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I. — DU DÉLIRE

Le délire expansif représente la phase d'éréthisme des régions de l'activité psycho-intellectuelle. Il constitue un îles signes spécifiques de la paralysie générale.

Tantôt il accompagne l'excitation, se développe et s'exalte avec elle; tantôt il est indépendant d'elle et se manifeste alors sous une forint1 spéciale, lente et torpide, qui constitue une des modalités les plus intéressantes de la maladie (délire dépressif de la paralysie générale).

Le délire expansif des paralytiques, qu'il soit accompagné ou non d'excitation, présente ce double caractère d'être exagéré, gai, de dépasser la tonalité des choses usuelles, et d'être simultanément niais et incohérent.

Il apparaît comme une conception subjective, automatique, sans avoir aucun appui dans la réalité. Le paralytique dit en effet qu'il est prince, qu'il a des équipages et qu'il gagne 3 francs par jour. Tel autre veut construire une ville en or, — il exprime ainsi machinalement une pensée qui lui traverse l'esprit, sans conviction, sans aucune idée de faire partager cette pensée à celui qui l'écoute. Le paralytique sécrète en quelque sorte et dégage inconsciemment ses conceptions morbides.

Dans les premiers temps il s'irrite bien, si on le discute, il trouve encore quelque prétexte pour ses réponses; si on lui fait observer, par exemple, qu'ayant dit qu'il avait des calèches à quatre chevaux il continuait à marcher à pied : — il répond qu'il préfère marcher ainsi. — Mais cette période est de courte durée et la conception morbide, orientée dans une direction, s'exprime au dehors d'une façon inconsciente, le malade ayant bientôt perdu le sentiment de l'absurde.

Le délire du paralytique a donc comme caractère essentiel d'être dès le début hébété et dément. Il est bien différentencela du délire des hypochondriaques qui, intéressés partiellement dans leur unité mentale, sont encore lucides, et s'évertuent à l'aide des ressources de leur esprit à convaincre leur entourage et à lui faire accepter comme vraies les idées fausses qu'ils ont engendrées. Tandis que le paralytique parle inconsciemment et accepte volontiers certaines idées absurdes qu'on suscite dans son esprit, l'hypochondriaque, au contraire, s'adresse à son entourage, discute, se souvient et fait de la propagande.

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Le délire des paralytiques présente cependant des aspects différents suivant qu'il frappe telle ou telle catégorie d'individus, situés à divers degrés de l'échelle sociale.

Tel, en effet, qui a vécu dans un monde riche n'a pas les mêmes conceptions délirantes que celui qui a vécu dans une position de fortune médiocre. Le premier recherche de préférence des titres honorifiques et s'il a une certaine dose de culture intellectuelle, il parlera de son affiliation avec les savants de toute l'Europe, de ses travaux, de son importance scientifique. L'autre, au contraire, parlera de ses richesses et des acquisitions de toute sorte qu'il a faites.

Chez d'autres encore, heureux au point de vue de la fortune, c'est l'état des forces physiques qui sera l'objet de leurs conceptions délirantes. Ils ont une santé magnifique, des forces inépuisables, ils marchent des journées entières sans se fatiguer, ils créent des enfants tous les jours.

Les manifestations délirantes des paralytiques, malgré leurs modalités différentes, présentent néanmoins entre elles un lien véritable de parenté, qui désigne leur origine commune; — qu'on les appelle idées ambitieuses, de richesse, de satisfaction, etc., c'est toujours la même note fausse qui sonne à l'esprit, et qui révèle un cerveau excité, amnésique, agissant constamment en dehors du réel et inconsciemment hébété.

Ces conceptions -délirantes des paralytiques peuvent être rattachées à quelques types bien définis, se répétant d'une façon nette et précise et constituant, dans le cadrej'des maladies mentales, des caractères séméiologiques doués d'une valeur aussi nette que les différents rhonchus respiratoires, par exemple, dans le cadre des affections thoraciques.

Les principaux types du délire paralytique sont :

lu Le délire ambitieux, subdivisé en délire des grandeurs et des richesses;

2° Le délire d'exagération (4);

3° Le délire de satisfaction.

1° Délire ambitieux. — Les manifestations du délire ambitieux roulent tantôt sur des choses qui touchent à la richesse proprement dite et tantôt sur les choses qui touchent aux grandeurs sociales.

Ainsi, les malades disent qu'ils gagnent beaucoup d'argent, qu'ils ont des

i lj On a, dans ces derniers temps, signalé une nouvelle variété de délire paralytique dans lequel les individus voient les objets en petit. Ils disent qu'ils ont de petits pieds, de petits membres.

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millions, des milliards, des châteaux, des meubles magnifiques, des calèches à quatre chevaux, qu'ils ont gagné des lingots d'or, etc.

D'autres racontent qu'ils sont en rapport avec de grands personnages, qu'ils reçoivent chez eux toutes les tètes couronnées de l'Europe, qu'ils changent les ministères et défont les empires. Ils se donnent des titres pompeux, se disent chefs d'Etat, rois, empereurs. — Un malade disait qu'il était pape et qu'il avait reçu de Dieu le pouvoir de foudroyer les ennemis en leur envoyant des attaques d'apoplexie.

Dans un autre ordre d'idées, on voit des malades qui se targuent de faire des œuvres littéraires et scientifiques d'une grande portée. Ils ont traduit des auteurs par milliers; ils sont en rapport avec tous les savants du monde.

2° Délire $ exagération. — Dans cette forme spéciale du délire d'exagération qui existe quelquefois très nettement isolée chez certains malades, on note une tendance à parler avec emphase de tout ce qui les touche. Ils sentent leurs forces qui se multiplient tous les jours, ils sont plus forts que dix chevaux, ils sont infatigables à la marche, ils pourraient aller de Paris à Lille plus vile qu'un train de chemin de fer.

Ils achètent des propriétés et des objets de valeur plus cher que tout le monde. Us ont des pierres précieuses, montées en broches et en bagues, qu'ils accumulent sur leur personne. Enfin, ils ont des facultés viriles inextinguibles.

3° Délire de satisfaction — Dans une troisième série de symptômes l'éréthisme des facultés mentales s'exerce dans une sphère moins élevée; il y a moins de jactance et d'entrain dans l'expression délirante. C'est le délire de satisfaction qui seul domine alors. L'individu est optimiste, il est content de tout, il est content des autres, il accepte béatement tout ce qu'on lui raconte, il exprime sa satisfaction à tous ceux qui l'entourent. Sa physionomie est souriante et béate, il voit tout en beau, il trouve sa santé magnifique, les objets de toilette dont il s'affuble splendides, il prend au sérieux tous les compliments qu'on lui adresse et en un mot, présente le type parfait de la béatitude complète et du contentement de soi-même poussés au suprême degré.

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