II. — TROUBLES DE L'ARTICULATION' DES SOXS
Les troubles des sons de la parole sont une des manifestations les plus significatives de la paralysie générale, qui permet au médecin d'établir, quelquefois longtemps à l'avance, l'invasion éloignée encore de la maladie,
Les troubles survenus dans l'articulation des sons portent :
1° Sur la façon dont certains mots sont articulés ;
2° Sur le timbre nasonné et le caractère traînant de la voix.
1° Dans les premières phases de la maladie, l'hésitation dans la parole ne se révèle pas d'une façon tout à fait apparente. Les malades s'expriment encore avec facilité, et il faut une certaine habitude d'oreille pour retrouver çà et là quelques sonorités vocales qui avortent, et quelques syllabes incomplètes. Dans ces cas, pour mettre le phénomène en évidence il convient de prolonger la conversation et souvent même de faire lire une page à haute voix.
Quelquefois même l'hésitation est plus apparente, soit le matin, soit le soir.
A mesure que la maladie s'avance, les troubles phono-moteurs deviennent plus accusés.
On constate alors, lorsqu'on interroge le malade et qu'on sollicite une réponse, que même avant d'ouvrir la bouche il y a déjà des mouvements involontaires de la face : ce sont l'orbiculaire des yeux, l'orbiculaire des lèvres, qui entrent automatiquement en jeu et qui produisent alors des contractions incoordonnées. On les voit ouvrant la bouche, et le son articulé ne pas suivre immédiatement. Lorsqu'ils articulent des sons, ce qui frappe surtout dans leur élocution, ce sont des syllabes mal frappées, des attaques de mots qui sont mal sortis, et qui semblent trébucher comme l'individu qui fait un faux pas en progressant ou reprenant sa marche.
Le malade a conscience souvent, par moments, de l'hésitation qu'il a à s'exprimer régulièrement; il s'impatiente alors, il reprend et l'on note quelquefois que cette reprise est accompagnée de bredouillement plus fort. Dans d'autres circonstances, il a conscience de l'effort, refuse de continuer à parler, et reste tout d'un coup silencieux.
(1) Gallopain. De la chjsphasie dans la paralysie générale progressive (Ann. méd.-psych., 1876, t. II, p. 48).
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Peu à peu à ces hésitations du début fait suite un tremblement continu. Le malade parle lentement, d'une voie lente. Ses phrases, claires au début, s'embrouillent à mesure qu'il parle. Le travail de la parole, troublé à la fois dans les régions psychiques où il s'engendre et dans les régions somatiques par lesquelles il se révèle, devient insensiblement plus pénible et pins difficile, et l'on voit un grand nombre d'infortunés qui, comparables à certains aphasiques, expriment avec leur regard et leurs gestes les émotions qui les traversent. Ils ne peuvent plus articuler que \\c> sons défigurés, sans aucune signification et dont ils sentent la complète inutilité, ha parole, dans ces circonstances, finit par devenir impraticable, et dans les derniers temps n'est plus remplacée que par des sons gutturaux; quelquefois elle est complètement éteinte.
2° Le second caractère important îles troubles survenus dans l'expression verbale, c'est le timbre nasonné de la voix et l'allure traînante de la phonation.
Ces caractères n'apparaissent que dansla deuxième période de la maladie, alors que l'affaiblissement parétique, qui plane sur l'ensemble du système musculaire, s'est manifesté, ainsi que Linas l'a signalé, du côté des muscles du pharynx et du voile du palais (1). Les malades, à cette époque, atteints en même temps de disphagie, parlent d'une façon lente et traînante, et le timbre de leur voix prend un caractère nasonné des plus significatifs. Ils parlent véritablement, dans certaines circonstances, comme des individus qui ont une paralysie du voile du palais; et cela, sur un rythme des plus monotones et sans la moindre intonation vivante et expressive. — C'est là un caractère séméiologique d'une grande valeur, qui dénote l'invasion du processus sclérotique dans les régions bulbaires qui tiennent sous leur dépendance l'innervation des muscles palatins et pharyngés.