‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 229 sur 286 · DEUXIEME PERIODE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PERIODE

i" FORMES EXPANSIYES

a. Marche subaiguë des accidents. — La deuxième période de la paralysie générale commence, en général, à ce moment où l'individu, devenu impraticable dans la vie de famille, est placé dans un asile.

Les doux formes principales que nous avons signalées, sous lesquelles la

maladie se révèle, poursuivent dès lors régulièrement leur cours et arrivent peu à peu à leur apogée.

Le délire et l'excitation marchent, la plupart du temps, conjointement. Tantôt c'est le délire, tantôt c'est l'excitation qui prédomine, suivant les individus, et chez les mêmes individus suivant les jours.

Et en même temps c'est l'obtusion intellectuelle qui se caractérise avec le délire et qui se manifeste par une débilité mentale des plus caractéristiques et une crédulité sans bornes.

L'entrée des malades dans les asiles est ordinairement accompagnée d'un certain changement dans la nature du délire et l'ordre des conceptions.

Le paralytique, du moment qu'il est placé dans un milieu nom eau, qu'il est brusquement séparé de son entourage, de ses habitudes journalières, qu'il voit des visages inconnus autour de lui, subit à des degrés divers un certain choc moral, — et ce choc, loin d'être défavorable, est, la plupart du temps, d'une influence utile au point de vue du calme qu'il détermine dans son allure.

Rien n'est en effet surprenant comme de voir avec quelle facilité les malades acceptent leur nouvelle installation. On leur dit qu'ils sont venus pour acheter la propriété où ils habitent; — que le propriétaire va arriver pour traiter cette affaire avec eux; — que des hommes politiques importants leur ont donné rendez-vous dans l'asile, et qu'ils doivent les attendre ; — qu'on les a pris pour des personnages politiques — et qu'on les tient en retraite pour les protéger, etc. Toutes ces nouvelles idées, qui cadrent plus ou moins avec les inclinations latentes du malade, le flattent agréablement. Il accepte plus ou moins ce qu'on lui dit, et comme l'amnésie fait des progrès rapides en un très court espace de temps, les choses du passé ont disparu de sa mémoire pour faire place aux choses de la réalité du jour, et l'on est tout étonné, au bout de quelques jours, de voir que loin de s'exciter, de devenir turbulent et inquiet, il s'est au contraire calmé, sous l'action des idées nouvelles qu'on a suscitées en lui. — Il se croit volontiers le propriétaire de l'immeuble, il en parle comme s'il était à lui, et annonce son intention d'y faire des modifications, des constructions, des cours d'eau, etc. — Ou bien encore, il attend patiemment les personnages importants dont on lui a annoncé l'arrivée, et accepte volontiers de passer pour prisonnier politique.

Ces conceptions, artificiellement suscitées dans l'esprit des malades, alimentent pendant quelques semaines l'activité de leur esprit; mais il faut bien le dire, à mesure que la maladie marche, les éléments de la sphère

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PATHOLOGIE SPÉCIALE, intellectuelle sont peu ;*i pou envahis par le processus morbide; leur régression morphologique s'opère, leur raréfaction s'accentue, si bien que le silence se produit dans les régions intellectuelles par l'anéantissement des éléments actifs. — La démence arrive peu à peu, le malade oublie insensiblement ses conceptions nouvelles, comme il a oublié ses conceptions anciennes, et il arrive ainsi à la troisième période avec obtusion progressive de l'esprit.

a. Marche suraiguë. — C'est ainsi que s'avance le processus morbide dans ses formes subaigués, qui n'ont qu'une allure relativement modérée et s'avancent avec lenteur. — Mais il n'en est pas toujours ainsi; et l'on voit la maladie, principalement dans les formes dites congestives, arriver d'une façon rapide et en quelque sorte galopante, à son apogée, en entraînant les sujets frappés aune mort rapide, dans l'espace d'une ou deux semaines de durée.

Dans ces formes suraiguës, qui sont souvent le résultat d'une fausse direction donnée au traitement, par suite de causes d'excitations multiples, d'écarts de régime, de fatigues extrêmes, d'insomnies auxquelles les malades ont été exposés, on voit les accidents congestifs et maniaques s'avancer avec une extrême rapidité, et l'exaltation s'élever à un degré extrême.

Leur délire est incessant, leur agitation incoercible; ils parlent et vocifèrent sans cesse. — La nuit comme le jour, ils articulent à tous moments des sons inintelligibles; ils sont complètement privés même de lueurs de lucidité et, sous le coup de la violence du mouvement lluxionnaire qui s'opère du cùté de l'encéphale, ils sont pris de mouvements épileptiformes avec grincements de dents, d'attaques de paralysies variées, d'agitation incessante, dans lesquelles ils consument toutes leurs forces, si bien qu'en quelques jours ils sont emportés, épuisés par la violence des attaques et l'inanition contre laquelle on ne peut pas lutter.

i 1 ORMES DÉPRESSI\ ES

Les formes dépressives, quoique ne présentant pas un tableau aussi véhément, se développent cependant sous des allures caractéristiques qui persistent pendant un certain temps, et donnent à la maladie une physionomie tout à fait spéciale.

Les déprimés, en effet, une fois qu'ils sont séparés de leurs proches et de leur milieu habituel, continuent à suivre le cours de leurs conceptions délirantes. — Ils sont, beaucoup plus que les expansifs, dominés par les

conceptions subjectives et, néanmoins, ils assortissent jusqu'à un certain point leur situation nouvelle à leur mode de délire. — Ils disent avec raison que si on les enferme c'est qu'ils sont coupables; — ils acceptent volontiers leur changement de vie; ils restent volontiers taciturnes et muets, ce n'est qu'au bout d'un certain temps qu'ils sortent spontanément de leur état de mutisme et qu'on les voit se promener et participer à la vie commune.

Les hypochondriaques, qui, au début, mettent une certaine verdeur à exprimer leurs conceptions délirantes, perdent peu à peu l'habitude de se plaindre sous l'action envahissante de la démence qui s'avance.

3° FORMES EXPAN3IVES ET DEPRESSIVES ALTERNANTES

Les formes expansives et les formes dépressives qui forment, d'habitude, une symptomatologie propre, sont susceptibles, dans certains cas particuliers, de se succéder l'une à l'autre par nuances insensibles, et, comme dans les processus simples de la folie à double forme, d'alterner pendant un certain temps (1).

Cette manière d'être de la paralysie générale, qui se présente assez rarement, offre néanmoins des particularités curieuses. — On voit ainsi, en suivant les malades pendant plusieurs années, le même individu passer par des nuances décroissantes de l'enjouement, de la gaieté avec excitation, de l'exaltation loquace, aux nuances assombries de la tristesse, de la morosité et du découragement le plus complet.

Ces états nlternatifs, qui cependant ne sont pas susceptibles de se répéter un grand nombre de fois, et qui durent en moyenne six semaines à deux mois pour l'une ou l'autre période, finissent par s'atténuer au bout d'un certain temps et, à mesure que la période de démence se prononce, par s'uniformiser d'une façon complète et par ne plus présenter que des nuances effacées de leurs anciennes formes.

On voit par conséquent l'alternance se manifester avec des caractères d'autant plus tranchés qu'on examine les malades à une période plus rapprochée du début.

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