AFFAIBLISSEMENT PROGRESSIF DES FACULTES INTELLECTUELLES
A mesure que la maladie s'avance dans son évolution , la déchéance des forces morales et physiques s'opère parallèlement.
La mémoire faiblit de plus en plus, les idées s'obscurcissent, la parole devient de plus en plus embarrassée, et le malade est plus ou moins conscient de sa situation. — Tantôt il a la notion de ce qu'il veut exprimer et de l'impuissance dans laquelle il est de ne pouvoir articuler des sons appropriés; tantôt il bredouille d'une façon inintelligible des sons sans signification; ou bien encore, ne pouvant parler, il vous regarde avec les yeux d'un homme qui vous comprend et qui, momentanément, reste impuissant à exprimer sa pensée.
La crédulité du début dégénère en une passivité complète; et le paralytique retourné à l'état d'enfance, devient incapable de se diriger, de s'alimenter, et de pourvoir aux plus simples besoins naturels.
Chose étrange ! au milieu de ce délabrement progressif des facultés mentales, les sujets conservent encore quelques fragments d'intelligence. — Ainsi certains d'entre eux, par exemple, sont incapables de se mouvoir, ils n'ont aucune spontanéité dans la conversation, ils ne parlent pas oralement de ce qui les émotionne, et vient-on à leur mettre une plume à la main, on est tout étonné de trouver encore des lueurs de bon sens qui persistent dans leur style écrit.
Chez d'autres ce sont principalement les sentiments affectifs (non spontanément révélés) qui se manifestent et qui survivent au naufrage des facultés. — Alors qu'ils ne peuvent plus articuler quelques mots intelligibles et qu'on les met en présence de leurs anciennes affeclions, de leurs parents, ils rougissent incontinent et dénotent ainsi des traces d'une émotivité latente.
C'est, insensiblement, la troisième période qui s'annonce et qui se caractérise par un anéantissement progressif des forces morales et physiques. La plupart du temps cette détérioration profonde s'opère avec une certaine lenteur. — Chez les individus qui ont l'esprit cultivé, et qui ont encore le goût de quelques occupations, le dessin par exemple, ou la lecture, l'état de démence tarde plus ou moins à se révéler; l'individu lutte avec un certain succès contre sa mortification morale.
Mais chez d'autres sujets placés dans des conditions inverses, qui n'ont pas des habitudes de culture intellectuelle, et qui ont eu le cerveau fatigué
par des excès alcooliques, par des surexcitations répétées, etc., la démence arrive quelquefois dans un espace de temps très restreint.
J'ai vu quelques malades, dans ces circonstances, cesser d'être lucides cl devenir tout à fait inconscients et déments dans l'espace de trois à quatre semaines.