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STRUCTURE DU CERVEAU

1° STRICTLRE DE IiA SIIBSTAWCE CORTICALE

Limitée aux applications directes qu'elle peut fournir aux études de la pathologie médicale, la description du cerveau doit être faite, pour les médecins voués à cet ordre de recherches, dans des conditions spécialement déterminées et réduites au strict nécessaire.

Il va de soi que, les connaissances générales de l'anatomie descriptive étant acquises, le médecin aliéniste ne doit se préoccuper que de connaître à fond la structure intime des éléments nerveux et les rapports des différentes pièces de l'appareil cérébral les unes vis-à-vis des autres.

Il doit en outre être familiarisé avec les différents aspects de la topographie cérébrale normale, et connaître d'une façon précise les proportions des différents plis, leur configuration physiologique, ainsi que celle des sillons principaux qui les séparent.

Cette connaissance delà morphologie cérébrale physiologique est actuellement, ainsi que nous l'avons déjà exprimé, d'une absolue nécessité ; car, plus l'examen des cerveaux d'aliénés est fait avec soin, plus on est à même de pouvoir constater avec certitude des anomalies morphologiques, des irrégularités de forme, des conformations vicieuses de tel ou tel pli, lesquelles avaient complètement échappé à l'attention des observateurs précédents.

Pour répondre à ce double point de vue, nous avons pensé qu'il était nécessaire de procéder ainsi que nous l'avons fait : — de donner d'une part une idée d'ensemble de l'organisation du cerveau, telle que nous la concevons et telle que nous l'avons précédemment exposée dans nos premiers travaux, en passant rapidement en revue les connexions diverses des éléments de la substance grise avec ceux de la substance blanche. — Nous

-jj ANATOMIE.

tnons donc tout d'abord l'étude de Pécoree, puis colle des noyaux centraux, etc., et ensuite nous présenterons une description condensée de la topographie corticale, faite autant que possible d'après des types normaux

FlG. 9. — Côté gauche de la figure : schéma des 'rapports des fihres blanches cérébrales avec les noyaux centraux. — Côté droit : représentation demi-schématique des mêmes détails : 1, 1' 1", fibres commissarantes intereorticales de Graliolet; — 2,2' 2", les mêmes, — 3, couche optique; 3', pénétration des libres convergentes amincies dans la couche optique; — 4, i, cellules de l'écorce dans leurs rapports avec les fibres convergentes et les noyaux centraux; — 5, 5', fibres blanches à directions convergentes;— G, G', centres médians thalamiques ; — 7, 7', substance thalamique grise centrale du troisième ventricule; — 8, 8',masse du corps strié péri-thalamique; — 9, 9', centres moyens thalamiques; — 11.11', noyaux rouges de Stilling; — 12, 12', bandelette accessoire (nucleus Luysii); — 13, 13', dépôts gris de SœmmeriDg; — 14, M', dépôts gris de la protubérance ; — 15, 15', dépôts gris des corps olivaires; — lli, libres cérébrales convergentes sur le noyau rouge de Stilling; — 17, fibres cérébrales convergentes sur la bandelette accessoire (nucleus Luysii). — 18, 18', Obrcs cérébrales convergentes sur les noyaux olivaires.

destinés à servir de guides pour l'appréciation de ces déviations pathologiques que l'on trouve si fréquemment dans les cerveaux d'aliénés.

L'étude anatomique du cerveau nous révèle d'emblée les particularités uivantes. — Chaque lobe cérébral est constitué :

1° Par des amas de substance grise;

2° Par des dépôts de substance blanche disposés d'une façon spéciale, (fig. 9).

Les agglomérations de substance grise occupent :

1° La périphérie du lobe sous forme d'une lame grise onduleuse, repliée un grand nombre de fois sur elle-même et acquérant par cela même un vaste développement dans un espace, limité ;

2° Sous forme de masses grises, où elles sont condensées dans les régions centrales du même lobe (noyaux opto-striés, noyaux sous-optiques).

La substance blanche est interposée entre ces deux départements de substance grise, et les fibres excessivement multiples qui la constituent servent à relier les régions périphériques du lobe aux régions centrales (sys-

Frc. 10.

tème des fibres convergentes) ou bien à unir entre elles les régions homologues de chaque lobe (système des fibres commissurantes).

Les choses étant ainsi disposées, la conception anatomique sous laquelle le cerveau peut être régulièrement défini, tant chez l'homme que chez les vertébrés, peut être ainsi formulée : Le cerveau est V ensemble des éléments gris de Vécorce reliés aux noyaux centraux (noyaux opto-striés et noyaux sous-optiques) et conjugués aux régions grises homologues de l'hémisphère opposé.

De l'écorce cérébrale.

L'écorce cérébrale représente une lame de substance grise, onduleuse, repliée un grand nombre de fois à la surface de la substance blanche centrale, sur laquelle elle se moule exactement, et qu'elle accompagne dans ses régions acuminées et dans toutes ses anfractuosités (fig. 9).

£6 ANATO.MIK.

On peut la considérer à ses débuts à la face interne de l'hémisphère, au

niveau de la région dorsale du corps calleux, dans la circonvolution callosomarginale, clla suivre dans ses plis et replis comme une étoffe qui se déploie. A la face interne (fig. 9 et 15) de l'hémisphère, d'ahord on la voitqui commence au-dessus des corps calleux (circonvolution calloso- marginale), puis on la suit sur sa face externe tout entière, sur laquelle elle s'étale de toutes paris pour venir, au terme de sa course, s'enrouler sur elle-même en forme de volute et constituer ainsi la circonvolution de l'hippocampe (fig. 10).

A l'état normal l'épaisseur de la suhstance grise étant à peu près égale partout, il en résulte que les sommets des circonvolutions sont tous à peu près sur le même plan. — Dans certains cas pathologiques (la démence, la paralysie générale) il se fait des effondrements de la suhstance grise en vertu desquels certains groupes de circonvolutions sont en sous-sol par rapport aux régions environnantes et forment ainsi des dépressions de nature atrophique remplies de liquide séreux.

