NOYAUX SOUS-OPTIQUES
Les noyaux opto-striés ne sont pas les seuls points de concentration pour les fibres cérébrales irradiées des différents départements de l'écorce.
11 existe en effet, à partir des régions sous-optiques, jusques et y compris la région bulbaire, toute une série de noyaux secondaires constituant l'étage moyen des pédoncules cérébraux, situés symétriquement de chaque côté de la ligne médiane et servant de point d'amortissement pour quelques groupes isolés de fascicules émanés de l'écorce.
D'une autre part, ces noyaux isolés reçoivent un contingent spécial de fibres spinales ascendantes, si bien qu'ils représentent en détail et en proportions réduites les mêmes dispositions générales que nous avons signalées précédemment pour les gros noyaux opto-striés. Nous avons montré que chacun d'eux avec les noyaux secondaires qu'ils renfermaient n'était que des foyers de convergence, pour des faisceaux de fibres blanches irradiées soit des différentes régions de l'écorce, soit des différents segments de l'axe spécial.
Le groupe des noyaux gris sous-optiques comprend : 1° Les noyaux rouges de Stilling;
2° L'amas de substance grise spéciale que j'ai décrit le premier sous le nom de bandelette accessoire du noyau rouge; 3° La substance grise du locus niger deScemmering; 4° La substance grise de la protubérance et celle des olives bulbaires (1).
1° Les noyaux rouges (fig. 9 : 11 et 1 1' ; et fig. 11 : 12) de Stilling qui sont directement situés au dessous des centres de la couche optique, dont ils constituent en quelque sorte le plancher, se présentent isolément de chaque côté de la ligne médiane sous forme d'un petit sphéroïde rougeâlre du volume d'un gros pois frais.
Ces noyaux, constitués par un feutrage très serré de fibrilles nerveuses et
le cerveau et la moelle de l'homme exposées d'après les recherches embryogéniques (Revue des sciences médicales, 1878, p. 12.)
(1) Les détails anatomiques nouveaux dont nous ne faisons actuellement que signaler les principaux points font partie d'une série de recherches récentes entreprises dans ces derniers temps, à l'aide de procédés spéciaux, sur la structure intime du système nerveux central, et en particulier sur les rapports de l'écorce avec la protubérance et la région bulbaire. — Je ne puis que donner ici les conclusions d'un travail d'ensemble qui sera publié plus tard.
ii ANATOMIE.
de cellules, constituent un véritable ganglion nerveux. Ils reçoivent d'une part :
l°La majeure partie du contingent des pédoncules cérébelleux supérieurs après leur entrecroisement sur la ligne médiane sous forme d'un réticulum disposé en filaments spiroïdes (fig. 0, et fig. 11, 12);
2° Un contingent de fibres spinales ascendantes qui remontent surleur portion convexesupérieurc, les coiffent et se perdent, dans leur masse en fibrille tourbillonnées; voy. Iconographie photographique, pi. XLYI, fig. 1 et fig. 2, pi. XXVIII, 9, et pi. XXIX et XV;
3° Ils reçoivent encore comme contingent d'origine cérébrale une série de libres convergentes (les plus inférieures de la couronne rayonnante qui directement vont se mettre en continuité avec leur substance et se confondre avec elle (1) (fig. 0 : 18 et 18').
2° En dehors des noyaux rouges de Stilling on rencontre une petite agglomération de substance grise de coloration jaunâtre café au lait, disposée sous forme de bandelette fusiforme, et que j'ai isolée et décrite le premier <-n 1865 sous la dénomination de bandelette accessoire du noyau rouge (2).
Ce noyau spécial de substance grise, eu égard à ses connexions, se comporte comme les noyaux rouges de Stilling. Il reçoit d'une part des fibres entrecroisées de l'irradiation pédonculaire cérébelleuse, d'autre part; des fibres d'origine spinale, et enfin un contingent spécial de fibres descendantes de l'écorce qui vont directement se disperser dans ses réseaux (fig. 11: 13; et fig. 9: 17).
3° Le réticulum spécial de cellules nerveuses fortement pigmenté qui constitue le locus niger de Sœmmering, constitue dans son ensemble, quoique moins nettement déterminé que les noyaux précédents, un territoire de cellules spéciales qui obéit aux mêmes lois générales que nous venons d'indiquer.
Ces réseaux, fournis par les expansions terminales des pédoncules cérébelleux supérieurs, représentent dans ces régions supérieures de l'axe, avec des teintes plus foncées (fig. 0: 13, 14; etfig. 11 : 14; et 15), la substance grise de la protubérance. Ils constituent comme elle, un terrain d'amortissement dans lequel un certain nombre de fibres spinales viennent vrai-
[i] Voy. pour les détails mon Iconographie photographique des centres nerveux, pfc XV, 9 et 9', el pi. XUX, 6 et 6'. J.-l!. Baillière, Paris.
