recueillis chez les hommes et 16 chez les femmes. el en résumant, dit-il, les observations de Calrneil on trouve que sur 82 faits, 73 ont été fournis par des hommes et 9 par des femmes. En sorte que sur un nombre donné de paralytiques, 1/6 seulement est fourni par le sexe féminin.

Dans les asiles privés celle proporiion serait de 1/12. La cause de cette différence esl facile à indiquer.

Dans les conditions sociales actuelles, l'homme est, beaucoup plus que

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la femme, par sa constitution même, voué à la vie active; sa liberté d'allures lui permet de se livrer plus facilement à tous les excès du corps et de l'esprit, soit àja débauche, soit à l'ivrognerie, soit encore aux Jatigues et aux surexcitations du travail intellectuel et des émotions de la vie^ublique. Les femmes, au contraire, ont en général une existence plus concentrée; elles vivent davantage dans leur intérieur et ne sont pas soumises, comme les hommes, â l'agitation incessante des affaires et à l'activité continue de l'esprit.

Ce qui vient confirmer cette manière de voir, c'est que, parmi le petit nombre de femmes des classes aisées qui deviennent paralytiques, on en trouve une proportion notable qui se sont livrées â la prostitution; et que d'autre part, dans la population des asiles privés, qui se recrutent parmi les classes de la société dont les femmes ont une existence oisive et facile la proportion des femmes paralytiques atteint à peine 1/12.

Sur un relevé de 116 paralytiques, j'ai noté seulement 9 femmes (1).

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