L'étude des propriétés physiques de l'écorce est un des points de son histoire les plus intéressants à connaître, et, à l'exemple de Parchappe, je m' saurais trop engager les médecins qui s'occupent de pathologie mentale à avoir dans l'œil, par une inspection réitérée, les différents aspects sous lesquels elle se présente, même dans les conditions normales (1).

Coloration. — La coloration de l'écorce est normalement gris jaunâtre et légèrement transparente sur des coupes fraîches. Les régions sous-méningées affectent plus particulièrement cette teinte grisâtre et gommeuse. Les régions profondes sont généralement plus rosées; ces deux teintes se marient ensemble d'une façon insensible.

La coupe de l'épaisseur de l'écorce est en général homogène. Ce n'est que dans les régions occipitales que l'on constate l'existence d'un liséré blanchâtre serpentant dans la masse même de l'écorce et que Yicq-d'Azyr a particulièrement signalé. Les capillaires sont en général peu apparents.

Chez l'enfant et le jeune homme la coloration de l'écorce est beaucoup plus homogène que chez l'adulte; elle est d'une teinte uniformément grisâtre. Chez le vieillard, par suite de la dégénérescence granulo-graisseuse des cellules nerveuses, elle affecte une coloration blanc jaunâtre très nettement accusée.

(1) Parchappe, Traité de la folie. Observations d'état sain du cerveau (p. 375). 1841.

Chez le nègre la coloration de l'écorce, ainsi que celle des membranes, est plus foncée que chez le blanc (1).

L'épaisseur de la couche corticale est à peu près la même dans toutes les régions ; cependant on peut dire que dans les circonvolutions frontales elle s'élève à environ trois millimètres et dans les circonvolutions occipitales à deux millimètres seulement. — J'ai vu, dans certains cas pathologiques (la paralysie générale entre autres), l'épaisseur de la couche corticale de la circonvolution calloso-marginale atteindre à peine un millimètre.

La consistance est en général ferme et élastique; dans les conditions physiologiques les méninges doivent pouvoir être enlevées sans entraîner avec elles des fragments de la substance grise.

Structure. — L'écorce est constituée par des éléments anatomiques fixes, — des cellules, des fibres nerveuses, des éléments de la névroglie, des capillaires tous disposés suivant une ordonnance régulière.

A l'examen méthodiquement pratiqué on reconnaît qu'elle se décompose en une série de couches superposées analogues aux couches stratifiées de l'écorce terrestre. — Baillarger (2), le premier, a parfaitement décrit ces apparences qui sont évidemment l'expression de la réalité. On connaît le procédé qu'il a indiqué, et qui consiste à regarder par transparence une tranche mince de l'écorce comprise entre deux lames de verre. En ménageant la pression, on voit alors que la substance grise se décompose en couches superposées inégalement teintées. Ces données ont été généralement admises, et actuellement le principe général de la stratification des différentes couches de l'écorce persiste, est accepté par tous les anatomistes; seulement l'intervention des moyens perfectionnés de la technique histoîogique a notablement modifié les idées premières émises par Baillarger et montré que le problème était infiniment plus complexe qu'il ne l'avait tout d'abord supposé.

Sur des coupes de circonvolutions convenablement préparées et rendues transparentes, on constate en effet les particularités suivantes :

Toute l'épaisseur de l'écorce est constituée par un plexus de cellules nerveuses partout continues, tant dans les régions profondes que dans les régions sous-méningées.

(1) Ce fait a été signalé par Meckcl en 1753 et mis de nouveau en lumière par les travaux de Gubïer (Mémoires d'anthropologie, t. I, p. 57) et de Rroca {Bulletin d'anthropologie, 1860, p. 50, et Annales médico-psychol., 18(38, t. I, p. 115).

(2) Baillarger, Mémoires de l'Académie de médecine, 184-0.

Les cellules affectent toutes le type pyramidal précédemment indiqué. Les plus volumineuses occupent les zones profondes de I'écorce (pi. II, fig. 2); les plus petites, celles qui sont sensiblement triangulaires, occupent les régions sous-méningées (pi. II, fig. 1), et les portions intermédiaires sont occupées par îles rangées de cellules qui forment la transition entre les deux régions précédemment indiquées.

Les cellules de I'écorce offrent cette particularité remarquable que, représentant une pyramide, chaque sommet de chaque pyramide regarde dans la même direction vers les régions sous-méningées. On pourrait ainsi les comparer à une série d'aiguilles aimantées orientées toutes vers la même direction du pôle.

La base de chacune de ces cellules reçoit les prolongements nerveux, .1 leur sommet funiculaire, divisé en filaments multiples, va se perdre dans les zones situées supérieurement (pi. I, fig. 1).

Elles présentent dans leur ordonnancement cette disposition des plus intéressantes : c'est que, d'une part, elles sont associées les unes avec les autres dans le sens latéral, de façon à former à travers I'écorce des réunions de cellules qui se donnent en quelque sorte la main, et que, d'autre part, elles sont superposées les unes aux autres en formant des stratifications régulières (pi. II, fig. 2).

On a cherché à dénombrer le nombre des zones stratifiées qui constituent I'écorce; certains auteurs ont décrit six couches seulement. Cette façon de procéder me parait tout à fait en désaccord avec la réalité; car non seulement il n'y a pas dans la masse de I'écorce des cellules nerveuses ayant les caractères spécifiques qu'ils ont signalés, mais encore le nombre des zones me paraît beaucoup plus considérable, et en le réduisant au minimum, je ne crois pas être démenti en disant que dans leur ensemble elles peuventètre évaluées en moyenne à vingt-cinq et trente pour les circonvolutions frontales.

Les fibres blanches sur lesquelles la substance grise de I'écorce est appliquée pénètrent dans sa masse sous forme de fascicules incurvés et parallèles; ces fascicules se résolvent en filamentsultimes qui se faufilent au milieu des différents groupes de cellules et peuvent être suivis jusque dans les régions sous-méningées (û^. 5).

