IL — TROUBLES DE LA MOTRICITÉ
Raideurs musculaires. — Les troubles de la motricité chezles paralytiques déprimés se révèlent particulièrement par delà raideur musculaire.
Tandis que dans les formes expansives le paralytique dépense en mouvements de toute soi te, en sonorités vocales incessantes, le trop-plein d'excitation motrice qui déborde en lui, — dans les formes dépressives, les forces motrices accumulées dans leurs réservoirs restent à l'état statique sans passer à l'état dynamique. — Il semble qu'elles s'accumulent sur place, et alors elles se répandent sous forme de contractures toniques, continues, dans les différents départements du système musculaire.
Voyez en effet ces malades, touchez-les, palpez leurs chairs, leurs bras. Ils sont durs, fermes, contractés. — Essayez de fléchir les bras, vous le ferez difficilement, en faisant effort, comme lorsqu'on cherche à étendre le bras des hémiplégiques. — Essayez encore de les faire asseoir, ils sont raides comme une barre de bois. Sont-ils assis, ils restent rigides sur leur siège, le cou tendu, la face immobile, les traits contractures. Ils ont de la peine à ouvrir la bouche, à avaler les liquides qu'on leur présente; ils les boivent d'une façon maladroite et tremblante. — Il semble que dans certaines circonstances il y ait une sorte de spasme du pharynx, qui les (impèche d'ouvrir la bouche pour articuler les sons et pour
(1) Marcé a rapporté l'histoire d'un m lade qui était resté muet pendant trois mois et qui rompit ce long silence en s'écri ut un jour qu'il était le fils de l'empereur. (Marcé, p. 480).
PARALYSIE GÉNÉRALE. — SYMPTOMATOLOGIE. 577
déglutir (1). — Cherchez encore à obtenir quelque chose de ces malades, soit de les faire marcher, soit de les habiller, de les déshabiller, de les faire s'alimenter régulièrement, ils opposent à tout une sorte d'inertie active et inconsciente pour tout ce qui les concerne; il faut employer des aides pour triompher de la résistance de leurs muscles silencieux et indociles.
Cet état de raideur du système musculaire, qui tantôt est généralisé, tantôt partiel seulement, peut durer une ou plusieurs semaines et quelquefois davantage. Ils demeurent ainsi inertes et raides, parlant peu, exprimant quelquefois d'une façon subite et inopinée les sensations terrifiantes qui les traversent et qui sont le résultat d'obsessions hallucinatoires. — Au bout d'une durée de plusieurs mois d'un état semblable, la démence est complète et ils sont d'emblée, en quelque sorte, arrivés à la troisième période, sans avoir passé par la phase d'excitation. — Dans d'autres circonstances, la raideur musculaire cesse peu à peu; les malades deviennent alors moins inertes et commencent à se mouvoir. — Ils échangent volontiers quelques paroles et entrent insensiblement en conflit avec les personnes qui les entourent.
Néanmoins le délire persiste toujours avec certains caractères et se révèle encore sous forme d'appréhensions vagues ou de conceptions hypochondriaques. Peu à peu, il est remplacé par quelques moments d'excitation passagère. — L'excitation peut alors se présenter sous une forme subcontinue et arriver insensiblement à la démence.
Dans d'autres circonstances, l'excitation monte quelques degrés en plus. Il se manifeste alors une véritable transformation dans l'état du malade qui, peu à peu, et au fur et à mesure que l'innervation psychomotrice se développe en lui, devient loquace, turbulent et entre insensiblement dans une véritable période d'agitation expansive.
Cette transformation des formes dépressives en formes expansives, qui présente des analogies si flagrantes avec les accès alternatifs de la folie à double forme, se rencontre un certain nombre de fois dans l'évolution de la paralysie générale, avec des caractères nettement tranchés qui prolongent la durée de la maladie, — néanmoins la démence, dans un délai plus ou moins rapproché, est toujours l'aboutissant fatal qui vient terminer le cvcle morbide.
(1) Je suis d'autant plus porté à admettre cet état de spasme du pharynx, des muscles du gosier et même de l'œsophage, que j'ai vu certains cas d'aphagie transitoire, n'ayant vraisemblablement d'autre origine, disparaître rapidement, comme certains cas de dysurie par spasme du col, à l'aide du cathétérisme œsophagien.
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