(2) C'est cette bandelette accessoire que Forel a reconnue dans ses recherches, dont il a vérifié les connexions et qu'il a décrite à son tour sous le nom de corpus Luijsii. (Revue des sciences médicales, juillet 1878, p. 9.)
NOYAUX OPTO-STRIÉS. 45
semblablement se perdre. Ils sont formés par des cellules nerveuses de grande dimension reliées les unes avec les autres par un réseau à mailles lâches; elles sont toutes à l'état normal, chargées de granulations pigmentaires très nettement accentuées (1).
Ce reticulum reçoit pareillement un contingent spécial de fibres blanches irradiées de l'écorce cérébrale que l'on peut suivre directement sur des pièces durcies, jusqu'au moment où elles vont se perdre dans les régions correspondantes.
4° La substance grise de la protubérance, constituée par un plexus continu de fibres grises et de cellules nerveuses s'étendant depuis le collet du bulbe jusqu'aux régions sous-optiques représente, elle aussi, une série et de petits foyers d'innervation nerveuse indépendants.
Ces agglomérations se comportent de la même façon que les précédentes que nous venons de passer en revue. Elles reçoivent d'une part dans leur masse intime un contingent spécial de fibres spinales ascendantes qui, à des hauteurs variées vont se perdre dans leurs réseaux, et d'une autre part, des fibres de provenance corticale (fig. 9 : 13-13, 14 et 14'; et fig 11), qui par un trajet descendant, vont successivement s'amortir, elles aussi, dans des étages différents, et établir ainsi des communications directes entre certains territoires de l'écorce proprement dite, et ces divers étages du mésocéphale et même de la région bulbaire.
Une dernière expression de ce système spécial de fibres convergentes d'origine corticale, allant se perdre dans les noyaux sous-optiques, est représentée par ce groupe fascicule de fibres blanches qui, sur des coupes antéro-postérieures de la protubérance, se dessine nettement et peut être suivi directement jusqu'à sa distribution terminale dans les olivesbulbaires. (fig. 11 : 16 et 18; et fig. 9 : 18 et 18').
Les olives bulbaires paraissent donc aussi être en relation directe avec un territoire spécial de l'écorce.
Il résulte donc de cette façon nouvelle de comprendre l'agencement des fibres cérébrales des régions sous-optiques, qu'une grande partie des divers territoires de l'écorce ne se trouve pas exclusivement reliée par des tractus convergents aux noyaux opto-striés, comme je l'avais pensé jusqu'ici, mais bien aux noyaux sous-optiques, et cela — d'une façon isolée et indé-
(1) Dans un cas de délire partiel chronique avec conservation delà lucidité, j'ai rencontré, dans le cerveau d'une femme de sjixante-sept ans, une décoloration complète de toutes les cellules du locus de Sœmmcring, qui d'un seul côté étaient complètement privées de leur pigmentation normale.
i,i ANATOMIE.
pendante, de façon qu'àl'aidede ces mêmes fascicules convergents à distribution stratifiée, ces mêmes territoires de l'écorce sont eu connexion directe et immédiate avec les régions les plus intimes de l'activité nerveuse et avec le cœur même du mésocéphale, qui est le foyer central de la vitalité organique (1).
L'histoire anatomique des régions et des noyaux sous-optiques est à peine esquissée, leur histoire physiologique est encore «à faire. Mais on pressent déjà, rien que par ces simples détails, combien d'aperçus nouveaux et intéressants au point de vue de la dynamique du système nerveux, pourront surgir de ces rapprochements.
On peut en effet dès maintenant supputer par la pensée les influences réciproques que peuvent exercer l'une sur l'autre ces deux sphères d'activité nerveuse qui sont ainsi conjuguées : la sphère de l'activité psychique, représentée par l'écorce cérébrale avec ses territoires multiples; la sphère de l'activité automatique, représentée par les régions grises du mésocéphale, et se faire une idée approximative des désordres multiples qui peuvent apparaître lorsque les conditions d'équilibre physiologique entre ces régions, sont interrompues, et que l'une des deux viennent isolément, par exemple, à entrer en éréthisme à l'exclusion de ses congénères (2).
(1) Voy. Luys, Iconographie photographique, pi. XLI et pi. \LVI, fig. 2.
(2) C'est peut-être dans cet ordre d'idées que l'on trouvera l'interprétation naturelle de certains actes impulsifs accomplis automatiquement en dehors de la participation consciente de l'individu.