Les éléments de la névroglie sont très abondammentrépartis dans I'écorce. Ils forment au milieu des cellules un feutrage serré qui les enserre de toutes parts, et à la surface ils constituent une cuticule spongieuse qui s'étend sur l'ensemble de la substance grise (pi. II, fig. 1).

Tel est le type général suivant lequel sont régulièrement ordonnancés les éléments anatomiques de l'écorce. On s'est demandé ajuste titre si, par cela même que ses différents territoires paraissaient doués d'aptitudes dynamiques différentes, on trouverait des différences anatomiques suffisamment significatives. Ces prévisions se sont réalisées dans une certaine mesure.

Nous avons indiqué déjà l'épaisseur plus grande des circonvolutions des régions frontales par rapport à celles des régions occipitales. Ce fait implique déjà l'idée que les éléments nerveux sont beaucoup plus abondamment répartis dans les premières que dans les secondes. — Les circonvolutions occipitales qui sont pourvues de ce liséré blanchâtre indiqué par Yicq-d'Azyr sont en général constituées par des cellules d'un volume relativement moyen; elles sont disposées suivant le même plan général de stratification, mais leur aspect ne présente pas de contraste. Dans ces mêmes régions la cuticule de névroglie superficielle m'a jusqu'ici paru avoir une épaisseur plus considérable qu'ailleurs.

Les régions corticales du lobe paracentral offrent un caractère très nettement accusé. C'est là que l'on trouve principalement les cellules géantes, qui sont toutes disposées par petits groupes dans les parties profondes

La circonvolution de l'hippocampe peut être conçue, ainsi que nous l'avons indiqué, comme la terminaison de la lame grise onduleuse qui représente l'écorce dans son déploiement sur la substance blanche cérébrale. Il résulte de ce mouvement d'enroulement que les éléments histologiques inclus sont entraînés par cela même et apparaissent sous des aspects variés suivant qu'on pratique une série de coupes perpendiculaires à l'axe de cette circonvolution et qu'on les saisit aux différentes périodes de leur enroulement (fig. 10).

La substance grise des corps godronnés représente une région presque inconnue de l'écorce cérébrale, et qu'on laisse volontiers dans l'ombre faute de l'avoir étudiée suffisamment. Celte ligne de substance grise, qui déborde en effet à la surface interne de l'hippocampe, n'est autre qu'un dépôt onduleux de substance corticale à l'état rudimentaire. Les dentelures dont elle est pourvue, examinées à de faibles grossissements, se présentent sous l'aspect d'un liséré de substance grise comprenant dans sa partie centrale un paquet de fibrilles blanches qui les érigent à l'état de véritables plis cérébraux rudimentaires.

Au point de vue de la symétrie de l'ensemble, les plis embryonnaires des corps godronnés obéissent aux lois générales de la disposition des fibres de l'écorce. Ils se relient aux régions centrales par des fibres convergentes

20 ANATOMlE.

spéciales, qui ne sont autres que les tractus de Lancisi. Ils sont pareillement commissures d'un côté à l'autre par nue série de fibres transversales que l'on décrit communément sous le nom àepsalterium.

Les cellules de l'écorce présentent encore cette antre disposition remarquable : c'est que non seulement elles sont commissurées entre elles à l'aide de leurs prolongements radiculaires, mais encore elles sont associées plis par plis, par une série de fibres curvilignes blanchâtres situées à la base de chaque circonvolution. — Ces fibres, signalées pour la première fois par Gratiolet (fig. 0 : 1,1', 1", et 2,2',2"), se voient bien sur des pièces convenablement durcies et préparées. On peut en effet mettre en relief cl suivre d'un groupe de circonvolutions à l'autre des paquets de fibres curvilignes formant des commissures intercorticales très nettement accusées et dont les extrémités effilées se perdent dans les réseaux des cellules de chaque pli contigu.

Ce sont ces fibrilles transversales commissurantes qui, très accentuées dans certaines régions, les occipitales entre autres, constituent le liséré de Vicq-d'Azyr, et qui, dans d'autres régions inégalement apparentes, forment cesslriationsque Baillarger a décrites le premier et qu'il considérait comme formant des zones indépendantes.

En résumé, l'écorce cérébrale est constituée par un nombre infini de cellules anastomosées transversalement et stratifiées régulièrement dans le sens de la profondeur.

Les cellules de petite dimension occupent les régions les plus superficielles; celles de plus grande dimension, les zones profondes.

Les libres blanches se répartissent au fur et à mesure de leur arrivée dans les différentes zones de cellules.

Il résulte donc de ces dispositions :

1° Qu'il y a une solidarité intime, grâce aux commissures multiples et aux anastomoses serrées, entre les différents éléments qui composent l'écorce. Les régions profondes sont solidairement associées aux régions superficielles, et, suivant le sens de la propagation de l'incitation dans le sens latéral, les cellules sont toutes solidaires les unes des autres;

2° Que chaque zone stratifiée représente une limite spéciale, un territoire isolé et indépendant, pourvu d'un système spécial d'irrigation vasculaire (fig. 23 et 24).

On peut donc dire que, si chacune d'elles peut participer aux actions d'ensemble, elles peuvent encore conserver dans de certaines limites un

certain degré d'autonomie fonctionnelle et d'indépendance propre (1).

Quant à la question de savoir quel est le rôle dynamique spécial réservé à telle ou telle zone de cellules corticales, nous ne sommes encore à ce sujet que dans le vague des hypothèses.

On peut cependant hasarder l'opinion suivante : L'anatomie'nous montre qu'il y a dans la structure de l'écorce de petites et de grosses cellules intimement associées; elle nous montre pareillement que dans la contexture de l'axe gris de la moelle les mêmes éléments se retrouvent. Or la physiologie et la pathologie nous indiquent d'un autre côté que là où il y a de grosses cellules, ce sont les phénomènes de motricité qui dominent, et que là oùjl y a de petites cellules, ce sont les phénomènes de sensibilité qui apparaissent.

