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PERIODE INITIALE

La plupart du temps, pour ne pas dire dans tous les cas, la paralysie générale est annoncée par une série de manifestations qui, n'ayant en elles-mêmes isolément aucun caractère pathognomonique bien précis, forment néanmoins, la plupart du temps, un ensemble significatif d'une certaine valeur.

Lorsqu'on remonte, en effet, dans l'étude des antécédents des malades, on trouve des actes de bizarrerie insolite, des modifications plus ou moins marquées dans leurs goûts, leur caractère et leurs affections. Us deviennent inquiets, querelleurs, indélicats; commettent des actes impudiques sans en avoir conscience, font des absences réitérées de leur domicile, etc. Ou bien ils ont des tristesses émotives, des soupçons imaginaires; ils sont pris d'un accès de dépression qui les porte à fuir le monde; d'autres fois, ils accusent des douleurs vagues du côté de l'estomac, se plaignent incessamment de troubles gastriques. Ils s'inquiètent incessamment au sujet de leur santé, au sujet de leur impuissance virile, etc.

Dans ces premiers temps, la maladie n'est pas encore assez intense pour éveiller la sollicitude de l'entourage. — Les malades sont encore lucides, ils raisonnent leurs idées; — on cherche, à l'aide du raisonnement, à contre-battre leurs tendances, h les rassurer; on temporise ainsi inutilement pendant plusieurs semaines et parfois plusieurs mois. Et pendant ce laps de temps, qui constitue la période prodromique à proprement parler, la maladie pousse ses racines et s'implante de plus en plus dans l'intimité des centres nerveux.

Bientôt, les manifestations que nous venons d'indiquer à l'état d'ébauche s'amplifient et se caractérisent, tantôt sous l'apparence des formes expansées et tantôt sous l'apparence des formes dépressives. C'est la période d'invasion caractérisée qui se révèle alors.

Les malades, qui, dès le début, n'accusaient qu'une simple suractivité intellectuelle, sont entraînés peu à peu à parler et à agir malgré eux. Ils commencent à perdre pied dans le domaine des choses de la réalité, et se noient de plus en plus dans des foules de pensées et de conceptions délirantes. — C'est la période des projets, des entreprises, des achats immodérés, delà loquacité incessante; c'est la période de la déambulation prolongée, des voyages sans motif, des déplacements réitérés, des insomnies

et, on même temps, de l'incoercibilité. — Les malades sont entraînés à agir et à parler, ils n'écoutent plus rien; c'est l'activité automatique des éléments nerveux en période d'éréthisme incoercible, qui domine la scène et les fait ce qu'ils sont.

En même temps, l'amnésie concomitante rend leur délire flasque et incohérent; leur conversation, lucide encore par moments, ne peut se prolonger. Leur attention est vite émoussée, et on les voit, crédules à l'excès, accepter béatement qu'on prenne au sérieux leurs rêveries et qu'on acquiesce à tous leurs projets fantastiques.

(liiez les déprimés les choses prennent une tout autre tournure et cependant arrivent au même résultat : l'obtusion intellectuelle et leur séparation plus ou moins complète des choses de la réalité.

Le malade, qui est poursuivi par des conceptions déprimantes, qui est inquiété sur le jeu de ses fonctions organiques, perd peu à peu courage, il devient moins résistant à la lutte et finit par subir le joug des idées automatiques qui sont engendrées en lui; àleur suite l'agitation, l'inquiétude paraissent. — Use croit ruiné, poursuivi ; il s'accuse de forfaits imaginaires, ne peut rosier en repos et devient insensiblement un objet de tourments et d'appréhension pour tout son entourage.

Cet ensemble des symptômes, qui peut se présenter avec des nuances variées soit en plus, soit en moins, constitue d'une manière générale la première période de la paralysie générale, celle qui est la plus tumultueuse et qui forme la transition entre les dernières phases de l'état de santé qui finit, et les premières lueurs de la maladie qui s'allume.

A partir de ce moment, quelle que soit la forme de la maladie, le malade arrive à un degré tel d'incoercibilité qu'il nécessite immédiatement l'intervention de son entourage, et justifie l'application des mesures tutélaires appliquées à l'homme qui entre dans le domaine de l'aliénation.

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