L'analogie la plus légitime nous autorise donc à admettre (en transportant ces mêmes données à l'interprétation des énergies dynamiques de l'écorce) que les régions sous-méningées, occupées par des ramifications de petites cellules, doivent être vraisemblablement le siège des phénomènes de la sensibilité, et que les régions profondes, occupées par les grosses cellules, doivent être plus particulièrement en rapport avec les manifestations de la motricité. — La découverte des cellules géantes dans les régions profondes de certaines circonvolutions appartenant aux régions psychomotrices vient encore donner un nouvel appui à celte interprétation (2).

En somme, la comparaison des différentes stratifications et ordonnancements des zones de l'écorce porte à considérer celle-ci comme un appareil sensitivo-moteur conçu sur le même plan général (mais avec une richesse et un perfectionnement extrêmes) que les appareils sensitivo-moteurs de la moelle épinière. — Les éléments qui la constituent sont à la fois aptes à servir de réceptacles aux phénomènes de la sensibilité et aptes à engendrer des actions motrices ; et leur mode d'arrangement est tellement bien organisé, que des groupes de cellules peuvent fonctionner tour à tour soit isolément» soit d'accord avec ceux de la même zone, les courants nerveux qu'elles engendrent étant susceptibles de se diffuser soit dans le sens transversal, soit dans le sens de la profondeur.

Nous verrons plus loin combien ces simples données sont susceptibles d'avoir des applications fécondes pour l'interprétation d'une série de phé-

(1) On comprend quelle portée spéciale cette simple disposition anatomique peut avoir pour l'interprétation physiologique des localisations cérébrales.

(2) Voy., au sujet de la répartition des grosses cellules dans les différents territoires de l'écorce, le travail de Bewan Lewis (Revue des sciences médicales, 1878, p. 405).

Qomènes de la pathologie mentale proprement dite (automatisme, impulsions automatiques, délires partiels avec conscience et inconscience), et combien un grand nombre d'états psychopathiques variés sont logiquement interprétés dans leur mécanisme intime, soit par l'indépendance fonctionnelle de certains groupes de cellules, soit par leur synergie d'action et leur entraînement réciproque.

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Les masses centrales grises qui constituent les points de convergence vers lesquels gravitent toutes les fibres blanches cérébrales se subdivisent en deux agglomérations principales :

1 Les noyaux opto-striés;

■2 Les noyaux sous-optiques (fig. 9 et 14).

Si l'on compare l'écorce dans sa totalité, dans chaque hémisphère, à une sphère creuse ou bien à la circonférence d'une roue, les masses grises centrales représentent soit le centre de cette sphère, soit le moyeu de cette .roue, et les fibres blanches, qui relient la périphérie au centre, les rayons de cette roue.

Les éléments nerveux ainsi conjugués constituent l'appareil cérébral proprement dit, dont toutes les parties sont tellement rendues solidaires entre elles, que les ébranlements des unes retentissent fatalement, motu proprio, sur l'activité des autres. — Une incitation, en effet, vient-elle à se manifester dans les régions centrales: rien que par la disposition des parties, elle est dispersée naturellement dans les régions périphériques de l'écorce (fig. 9), — et réciproquement, lorsque telles ou telles régions de l'écorce sont en activité, les mêmes incitations vibratoires à directions convergentes trouvent dans les fibres blanches des voies de communication qui les transmettent dans les régions centrales, d'où elles sont exportées au loin vers les différentes régions de l'axe spinal.

A. — \OVtl\ OPTO-STRIÉS

Conclu1 optique. — La couche optique, qui doit nous occuper tout d'abord, joue dans l'agencement des fibres cérébrales un rôle prépondérant. Elle est le centre, à proprement parler, de l'hémisphère auquel elle appartient (1)

(1) On peut s'assurer de cotte disposition en examinant L'hémisphère cérébral par sa l'ace interne et en mesurant avec un compas la masse cérébrale qui est en avant comparée

NOYAUX OPTO-STRIÉS. 33

(fig. 9 et 11); aussi est-elle l'aboutissant de laplupart des fibres cérébrales, lesquelles, émergées des profondeurs de Fécorce, tant des régions supérieures que des régions inférieures — des postérieures aussi bien que des antérieures, viennent se juxtaposer, les unes à côté des autres, autour de sa région externe comme de véritables rayons convergents. Ces fibres constituent ainsi la couronne rayonnante de Reil. Elles pénètrent dans sa masse et

Fig. 11. — Schéma des rapports de l'écorce et des noyaux centraux dans le sens antéro-postérieur du

cerveau. — 1, l',l", fibres commissurants intercorticales Je Gr^tiolet. — 2, couche optique. 3, noyau

thalamique antérieur. — i, noyaumoyen. — 5, noyau médian. — 6, noyau postérieur. 7, substance

thalamique grise centrale du troisième ventricule. — 8,9, fibres de provenance sensorielle afférentes aux différents noyaux thalamiques. — 10, 10', masse du corps strié périthalamique. — 11, 11, fibres cérébrales convergentes allant au corps strié (fibres cortico striées). — 1-2, noyau rou<*e de Stillin"- avec son contingent 12' d'origine cérébelleuse (pédoncule cérébelleux supérieur entrecroisé). 13, Bandelette accessoire (nucleus Luysii) avec ses fibres afférentes cérébrales. — 14, dépôts gris de Sœmmering avec les fibres afférentes cérébrales. — 15, dépôts gris de la protubérance avec les fibres afférente.* cérébrales. — 16, dépôts gris des corps olivaires avec les mêmes fibres cérébrales afférents et le contingent cérébelleux (pédoncule inférieur cérébelleux.

s'éteignent sous forme de filaments effilés, dans ses noyaux isolés (fig. 11 et 12).

à celle qui est en arrière de la couche optique; on voit aussi que la couche optique occupe approximativement le milieu de chaque hémisphère.

Ll'YS. 'A

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Ces fibres cérébrales se combinent alors avec les réseaux de cellules qui s'y trouvenl el établissent ainsi des rapports intimes entre les cellules des régions périphériques et celles des régions centrales (fig. 9 : 3' et 9).

D'une;! utre part, les couches optiques reçoivent, dans leurs réseaux chacune isolément, le contingent des fibres irradiées de la périphérie sensorielle (fig. 10 : 7, 8 et 9). si bien que dans leur masse, ces deux éléments nerveux émergés des pôles opposés du système, se trouvent réunis en un rendezvous commun pour entrer en conflit réciproque.

La couche optique, qui représente donc par excellence le noyau central de l'hémisphère et la clef de voûte de son organisation, est nettement isolée au sein de la cavité des ventricules; elle n'adhère au tissu cérébral que par sa lace externe, par laquelle les filtres blanches de la couronne rayonnante viennent l'aborder.

Au point de vue de sa structure, elle est essentiellement constituée par deux éléments anatoraiques fixes :

1° Les noyaux;

2° La substance grise centrale, qui tapisse la face interne du troisième ventricule.

1° Les noyaux de la couche optique m'ont paru jusqu'ici être au nombre de quatre (fig. 10: 3, i, 5, <*> et fig. 9). Ils sont formés par de petites agglomérations de substance grise nettement isolée, placées nettement les unes en avant des autres suivant le sens antéro-postérieur. Ils constituent ainsi la couche optique à l'état de véritable ganglion congloméré occupant le centre du lobe cérébral correspondant.

Le noyau antérieur, décrit sous le nom de corpus album subrotundum, est une petite agglomération nettement isolée de substance grise du volume d'un gros pois (fig. 10 : 3). — Il occupe les régions les plus antérieures de la couche optique et fait nettement saillie à sa surface. Comme fibres afférentes, il reçoit les fihres les plus antérieures du tœnia semi-circularis, qui se dispersent dans sa substance, et proviennent inférieurement du ganglion olfactif. Cette agglomération de substance grise est particulièrement ^ très accentuée chez les espèces animales dont les nerfs olfactifs ont un grand développement.

En arrière du noyau antérieur est un noyau plus volumineux (noyau

NOYAUX OPTO-STUIÉS. 35

moyen) (fig. 9:9, 9';etfig. 11 : 4). Il se prolonge avec la substance grise centrale, avec le tubèr cinereum et les racines grises du nerf optique. Les noyaux moyens droit et gauche, sont intimement conjugués à l'aide des fibres de la commissure grise.

Serres a signalé un cas pathologique dans lequel une hémorragie siégean au niveau de la commissure grise avait été suivie de cécité. Dans un certain nombre de cas, chez des individus aveugles depuis plus ou moins longtemps, j'ai quelquefois rencontré une véritable raréfaction de tissu avec dégénérescence des éléments anatomiques de la région.

En arrière du noyau moyen et au milieu de la substance même de la couche optique on trouve encore un autre noyau, isolé, sphéroïdal, moins volumineux que le précédent; il est de coloration blanchâtre et occupe le centre môme de la couche optique (fig. 9: 6, 6' ; et fig. il : 5).

J'ai proposé d'appeler ce noyau, que j'ai le premier figuré et signalé dans mon atlas à l'attention des anatomistes sous le nom de noyau médian. — Ce noyau qui reçoit un bouquet de fibres ascendantes d'origine spinale et qui, d'autre part, est en rapport avec différentes régions de l'écorce, me parait être le lieu de passage des impressions sensitives avant leur irradiation vers l'écorce (1).

Enfin, en arrière, au niveau de la commissure blanche postérieure e juxtaposé aux tubercules quadrijumeaux supérieurs, existe encore un noyau isolé de substance, grise dont les limites sont plus vagues que celles des noyaux précédents, et qui paraît être en rapport avec le passage des impressions acoustiques (fig. 11 : 6). Ce noyau en raison de sa situation peut être dénommé le noyau postérieur.

Chez deux sourds-muets dont j'ai eu l'occasion d'examiner le cerveau, j'ai rencontré des dégénérescences scléreuses avec corpuscules amyloïdes très nombreux dans ces régions postérieures des couches optiques, que je considère comme le lieujde passage des impressions acoustiques avant leur irradiation définitive vers les régions occipitales de l'écorce qui sont leur champ de distribution particulier, ainsi que j'ai eu l'occasion de le constater sur un certain nombre de sujets frappés d'ancienne surdité.

2° La région centrale grise, qui occupe la partie interne du troisième ven-

(1) J'ai vu et recueilli avec pièces à l'appui, un certain nombre de cas d'hémianesthésie d'origine cérébrale avec altération limitée exclusivement au noyau médian.

Ces faits réunis sont destinés à fournir les matériaux d'un travail spécial sur la matière

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tricule et qui n'est autre que la lace interne de la couche optique, représente la continuité des plexus nerveux centraux de la substance grise de la moelle épinière (fig. 0 : 7 et 7') prolongée dans le cerveau.

i.iMiv ci s'étalent en effet au niveau du quatrième ventricule ; ils se condensent ensuite sous L'aqueduc de Sylvius, et de là, sous forme de prolongements antéro-postérieurs, tapissent les parois internes du troisième, sous forme de deux processus antéro-postérieurs qui vont s'amortir et se confondre sur la face interne de la cloison.

Ce département de substance grise spéciale, qui se distingue aisément par sa coloration grisâtre et sa transparence particulière, représente clans la constitution du système nerveux un élément fondamental et, en quelque sorte un axe central sur lequel toutes les fibres convergentes des régions périphériques viennent successivement apporter un contingent de fibrilles grises sympathiques. — Ce rôle d'appareil de concentration, qui est si bien marqué pour les nerfs rachidiens, se continue dans la cavité encéphalique, et on voit, en effet, les racines grises des nerfs olfactifs et optiques aller régulièrement s'implanter clans sa substance en formant ces agglomérations si caractéristiques — la substance grise de la cloison et celle du luber cinereum.

Les éléments ue la substance grise centrale forment donc un réticulum partout continu, depuis les parties inférieures de la moelle épinière jusqu'aux régions les plus antérieures du cerveau. Elle devient aussi le réservoir commun clans lequel tous les cordons nerveux périphériques vont successivement apporter un contingent spécial de fibres grises sympathiques et la voie de propagation naturelle des impressions de la sensibilité viscérale, qui remontent jusque dans les régions les plus centrales du système.

Chez un certain nombre de sujets tourmentés de sensations subjectives de nature hypocondriaque, j'ai rencontré clans cette région centrale grise du troisième ventricule des hyperhéinies chroniques, des vascularisations plus ou moins considérables, disposées en bouquet et trahissant ainsi les phases d'éréthisme plus ou moins prolongé qu'avaient supportées les éléments nerveux de la région intéressée. (PI. IV, fig. 2, 4 et 5).

On voit ainsi combien la substance grise des couches optiques, considérée dans son ensemble, est destinée à jouer un rôle important clans les phénomènes de l'activité cérébrale. — Véritable ganglion congloméré, elle reçoit dans chacun de ses noyaux isolés des contingents spéciaux de fibres ner-

KOYADX OPTO-SÏRIÉb. 37

veuses d'origine sensorielle spécifiquement différente. Ici ce sont les vibrations olfactives, là les vibrations optiques, plus loin les vibrations sensitives, plus loin encore les vibrations acoustiques qui affluent; plus loin, dans ses portions centrales, ce sont les incitations de la vie végétative qui font sentir leur action et qui viennent encore grossir la masse des affluents de toutes sortes. On est donc amené à considérer les réseaux nerveux de la couche optique comme étant le rendez-vous général de toutes les incitations centripètes et comme leur avant-dernière étape précédant leur irradiation définitive dans les réseaux de l'écorcc.

Au point de vue de l'interprétation des phénomènes de la perception sensorielle on voit ainsi l'importance capitale que jouent les couches optiques dans les actes de la vie cérébrale. — C'est par l'intermédiaire des cellules des couches optiques que celles de l'écorce entrent en vibration (fig. 9 et fig. 11). — C'est par elles qu'elles s'instruisent, qu'elles s'ébranlent et connaissent le monde extérieur. — Les noyaux des couches optiques sont donc les portes incessamment ouvertes par lesquelles ce même monde extérieur, sous forme de vibrations sensorielles de toutes natures, agite incessamment notre sensorium.

Au point de vue de la pathologie mentale on comprend toute l'importance que ces connexions intimes des cellules des couches optiques avec celles de l'écorce peuventmvoir dans l'évolution de certains processus hallucinatoires. —Il suffit en effet que les réseaux de cellules des couches optiques, sous l'influence passagère d'irritations locales, viennent motuproprio à se mettre en vibration (pi. IV, fig. 1-2, 4-5), pour que les cellules satellites de l'écorce entrent à leur tour fatalement en action, et prennent pour des incitations réelles dérivées du monde extérieur des suggestions d'origine purement subjective, créées sur place et n'étant en rien une émanation directe/^ de ce même monde extérieur (1).

(1) C'est cette théorie si simple, et en même temps si physiologique des processus hallucinatoires que j'ai tout d'abord formulée dans mes premières recherches, en 1865 en l'appuyant sur un certain nombre de preuves anatomiques et physiologiques. — Dans ces derniers temps elle a été développée et très savamment appuyée par Ritti, qui lui a prêté l'appui de son talent et de ses recherches personnelles (2).

Depuis que mes premières recherches sur le système nerveux central ont paru (Paris 1865) cette donnée nouvelle de l'action toute spéciale des divers noyaux de la couche optique sur la transmission et l'élaboration des impressions sensorielles, quoique for-

(2) Ritti, Théorie physiologique de l'hallucination; thèse de Paris, 1874.

3s ANÀT0M1E.

nu coups STiiu:

Le corps slrié est représenté par cette agglomération île substance »risc de coloration rougeâtre, de consistance mollasse qui se trouve condensée en avant de la couche optique et qui s'étale en s'amincissant (fig. 1 1 et 10), tout le long île sa surface externe.

La masse du corps strié est divisée en deux segments inégalement constitues, le segment interne ou intraventriculaire (noyau lenticulaire), le segment externe ou extraventriculaire (noyau caudé). Cette division en

mutée déjà par Todd et ('.arpenter, a suscité en France bien des étonnements et bien des interrogations sceptiques (I).

On a attaqué mes descriptions anatomiques, même celles dont l'authenticité «Hait garantie par des épreuves photographiques faites par moi-même à l'aide de procédés nouveaux d'investigation anatomique.

On a naturellement mis en doute les déductions physiologiques que j'avais proposées et avec elles les conséquences pathologiques qui en découlaient. Et, chose étrange! parmi toutes les personnes qui doutaient eu France de la réalité île mes descriptions anatomiques, aucune ne s'est mise en avant pour contredire, pièces en mains, les détails que j'avais exposés. — On s'est contenté de nier, de parti pris, sans se donner la peine de

vérifier par soi-même le bien ou le mal fondé de - travaux. — Un seul anatomiste

pourtant s'est chargé de cette œuvre, et cet anatomiste, c'est Forel, professeur d'anacomie à Munich (2).

Foret, en effet, poursuivant ses investigations dans la même direction que moi est arrivé à des résultats complètement conformes aux miens. Il a comme moi pratiquéune série découpes minces, soit horizontales, soit verticales, des noyaux opto-striés et il est arrivé a retracer directement les mêmes dessins dont douze ans auparavant j'avais le premier donné la description.

C'est ainsi que, grâce à lui, certaines régions inconnues des centres nerveux dont j'avais donné le premier la description eu 1865, le centre médian de la couche optique par exemple. — la bandelette accessoire des noyaux de Stilling, — eut reçu une nouvelle confirmation et un véritable certificat de vie. — Il a décrit et figuré ces régions avec les caractères que je leur avais assignés.

D'un autre côté, en s'adressant à la partie clinique de mes recherches, on s'est pareillement évertué, en torturant certains textes, à leur faire dire autre chose que ce qu'ils signifiaient en réalité et à passer sous silence les enseignements qu'ils fournissaient.

Ainsi cette célèbre observation de Hunter sur laquelle je me suis appuyé' (3), la seule qui existe jusqu'à présent dans la science avec un caractère aussi netd'évi'lence, — cette observation dis-je, qui est de plus accompagnée d'une planche explicative nous montrant un fongushématode ayant envahi les deux couches optiques:, — on l'a interprétée d'une

1 Clirirhlon Brownc, The FutiCtion of the thalauti oj,Hci. (The West Riding- lunatic Asylum aieciical Report |s7"..i

■J Yov. le résumé fait par Berger du travail de Forel, sur la coiffe des pédoncules cérébraux et les connexions supérieures de ses éléments chez l'homme et quelques mammifères, (fierne des sciences médicales, juillet 1878, a" -23.) (3) Medico-chirurgical Transactions. Londres, 1825, t. XIII, part. I, p. 88.

NOYAUX OPTO-STRIÉS. 39

deux segments s'effectue à l'aide d'un contingent spécial de fibres blanches journellement et très improprement dénommées sous le titre de capsule interne (fig. 14 et fig. 12) (1).

Le corps strié comme éléments constitutifs, reçoit trois contingents spéciaux de fibres nerveuses d'origine dissemblable qui viennent se combiner dans sa substance. Ce sont :

1° les fibres qui viennent de l'écorce (fibres cortico-striées — fig. 10 : 11 et 11'; fig. 16 : 3 et 5');]

2° les fibres émergées de la moelle (fibres des régions antéro-latérales (fig. 10: 17 ; fig. 16 :4et4');

3° les fibres des expansions terminales cérébelleuses (fig. 10 : 12).

façon toute scolastique, on a nié sa valeur, et finalement, sentant combien elle était un appui sérieux à ma théorie, on a préféré ne pas lui accorder créance.

Les physiologistes vivisecteurs, venant à la rescousse à l'aide d'arguments dits topiques, ont prétendu triompher en montrant que les lésions des couches optiques étaient accompagnées de paralysies, de secousses musculaires et de troubles divers delà motricité, et que par conséquent les couches optiques n'étaient pas en rapport avec la sensibilité sensorielle.

Je suis fort à l'aise pour récuser leur témoignage, car, il suffit de se pénétrer de la difficulté qu'il y a pour atteindre tel ou tel point des noyaux opto striés chez un animal vivant, et de pouvoir borner le traumatisme dans une région limitée, pour comprendre le mal fondé de pareilles observations.

Avant de faire à travers les lobes cérébraux des piqûres qui intéressent les couches optiques seules, il convient de savoir exactement, où commence et où finit, dans ces régions encore si mal connues de la base de l'encéphale, la substance des couches optiques proprement dites. — Il faut savoir ce que c'est que — la substance du noyau de Stilling, — celle du locus de Sœmmering, — celle de la bandelette accessoire, etc., et connaître toutes les intrications fibrillaires qui dominent dans ces régions.

Les personnes qui opèrent journellement dans ces régions ne sont pas encore munies d'une carte topographique suffisamment précise. Leurs mutilations se font au hasard la plupart du temps et, tel qui croit n'avoir fait qu'intéresser une couche optique, a du même coup plongé son instrument dans des régions purement excito-motrices des régions sous-optiques; et s'il a suscité des réactions de motricité, c'est qu'évidemment il a lésé des régions motrices. — De là ces erreurs d'interprétation multiples, — de là ces témoignages contradictoires qui en imposent toujours auprès des personnes mal informées ou indifférentes, lesquelles, gardant une agréable quiétude d'esprit, se réjouissent toujours in petto de voir les travailleurs aux prises les uns avec les autres et dépensant leur activité en débats contradictoires.

(1) L'examen le plus superficiel, en effet, fait à l'aide d'une simple dissection, montre combien cette dénomination ne répond pas à la réalité (fig. 12).

Après avoir, en effet, enlevé par un raclage léger la substance grise du noyau intraventriculaire du corps strié, on constate : — 1° que ce que l'on décrit sous le nom de capsule interne n'est autre que la section verticale d'une série de fascicules à direction antéro-postérieure allant de certaines régions de l'écorce aux masses centrales des couches optiques <a-a') ; — 2° que ces fascicules sont stratifiés les uns au-dessus des autres ; — 3° qu'ils émergent des régions corticales antérieures; et qu'enfin — 4° ils représentent le groupe antérieur de toutes les fibres convergentes qui relient l'écorce à la couche optique (fig. 11 et 12.

1° Les fibres cérébrales cortico-striées «ont représentées par toute cette catégorie de fibrilles convergentes qui, nées au sein des plexus de l'écorce et en particulier des régions psycho- motrices, se rapprochent des noyaux

Fig. 12. — Rapports des fibres cérébrales convergentes avec les noyaux opto-striés. — La portion intra-ventriculaire du corps strié à été enlevée par ic raclage pour montrer l'ensemble des libres convergentes antérieures (capsule interne).

centraux et s'épuisent dans le corps strié sans pénétrer dans la couche optique.

On peut suivre ces fibres au moment où, sons le nom de capsule interne elles avoisinent les noyaux jaunes du corps strié dans les régions précisément où les fibres ascendantes spinales vont se répartir (fig. 16 : 3).

2° Le contingent des fibres spinales qui pénètre dans le corps strié représente la portion la plus superficielle de cette masse de substance nerveuse complexe qu'on désigne sous le nom de pédoncule cérébral.

En cette région, on constate : 1° l'existence d'une série de fascicules juxtaposés au niveau du bord supérieur de la protubérance et affectant déjà une tendance spiroïde (fig. 0 : 0); — 2° si on suit les fibres à travers la protubérance on constate qu'elles sont continues et qu'on peut les suivre dans la pyramide correspondante, puis, ainsi que les faits pathologiques le prouvent, jusque dans le faisceau antéro-latéral de la moelle épinière du

NOYAUX OPTO-STR1ÉS. -il

côté opposé ; — 3° si, à l'aide de la dissection simple sur des pièces durcies et de coupes méthodiques, on poursuit la continuité de ces mêmes fibres dans les régions supérieures, vers leur centre de terminaison, on arrive à constater nettement, ainsi que Kolliker l'a déjà le premier indiqué, ainsi que nous-même nous l'avons déjà exprimé, que ce contingent spécial d'éléments pédonculaires, étage inférieur du pédoncule superficiel, ne remonte pas au delà du corps strié et s'éteint en totalité dans ses réseaux (fig. 16 : 5 et o). — Voici quelle disposition ces éléments présentent :

Les fibres spinales pédonculaires inférieures, disposées sous forme spiroïde, à partir du bord supérieur de la protubérance se divisent en trois segments, et s'étalent ainsi comme trois cornets emboîtés dans l'intérieur même du corps strié.

On peut aisément constater cette disposition à l'aide de la simple vue sur des coupes horizontales, alors qu'examinant la région du noyau jaune du corps strié (point d'immersion desdites fibres spinales), on constate l'existence de trois lignes circulaires formant des arcades régulièrement emboîtées (1). Ces arcades représentent la coupe de l'expansion pédonculaire des fibres spinales (2).

Les fibres spinales, une fois qu'elles ont pénétré dans le corps strié, entrent en conflit d'une part avec les éléments cérébelleux, et d'autre part vont se perdre, sous forme de filaments blanchâtres serpentins, dans le réticulum terminal qui constitue la substance grise du corps strié (fig. 1 1 : 10).

3° Le contingent d'origine cérébelleuse (fig. 11 : 12) est constitué par cet ensemble de fibrilles qui émergent sous forme de filaments radiculaires très déliés du noyau rouge de Stilling, de la bandelette accessoire, et même de la substance grise de Scemmering, et qui vont se condenser pour former une masse spéciale de substance jaunâtre interposée sur la continuité des fibres spinales ascendantes. Ces éléments agglomérés constituent donc le noyau jaune du corps strié, lequel représente dans le cerveau l'expansion ultime des appareils cérébelleux (3).

(1) Chez d'anciens amputés soit du bras, soit de la jambe, j'ai plusieurs fois constaté l'atrophie avec dégénérescence d'une portion de ces arcades du corps strié, ce qui prouve leur connexion avec les phénomènes de la motricité volontaire.

(2) Yoy. Luys, Iconographie photographique des centres nerveux, pi. XI, 7 et 9 et pi. XX, 9 et 10 et pi. XXI, fig. 1 : i.

(3) Ces connexions sont tellement intimes que, dans certaines atrophies des lobes cérébelleux, on constate souvent des dégénérescences simultanées des noyaux jaunes striés, qui deviennent homogènes, diffus et tout à fait gélatineux. Voy. les mêmes planches indiquées de mon Iconographie photographique, et surtout les planches XV, 7 et 7', XXII, 8 et 8', XXIV, 5 et 5', XLIII et XLIV.

ii WUOMIK.

La substance grise du corps strié est constituée par des cellules polygonales volumineuses de grande dimension et pourvues des mêmes attributs qui appartiennent aux autres cellules nerveuses. On constate en outre l'existence de cellules plus petites, constituées par un noyau volumineux, avec h n protoplasma ramifié ayant une apparence discoïde et une coloration franchement jaunâtre ( I ).

Le réticulura de la névroglie est constitué par (\o> éléments analogues à celui que nous avons signalé ailleurs; seulement, il est ici moins dense, moins serré, et plus difficile à discerner d'une façon précise.

Les capillaires sont très développés. Dans l'intérieur même du corps strié, de gros troncs serpentent dans sa substance, et, en particulier au niveau de la capsule externe, on rencontre un tronc volumineux à direction verticale qui est le plus souvent le point de départ des hémorragies si fréquentes qui siègent dans cette région centrale (2).

D'après ce qui précède, on voit que si la couche optique est pour les ébranlements de la sensibilité un lieu de passage et d'élaboration, avant leur irradiation vers la périphérie corticale, la substance grise du corps strié, par rapport aux phénomènes de la motricité, joue parallèlement un rôle de premier ordre. — C'est dans son intimité que les fibres blanches cortico-striées portant avec elles les incitations psycho-motrices, vont se disperser tout d'abord. — C'est dans son intimité que les fibres antéro-latérales de la moelle, qui établissent le trait d'union entre les différents segments de l'axe spinal, sont isolément réparties. — C'est pareillement dans ses réseaux que le cervelet, véritable foyer incessamment actif d'innervation, dissémine ses courants continus, — et c'est ainsi que l'incitation motrice, irradiée des sphères psychiques à l'état de simple ébranlement psychique, trouve dans les éléments du corps strié une force nerveuse à l'état de tension permanente : Elle l'utilise, se confond avec elle, se propage a distance, à l'aide des fibres blanches antéro-latérales, aux différents centres d'émission motrice de l'axe spinal, et de là rayonnant sur les différents départements du système musculaire, elle les actionne isolément au fur et à mesure que les besoins se font sentir (3).

1 1 1 Je considère ces éléments cellulaires comme la représentation terminale de l'élément cérébelleux et les équivalents morphologiques des éléments corpusculaires de la deuxième couche grise de l'écorce cérébelleuse.

■1 Voy. plus loin la description particulière des artères du corps strié.

Voy. le très intéressant travail de Védie sur les fonctions et les lésions du corps strié, Annales méd.psych., 187 i . t. 1. p. 336. — Flechsig, les Voies de transmission dans

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